Avez-vous déjà foulé le parquet ciré du Louvre un mercredi soir ?
Quand la nuit noire vous enveloppe de sa magie, plongeant les œuvres dans la pénombre et instaurant une intimité charnelle avec elles.

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Comme j’aime cette ambiance feutrée, mystérieuse et intimidante, quand vous sentez tous les yeux des personnages braqués sur vous. Aussi, ne pas y aller seule, toujours emmener votre accolyte car il y a des passages qui font froids dans le dos, pour ne citer que la chapelle des gisants... Toutes ces statues grandeur nature couchées sur le dos, ne dormant que d’un œil, comme si à peine le dos tourné elles allaient se lever et vous tordre le cou, Sauve qui peut !! (j’ai dû trop regarder Scoubidooooo…)

Ce n’est pas pour rien que les musées sont souvent un bon support au film d’épouvante, ces lieux sont comme habités de revenants. Je les imagine se retrouver la nuit, ripailler et flirter avant d’être happés par la lumière du jour. Et le Louvre reste mon musée préféré. La quintessence du lieux historique chargé de mystère. Avec ses hauts plafonds, ses milliers de fenêtres, ses passages souterrains, ses tapis rouges, ses kms de parquet et ses centaines de milliers d’habitants, une vie ne serait pas assez pour connaître ses moindres recoins. Mais y aller une fois par semaine, le mercredi soir, c’est déjà bien.

La dernière fois, je me suis entichée du Premier Empire. Après avoir parcouru les appartements de Napoléon III, j’ai voulu revenir à son aïeul et plus précisément à la mode que Napoléon Bonaparte a instauré.

Après la Révolution, la débauche et le libertinage reprennent leurs droits dans un monde sans foi ni loi aux revêtements anarchiques. Sous les traits des Incroyables et des Merveilleuses, cette mode de la débauche se traduit par des tenues drapées, légères et « débraillées », prônant un retour à l’idéal antiquisant. Une mode et une société qui, selon Napoléon, court à sa perte et que le Premier Consul entend bien reprendre en main. Ce qu’il fera une fois nommé Empereur, en 1802.

Lancé dans sa politique de grands travaux et de grandes ambitions pour la France, l'Empereur pense aussi à légiférer sur une mode de meilleure vertu qu’il veut plus élégante. Il ne remet pourtant pas en cause l'idéal Antique qu’il tient en admiration. Les toilettes, toujours aussi féminines, seront seulement moins dénudées : robe longue fourreau, taille "Empire" placée haut sous la poitrine, décolleté carré, petites manches ballons. Les tissus, toujours aussi légers (mousseline de soie, gaze et percale) s’accommodent cependant très mal aux rigoureux hivers qui hantent les châteaux non chauffés, c’est pourquoi il répand la mode du grand châle de Cachemire rapporté de ses campagnes d’Egypte en 1799. Très prisés pour leurs dessins exotiques et leurs chatoyants coloris, ils deviennent rapidement l'accessoire indispensable de la sobre robe-chemise. Les élégantes l’adopteront pour réchauffer leurs épaules frileuses, puis pour les collectionner (très onéreux, ils sont assez précieux pour figurer sur les testaments et dans les trousseaux), relançant ainsi l’essor de l’industrie de soierie lyonnaise. Napoléon savait mieux que personne exploiter les ressources de ses campagnes et de son pays...

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Ce tableau d’Elizabeth Vigée-Lebrun représente l’épouse et la fille de l’architecte Pierre Rousseau. Daté de 1789, il illustre encore la mode Marie-Antoinette, cette mode champêtre des robes chemises (dite aussi "chemise à la reine") qui se glissent sous les corsets et les robes à panier. Pionnière de cette mode, Marie-Antoinette adopte un style influencé par l'anglomanie (simple robe en coton accompagné d'un large chapeau de paille, pour échapper aux contraintes de la vie de cour); une chemise qui, en terme d'étoffe et de coupe, marque une transition vers la robe à taille haute du Directoire.

       

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La Révolution de 1789 entraîne un profond changement de l'esthétique de la mode. L'étoffe de prédilection n'est plus la soie, mais les simples étoffes de coton. Le chaos social ambiant favorise la naissance des modes extrêmes. Les jeunes élégants se pavanent dans des tenues excentriques et frivoles. La petit-maître ou "Incroyable" du Directoire porte une redingote à col très montant, un gilet bigarré, une lavallière, une culotte et un bicorne. Sa compagne, la dénommée "Merveilleuse" porte une robe diaphane dite "round gown" (robes à taille haute), sans corset ni panier, avec peu ou pas de vêtements de dessous...
Ce tableau est très intéressant puisqu’il illustre bien le passage de la mode Directoire à la mode Empire. Cette évolution progressive vers un style néoclassique marqué par les formes géométriques de l'Antiquité gréco-romaine. Peint par Louis David en 1798, il prend pour modèle la sœur aînée du peintre Eugène Delacroix.

         

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Celui-ci, d’une élégance florentine, représente Mme Régnault de St-Jean d’Angely et fut peint par le Baron François Gérard en 1798 (c’est-à-dire du Directoire puisque le Premier Empire débute en 1802). Si la forme de la robe est caractéristique de l’époque, la couleur l’est moins. Le noir était très peu répandu, l’on préconisait plutôt les couleurs claires, Mme Régnault serait-elle en deuil ?

Observez aussi l’habit masculin…

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Celui-ci est du fameux Jean-Auguste-Dominique Ingres. Il date de 1812 et saute à pied joint dans le 1er Empire... Décolleté carré très pigeonnant, manches ballons et le fameux châle.

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Ci-dessous, robe Empire en velours craloisie qui date de 1815 (portrait peint par Thomas Lawrence, représentant Mme Isaac Cuthbert).

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Après 1810, les jupes commencent à raccourcir. Les vêtements de dessous sont de nouveau très demandés : l'ancêtre du soutien-gorge, la "brassière", se banalise, à l'instar des corsets souples et non-baleinés. Le coton est délaissé et la soie revient en force car on goûte de nouveau au luxe et aux couleurs chatoyantes.

 

A la fin de l’Empire, en 1815, la Monarchie dite « de Juillet » est restaurée, le roi Louis XVIII monte sur le trône, cède ensuite la place à Charles X qui lui-même sera renversé après avoir essuyé les plâtres d’une révolution. Louis-Philippe monte sur le trône, le régime de la Restauration, débuté en 1830, s’éteindra en 1848.

 

Durant cette période, la mode qui avait laissé tomber le corset pendant l’Empire récupère ses engins de torture et ses dessous de jupes encombrants. La taille haute des robes Empire redescend vers une position plus naturelle au milieu des années 1820. Parallèlement, le corset redevient un élément indispensable des toilettes féminines, car la nouvelle mode exige une taille de guêpe. Les jupes, au contraire, s'évasent et raccourcissent pour révéler les chevilles. Des bas aux motifs raffinés sont créés pour couvrir les pieds désormais visibles. Mais l'innovation la plus étonnante reste sans doute la fameuse manche "gigot", ballonnante aux épaules et étroite au poignet, qui atteint son volume maximal autour de 1835.

Un exemple ici de 1831. Camille Corot y a représenté sa nièce.

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Les codes vestimentaires sont alors largement influencés par le romantisme, ses univers imaginaires, son goût pour les grandes épopées et l'exotisme. Les romantiques imposent l'image de la femme idéale, une créature délicate et mélancolique. La pâleur étant très prisée, il est donc vulgaire d'avoir l'air en trop bonne santé...

Pour finir en légèreté, voici la belle vue que l’on peut avoir si on a envie de se faire une pause pipi au Louvre…

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