Inutile de vous présenter "le Plus Grand Designer de Tous les Temps" !! Vous ne pouvez pas le louper, il est partout, à chaque coin de rue, de rayon ou de salon...

Tâchons tout de même de ne pas nous disperser en superlatifs et grandiloquence et de discerner le fond du BlaBla, la spécialité de M. Starck...

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- 1949 : Naissance de mini Starck, dans la banlieue bourgeoise et prospère de Neuilly, sous la table à dessin de son père ingénieur aéronautique, bercé par les principes éducatifs erratiques de sa mère … « Starck est né Starck. »

- 1965 : Sur les conseils (non) avisés du nouvel amant de sa mère, qui voyait en ce cancre efféminé un futur « homosexuel décorateur », il entre à l’École Nissim de Camondo, section « Architecture intérieure et Design industriel ». Diplômé, il monte illico sa première petite affaire, et fait parler de lui en s’éclatant sur une maison gonflable et une collection de meubles en kit. Promu Directeur Artistique du Studio Design Pierre Cardin (1969), il reprend sa liberté quelques années plus tard, pour s’introduire aux réalités du monde de la production de masse. « Je me suis rapproché des étoiles en me retrouvant sur mon tas de boue. »

- 1976 : Avant tout, viser la célébrité. Commencer par populariser l’idée que dans les endroits à caractère socialisant, la star c’est lui mais aussi le décor puis, se faire la main sur les night-clubs parisiens: La Main bleue, Les Bains-Douches, La Main jaune, Le chalet du Lac ; lieux branchés à forte personnalité où il faut être vu, connu et reconnu. Mises en scène théâtrales, jeux politisés, séduction sensitive… Le « Starck-system » est déjà bien rôdé.

- 1984 : — Allô M. Starck ? Accepteriez-vous de faire les appartements privés de l’Elysée ? Après le duo Pop Paulin-Pompidou, voici venu le temps de la Mitterrandie et de son commando de designers-décorateurs... Aux manettes du cabinet de travail du Président et de la chambre de Madame, Starck-Tout-Puissant propose « des bornes de rêve et de déconcentration, des fissures dans le cartésien », pour qu’il y ait un peu de Starckeries dans les discours présidentiels…Et, « pour que les Français vivent la cohérence de la modernité » — « il fallait aussi que je rende service à ses sujets, c’est-à-dire à nous » — il propose ses meubles à la grande distribution, en version démontable : la table Président M permettait de « partir chez soi, avec sous le bras, son petit morceau de président de la République de gauche. » Une promotion-chaise à 3 pieds, un café Costes internationalement réputé, et une récompense (Chevalier des Arts et des Lettres) lui ouvrent désormais toutes les portes… « Bonjour, Philippe Starck, décorateur mondain ! », fanfaronne-t-il, la mégalomanie au bord des lèvres.

                        table_design_en_verre_4925(table Président M)

- 1988 : Des portes qu’il ne peut qu’enfoncer quand Ian Schrager, le fameux concepteur hôtelier, vient le charmer avec ses concepts de « lifestyle » et de « boutique-hôtel », afin de dépoussiérer en chœur tous les codes traditionnels de l’hôtellerie de luxe. Fini l’hôtel pompeux  écho de l’hôtel particulier, le Royalton et le Paramount (New York,1990), le Delano (Miami) et le Mondrian (L.A,1996), le Sanderson et le St Martin’s Lane (Londres, 1999) seront conçus comme des lieux de parade où il est bon de s’amuser et de socialiser. « Pour moi un hôtel est comme un phare qui envoie des signaux d’amitiés. Le premier devoir, c’est de créer un home, pour dire : « Tu es loin de chez toi, mais tu n’es pas tout seul, tu es chez des amis ! »

                1316959vb(Hôtel St Matin's Lane)

- 1990 : Un design « d’aide à la personne », un peu trop envahissant pour être honnête, qui se noie dans une marée de gadgets jetables, nous logo-tomise, et se répand en babillages moralisateurs. « Je voudrais ne plus parler de design. L’objet n’est quasiment plus une préoccupation, sinon comme une sécrétion automatique presque honteuse, un peu comme la sueur, ou le cérumen. Je produis sans cesse. Je pourrais dire que je produis par paresse. » Jouissance de la création dont il se défend bien, lui qui préfère se proclamer « chantre de l’emotional style » … «Je souhaite rendre les gens plus heureux en améliorant leur vie quotidienne. » On se demande même s’il irait jusqu’à partager le lit conjugual de ses consommateurs pour le bon déroulement de la thérapie ? Ou s’il faut aller jusqu’à titiller Brancusi pour donner de la plus-value à une brosse à dents Fluocaril ?

                 i_stark (brosse à dents Fluocaril)

- 1993 : Tandis que l’industrie électronique européenne subit la concurrence japonaise, le design est alors perçu comme un pansement à la crise. Pour redynamiser son image de marque, Thomson Multimedia appelle à la rescousse le designer messie, tête de mêlée de la « Tim Thom ». « La France n’a pas de design. Elle a Starck. » scande une presse louangeuse. Challenge aux perspectives d’autant plus reluisantes qu’elles lui laissent les clés de la maison (téléphone Alo, téléviseur Jim Nature, radio Moa Moa…), avec pignon sur rue (système sonore Krazy Jacket intégré au vêtement). « Thomson, de la technologie à l’amour », nous chante baba Starck à la guitare... Et de nous prendre par la main pour nous confier à l’oreille que ses contrats mirobolants ne résultent que de rencontres coups de cœur avec des byzness men extraordinaires… « On n’est pas obligé d’être un génie, mais on se doit de participer. »

                 2525_0012_13 (téléviseur Jim Nature)

- 1998 : Après une première collaboration avec Les 3 Suisses, pour qui il propose une maison en bois en kit-coffret à 5000 Frcs, sous l’avatar de « Super-Starck » sauveur de la planète et agitateur politique (* Si TOI en avoir marre de te faire entuber par des constructeurs immobiliers véreux, TOI capable, grâce à papa Ours, de construire ta maison),- il réajuste sa cape de super-héros… Morosité économique, sursaut écologique, dîtes « NON au Design cynique »! 200 « non-objets » de l’air du temps sont ainsi mis à disposition des « non-consommateurs », au sein du non-catalogue « Good Goods » de La Redoute, pour faire en sorte que ce non-marketing se transforme en non-argent — « L’achat n’est pas vital, l’intéressant étant de le lire entre les lignes »… Champagne bio, masques à gaz, tapettes à mouche, Teddy Bear à quatre têtes… « Je suis un designer - designer de cadeaux de Noël, si vous voulez – et je peux parler de ce marché moral, mais la seule façon honnête pour moi de m’y engager est de produire pour ce marché. »

       Goodgoodscouverture    teddybystarck

- 2000 : Une utopie de « moral market » aisément applicable à la vague déferlante bio. De déclarations mensongères de grève de la viande à un concept de « Good Food » — « OAO, Mangeons intelligent » — et de pseudos restaurants végétariens (Bon n°1, Bon n°2), il en faut peu pour qu’il s’auto-sacre prédicateur du bien vivre. Pas plus écolo (jet et yacht privés = caprices hyperpolluants) qu’il n’est non-consommateur (maisons, voitures, motos à gogo), la presse, pourtant — déjà trop habituée à le voir dans Gala — boit ses paroles d’évangile, comme si critiquer Starck revenait à trahir Jésus.

    180_8084_IMG_01_02(huile d'olive OAO)

- 2002 :C’est qu’il est passé maître en entourloupes… Amour, Humour, Mémoire, Avant-gardisme, tout y est. Quand le maître de la synthèse nous séduit avec sa « chaise préférée, créée pour nous tous », la Louis Ghost, c’est pour mieux nous bercer d’archétypes et de lieux communs. Quand il dote ses « enfants produits »— Dtr No, Hot Bertaa, Miss Global — de noms issus des romans fantastiques de Philip K. Dick (son idole), c’est pour ensuite nous faire miroiter une retraite anticipée, le jour où il aura épuisé la liste…(autant dire jamais !) Quand il va même jusqu’à auréoler ses propres enfants de noms de produits de la science-fiction — Ara, Oa, K, Lago — c’est pour mieux nous louer ses mérites de géniteur moderne (ou de polygame contrit). « Il serait bien de se rappeler que l’humour est un des plus beaux symptômes de l’intelligence. »

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- 2008 : De l’immeuble au dé à coudre, Star-Starck peut se targuer d’avoir tout dessiné de la mine de son increvable Pentel 0.09 mine 2B, il peut aussi se vanter d’avoir déblatéré une montagne de propos éventés… Et la machine ne semble pas prête de s’arrêter. Tandis qu’il cherche toujours un prétexte pour quitter le design — « J’abandonnerai le design lorsque j’aurais inventé le balais de chiottes parfait »— il lance sa propre émission de télé-réalité « Philippe Starck’s School of Design » sur BBC2 (son rêve étant de fonder une génération Starck), organise des voyages objectif Lune pour millionnaires blasés (fusée Virgin Intergalactics), édite des chaises en plastique par dizaines (Kastell, Driade), inaugure de nouveaux hôtels (le Royal Monceau et le Mama Shelter)— cette fois sur le sol de sa patrie qui eut tôt fait de détruire ses quelques trophées (le Costes, le Bon)... Ne pas se leurrer, l’œuvre de Starck est vouée à disparaître. Pas étonnant que cet homme souffre. Difficile de vivre dans le déni permanent… «Tout ce que j’ai crée est absolument inutile. Parlez plutôt de ces designers de l’ombre qui dessinent des objets pour aider les populations d’Afrique à survivre, des biologistes, des astronomes, des mathématiciens, mais pas de moi ! »

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Magazine, N° 47 (spécial Design)