Êtes-vous allés voir « Elizabeth L’Âge d’Or » ?

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Si vous vous dîtes que les films historiques sont ennuyants mais si votre passion du costume l’emporte sur ces reconstitutions souvent porteuses de mauvais frissons, n’hésitez plus, courrez vers les salles obscures. Ce film est pour vous.

Rapidement un résumé, pour vous donner la trame :
Aux commandes d’une Angleterre protestante, la reine d’Angleterre Elizabeth « the First » doit faire face à la rivalité de la prétendante catholique au trône, Marie Stuart la légendaire reine d’Ecosse, ainsi qu’à la hargne vengeresse du tristissime bigot roi d’Espagne Philippe II, qui finit par lui déclarer la Guerre Sainte en 1588. Dans l’espoir de pousser l’Inquisition jusque dans les contrées britanniques, il lance contre elle son Armada qui s’écrase magistralement sur ses côtes, renforçant ainsi la prééminence du pouvoir Elizabethain.

Une maigre récolte chez Première, seulement 2 **, et une critique acerbe :
« Au-delà de l’illustration plus ou moins réussie (le réalisateur Kapur est plus à l’aise pour mettre en scène les intrigues de cour que les batailles navales), le film n’arrive pas à conserver le même souffle que le précédent — A ce jour, un film et un téléfilm lui ont été dédié. Le premier, Elizabeth, sorti en 1998, évoquait son accession au trône, avec Cate Blanchett dans le rôle titre. En 2005, Helen Mirren revêtait les atours de la royauté pour un téléfilm, Elizabeth I, qui s'intéressait à une période plus large, du milieu de son règne à sa mort.

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 Surtout, il peine à perpétuer le mythe de la reine vierge à une époque où elle est censée avoir 50 ans —je confirme, Cate est si pure de traits et si belle que l’on n’y croit pas une seconde. Heureusement pour elle, Blanchett (le seul intérêt du film) — là ils sont durs quand même chez Première, ils ont dû porter des masques pendant le visionnage car on ne peut pas ne pas être subjugués par les costumes — ne cherche pas  à paraître l’âge du personnage. Quant à l’amant potentiel, Clive Owen, il n’arrive pas à rendre vraisemblable l’invraisemblable. — Ce n’est pas faux…»

De mon côté, je n’ai vu que la splendeur des costumes. Car, que l’on morde la poussière dans les arènes de gladiateurs, que l’on marche au pas aux côtés de Napoléon Bonaparte ou que l’on finisse par le prendre en traître dans Guerre et Paix ( vous avez remarqué la tendance fait de l’audimat sur le petit écran), bref que l’on aime ou que l’on s’en lasse au bout de 10 mn, nous ne pouvons rester indifférents au travail des petites mains costumières. Pour ce film, elles n’ont pas dû compter leurs nuits blanches. Personnages principaux ou simples figurants ne sont jamais en reste. Du costume de cour, au costume militaire, sans oublier le haillon paysan, l’époque y est ressuscitée par enchantement.

 

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Au XVIe siècle, la prédominance de la mode espagnole sur les pays européens a un fondement politique. Son hégémonie est liée à la puissante position de l’Empire espagnol qui atteint son apogée sous le règne de Charles Quint (1519-1555). Sous Philippe II, son fils, la diffusion de la mode espagnole dans les cours européennes assujettit les mœurs. La Contre-Réforme Catholique trouve son expression dans la mode espagnole sévère et contraignante : un sombre costume raide, guindé et inconfortable. Le haut col espagnol ne tolérait ni mouvement vif, ni même la moindre gaieté naturelle. Les espagnols avaient la démarche raide ; leur conversation, leurs manières, leur façon de vivre et de se vêtir les rendaient rébarbatifs. L’aspect pratique du vêtement était parfaitement secondaire, la seule chose qui comptât était son effet décoratif. Il n’avait aucune souplesse et masquait totalement les formes féminines. Une vision austère que l’on retrouve bien dans le film et qui nous fait prendre en grippe les petits hommes du méchant roi d’Espagne ; ils ont tous de fortes moustaches, la tête bien droite couverte d’un chapeau raide, une fraise autour du cou, une petite cape posée sur l’épaule droite pour parader, un pourpoint rembourré qui tombe en pointe à la taille, une culotte bouffante et des poignets plissés.

 

L’habillement féminin différait peu du costume masculin. Les corsages très serrés suivent la ligne du corps baleiné qui non seulement impose au buste une forme quasi géométrique, bannit toute souplesse mais aussi allonge la taille en comprimant le buste jusqu’à l’effacement de la poitrine (Quelle torture ! A observer la grâce de Cate Blanchett, je m’étonnais de son agilité à se mouvoir dans de tels monuments.  Mais au-delà de cette prouesse physique d’actrice, je ne cesserai jamais de me poser cette question de la mobilité et du confort des femmes à ces époques où la mode les laissait prisonnières de leur corps).                                                                                                                  

 

           bilde(Réalisé par le peintre flamand Steven Van der Meulen, ce portrait maladroit de la Reine vierge - elle est restée célibataire et sans enfant - souligne néanmoins le côté rigide et empreinté de cette mode à corps et vertugadin)                                                           
Posé en pointe sur la jupe longue et ample, le corps du dessous s’accorde au vertugadin (apparu seulement à la fin du XVIe siècle, ce « gardien de la vertu » ainsi traduit de l’espagnol, est l’ancêtre de la crinoline, c’est-à-dire une jupe raidie par les cerceaux faits de branches souples d’un arbuste appelé verdugo. ) Les cols sont hauts et raides (ce qui obligeait les femmes  à relever leurs cheveux ou plutôt à les dissimuler sous des perruques en conque extrêmement sophistiquées), les manches sont étroites et souvent bouffantes aux épaules. Seules les fraises subissent quelques excentricités. Sachez d’abord que celle-ci fut créée vers 1555 pour contrebalancer les chausses rembourrées (bas de laine portés par les hommes, montants jusqu’à mi-cuisse). D’abord petit ruché bordant le col, elle prit bientôt de grandes proportions, si bien que l’édit de 1562 contraint sa largeur à 4 pouces de chaque côté du visage. Rien n’y fait, elle s’épanouit pour atteindre son maximum vers 1585 (la période encadrée par le film ; de fait, Elizabeth exhibe de spectaculaire fraises amidonnées — l’empesage à l’amidon daterait de 1564 en Angleterre) Puis elle disparaît à la fin du XVIe siècle, remplacée par un large col tombant orné de riches dentelles.

 

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Finalement, même l’hostilité éprouvée en Angleterre envers l’Espagne, même le désastre de l’Armada ne purent affaiblir l’influence des modes espagnoles. A partir de 1570-1580, les historiens jugent que le costume féminin, plus travaillé et d’un coloris « printanier », marquerait peut-être les efforts de la reine pour accroître la puissance de ses charmes qui commençaient à se faner. Ce qui coïncide bien avec les robes de cour jaunes canari, violet épiscopal ou bleue arborées par la reine Cate Blanchett.

Quand l’influence espagnole décline au début du XVII, la vogue se porte vers d’autres modes étrangères, ainsi va la mode…