Avant-propos

C’est arrivé un matin de décembre, un de ces matins d’hiver frais et vivifiant.

Vêtue à la « Poirette » dans un pantalon noir bouffant et des babouches assorties, je galopais, sans le savoir, à la rencontre d’une belle aventure. Qui se doutait que cette course effrénée me mènerait à la rencontre du plus éclectique des couturiers, cet homme que l’on surnomme, et pour cause : « Poiret Le Magnifique » ? Une rencontre « solaire », intimiste, passionnément vécue par l’entremise de sa très jolie femme et muse, Denise Poiret. Pourtant, si j’avais la tête dans les nuages ce jour du mardi 14 décembre 2004, le projet, lui, était bien réel. Ma bonne fée n’était autre que Mme Françoise Auguet, Expert en Haute Couture du XXe siècle ; maîtresse des lieux charismatique d’une boutique Vintage dans le VIème arrondissement de Paris.

Enveloppée d’une épaisse fumée brunâtre au fond du « café Galliéra », une éternelle cigarette se consumant dans le cendrier, elle commençait à s’impatienter, me scrutant de ses yeux d’enfant intransigeant, quand j’arrivais toute essoufflée. Impressionnée par cette « prêtresse » de la mode, je m’asseyais et écoutais attentivement le récit de nos futures aventures : elle préparait depuis deux ans la vente aux enchères de la collection Denise Paul Poiret et m’offrait, sur un plateau d’argent, un stage de six mois pour l’aider à gérer au mieux les derniers mois de préparation.

Après un bref entretien, au cours duquel Mme Auguet me présenta brièvement les grandes lignes de ce fabuleux projet, puisque très rare — « une opportunité qui n’arrive qu’une fois dans une vie », selon ses dires — nous nous dirigeâmes, cœur battant, vers le Musée de la Mode de la ville de Paris. Faut-il souligner le précieux travail légué par Guillaume Garnier — ancien conservateur en chef du Palais Galliéra et passionné de Poiret — qui s’est attaché, dix ans durant, à rassembler pièces et archives pour compléter sa collection muséographique. Plus d’une après-midi sera d’ailleurs nécessaire au rassemblement des pièces iconographiques manquantes.

Aussi faut-il saluer l’immense travail fourni par Mme Auguet et son assistant Jean-Denis Franoux, styliste et professeur au Studio Berçot, féru d’histoire de l’art et de la mode. Nul doute que la vente Denise Paul Poiret eût le succès escompté sans cette richesse documentaire qui donnera naissance à un livre « référence », et étoffera la bibliographie Paul Poiret. Catalogue d’exposition dépourvu de trivialité, les informations de sources sûres — provenant des Musées de la Mode de Paris, des bibliothèques spécialisées ou de la famille — nous plongent littéralement dans cette florissante époque d’avant-guerre. Les vêtements, ainsi que les photographies au vérascope de Denise Poiret complétant ce témoignage ; le rendu ne pouvait être plus authentique.

Si j’ai cité Jean-Denis Franoux, « Expert à sa manière » en Haute-Couture et « Haute-Coupe », je me dois également de souligner la personnalité attachante d’un autodidacte raffiné, pépite précieuse pour Françoise Auguet. Styliste de formation, discrètement passionné, Patrice Dutartre dégustait minute après minute, plis après plis, toute la méticulosité d’un repassage appliqué au revers d’une robe, par le truchement d’une rangée d’épingles posée précautionneusement à chaque extrémité. Plongé dans ses pensées les plus fantasques, émerveillé par cet artisanat perdu, sa notion du temps et de la parole s’évanouissait lorsqu’il scrutait, à la loupe de ses yeux, la construction d’un vêtement de Paul Poiret. Riche de ce savoir, d’un bout de tissu froissé dont nul n’aurait su deviner l’élégance, il donnait vie à une vaporeuse robe champêtre en linon. Parures de lit et linges de maison brodés — si richement travaillés qu’on en oublierait presque qu’ils sont nés de petites mains d’ouvrières — caftans en mousselines légères enluminés de fils d’or, robes Renaissance aux velours voluptueux ; aucun détail n’échappait à l’œil averti de « Doigts de fées », ainsi surnommé par l’équipe.

Chaque matin, au 5 rue Drouot, Étude Piasa, deuxième étage, dix heures tapantes, la journée débutait par une sempiternelle question : « Serons-nous dans les temps ? » et tous les jours de décompter les semaines jusqu’aux dates fatidiques des 10 et 11 mai, « Plus que 13 semaines ! ». Ces angoisses n’étaient pas fortuites : les prises de vues pour le catalogue d’exposition avaient débuté début décembre 2004, mais un imprévu fâcheux, nommé Photoshop, nous fit entrevoir le néant, et par là même, toute la fragilité d’une tâche ne tenant qu’à un fichier. Le compte à rebours en marche, J-180, H- 3040, l’adrénaline montait. Par chance, le casting pour l’élection du plus parfait des photographes fut très prometteur. Le professionnalisme poussé à son paroxysme, l’heureux élu, ayant de suite analysé l’ampleur de la tâche qui lui incombait, releva le défi avec brio. Manipulant avec agilité l’argentique et le numérique aussi bien que la scénographie, Christophe Rambert passait ses nuits à détourer chaque modèle nécessitant un fond de couleur. Par bonheur, il y en avait une bonne centaine ! Que serions-nous devenus sans cet acharné de travail, maître en sa matière ?

De nos montres molles, les heures s’écoulaient à mesure que les robes s’animaient sous les projecteurs. Hélas, même le plaisir était compté. Date fixée : Février. L’effeuillage du calendrier stimulant l’émulation collective, les délais, quoique toujours justes, furent finalement respectés. Début mars, les projecteurs s’éteignaient, les ombrelles rabaissaient leur clapet pour s’en retourner dans leur studio. Tandis que le photographe rendait son tablier immaculé de médailles pour s’atteler à de nouveaux dossiers insomniaques ; ses photos — telles des œuvres d’art précieuses sorties tout droit des malles des Mille et une Nuits — n’espéraient plus qu’un maquettiste et un imprimeur esthètes pour s’illuminer dans un catalogue au papier raffiné, rendant à Denise ce qui était à Paul...

Et si « photographe », « maquettiste », « imprimeur » ne rimaient pas avec « compétences » ?

Et si la caverne de Paul Poiret ne s’était pas entrouverte aux initiales magiques d’Azzedine Alaïa, « le sésame ouvre-toi d’une élégance différente » . Non content de nous prêter gracieusement ses locaux pendant trois semaines — pour rendre avant la vente un bel hommage au couple Poiret — le couturier permit aux passionnés, futurs acheteurs, ou simples badauds happés par la beauté du lieu, d’admirer une cinquantaine de pièces à travers une exposition raffinée et épurée. Robes, caftans, chapeaux, chaussures et parfums, une collection multi saisons 1912-1928 exposée dans son showroom ; cadre somptueux rehaussé d’une verrière en fer forgé datant de la fin du XVIIIe siècle. Intitulée « Univers de Denise & Paul Poiret 1905-1928 », tenue du 21 au 24 avril 2005, l’exposition émerveilla tous les visiteurs par son authentique modernité.

Et si la presse, discrètement conviée, ne s’était pas précipitée au rendez-vous fixé, oubliant dans sa course papier et crayon ? Inenvisageable. Armée de son flair légendaire et de son détecteur à « People », elle réalisait combien cette collection n’était pas une simple histoire de bouts de tissus, mais bien une histoire d’amour revisitant une Belle Epoque. Primordiaux furent les nombreux articles de presse célébrant l’exposition et annonçant la vente. Parus dans de grands quotidiens (Le Monde, Le Figaro) ou hebdomadaires (Le Journal du dimanche), les articles élogieux appâtèrent la clientèle. Les magazines spécialisés (L’Officiel de la Couture et de la Mode de Paris, Connaissance des Arts) ou non (Le Figaro Magazine et Madame), la presse étrangère (The Harper’s Bazaar, Vogue USA) mirent un point d’honneur à défendre avec ferveur les qualités esthétiques et cosmopolites de cette collection. N’omettons pas de citer le pouvoir tentaculaire d’Internet, qui rendit accessible à tous, les articles français et internationaux par ordre de parution. Certains articles rivalisaient d’excitation et d’émotions — pour ne pas citer l’excellent article écrit par Valérie Duponchelle dans Le figaro du 22 avril 2005 — d’autres étaient purement informatifs quant à la date et au lieu de la vente, mais tous apportèrent leur pierre à l’édifice.

Et si, et si… Nous pourrions supputer de nombreux scénarios catastrophes.

Cette fois, nous y sommes. La date fatidique a sonné, les gongs retentissent. Quel challenge ! Comment recréer un univers magique dans des salles désuètes aux murs tendus de moquettes bordeaux ? Comment « exposer » près de six cents pièces dans un lieu exigu qui aurait très bien pu se convertir en « friperie branchée » ? Dans un timing très serré qui plus est. C’est le défi que s’était fixée Mme Auguet et elle le relèverait coûte que coûte. Ce n’était pas une mince affaire, mais un projet auquel on se dévoue corps et âme pendant deux ans ne pouvait se terminer en une banale vente aux enchères. Les nerfs à fleur de peau, le cœur chargé d’émotions contenues — si près du but — elle se démenait pour rendre un ultime hommage à Denise et Paul, telle une promesse tenue. « Nous ne sommes pas dans un musée, c’est une vente avant tout ! » lui répliquait-on ; impliquant des objets posés les uns à côté des autres, des prix grossièrement affichés, sans aucun souci de mise en scène. Deux points de vue diamétralement opposés, deux caractères bien trempés. Qui aurait le dernier mot ? À force de compromis dans l’intérêt commun d’une vente réussie, l’installation finale contenta chacun, à quelques menus détails près. Après trois jours d’installation-éclairs à l’Hôtel Drouot, dans une ambiance électrique, les salles 5 et 6 semblaient fin prêtes à accueillir les regards curieux et les sourires béats. Les murs, revêtus de leurs plus beaux habits gris, recouvrèrent une nouvelle jeunesse. Les robes de Denise Poiret, gracieusement mises en valeur sur des podiums-escaliers, se reflétaient dans des vitrines illuminées où brillaient les objets insolites « Made in Poiret ». Dans l’une trônait, sur son écrin de velours rouge, le fameux turban à plumes d’aigrettes, qui, le 23 juin 1911, avait fait forte sensation lors de la fameuse « Mille et Deuxième Nuit » et qui, mystérieusement, exerçait encore cette irrésistible attraction.

« Lundi 10 mai, 9h précise, ouverture des portes ! » Le public pénètre à pas feutrés dans la caverne d’Ali Baba pour une journée et une matinée d’exposition. Quelle chance de pouvoir toucher ces œuvres d’art, un musée taille réduite sans en subir les règles de sécurité… Les regards émerveillés des visiteurs venus en masse prédisaient déjà un succès. Les questions fusaient, l’excitation se mutait en brouhaha sourd.

« Lundi 10 mai, midi tapantes, fermeture des portes ! ». Le flot des visiteurs évaporé, le silence retombe en couperet, nous laissant seuls devant une certitude : tous ces objets et vêtements — subitement réveillés de leur sommeil séculaire, dépoussiérés pour leur rendre leur éclat d’origine — seront bientôt éparpillés sur la planète mode.

Ah ! si notre porte-monnaie nous permettait d’acheter un de ces objets tant choyé… Juste un joli parfum Rosine, en guise de souvenir ? « Moi, je prends le bleu. Et moi le jaune avec son bouchon doré ! »… « N’y songez même pas ! » rétorquait immédiatement Françoise Auguet, angoissée de l’issue mais jamais dupe au fait que ces « petits objets » trouveraient acquéreur. Sans doute parce qu’ils étaient la mémoire vivante d’une idéologie moderne et le reflet d’un style de vie hors norme dans une époque encore très conservatrice. L’Expert est réputé pour son flair.

D’ailleurs, pourquoi ne pas avoir crée un musée Paul Poiret face à l’ampleur de l’évènement ? Jusqu’à la dernière minute, nous rêvassions à un mécène millionnaire qui emporterait sur son tapis volant l’ensorcelante collection. Hélas ! si l’idée est belle, la réalité est tout autre. Croisons déjà les doigts pour que les musées français soient au rendez-vous. Musées français et internationaux, couturiers, collectionneurs, marchands ; ils n’auraient pu manquer cette vente exceptionnelle.

« 14h précises, faites sonner le gong ! » La salle d’exposition se mue en salle de spectacle. Les rangées de chaises bien disciplinées, terrorisées par le pupitre dominateur du commissaire-priseur, le marteau n’attend plus qu’une main de fer pour faire ciller de plaisir le duelliste victorieux. La salle se remplit, les commissionnaires s’agitent. Les impatients acheteurs sélectionnent une place stratégique ; certains se délectant de prédictions visionnaires, en cornant les pages du catalogue de vente : « Je vous assure, la pièce « best-seller » sera la 240 », « Vous vous méprenez, ce sera la 321, elle est si insolite ! ». D’autres, le visage grave, si concentrés dans leur discrétion qu’ils se font presque démasquer : « Cet homme, sûrement un acheteur potentiel… »

14h30, le commissaire-priseur monte solennellement en chaire, étouffant les conversations badines. Une phrase introductive déclencha inconsciemment l’ultime compte à rebours : deux après-midi de printemps assisteront, impuissants, à la dispersion de la collection Denise Paul Poiret qui, au bout de dix heures, ne sera plus. Fallait-il vraiment séparer ces pièces, si liées les unes aux autres qu’une pièce manquante ferait se découdre l’histoire ? Car qui mieux que des vêtements et objets personnels pour transmettre de façon authentique et objective une réalité, qui deviendrait conte, si ces preuves ne parlaient pas d’elles-mêmes ? À moins que ce ne soit leur destin... Abîmées dans l’oubli, unies à jamais dans l’éternité, mais bientôt réduites en poussières ou de retour sous les projecteurs en véritables stars adulées après une convalescence difficile, mais bientôt pendues sur quelques cintres rembourrés dans les penderies « réfrigérées » des aficionados ; l’issue semble fatale. Toutefois, qui serait assez inconscient, pour laisser dépérir un témoignage historique si précieux ?

Le premier lot est lancé ! Dans un élan magique, les prix grimpent dès la présentation des objets Martine. Les « Heures Champêtres » suivies des « Heures Insolites » guetteront les minutes filer et les doigts se lever à la cadence d’écoliers passionnés par le récit du Maître. L’incessant va-et-vient des commis, comédiens rôdés au « Comique Show », mais jamais lassés des regards flatteurs, suscite des rires amusés et des murmures susurrés à l’oreille du voisin ; surpris à chaque nouveau lot par l’originalité des pièces furtivement exposées. L’ascension des prix grimpe de façon vertigineuse, le passage des cols se fait sans effort musculaire : un doigt levé, le dernier, et c’est gagné ! Premier record claironné : une jolie paire de souliers perlés, modèle « Le Bal », 38 000 Euros ; oui mais exécutée spécialement pour Madame Poiret par M. Pérugia en personne… Passage à vide. Après la descente en roue libre, le plat. Aucun succès pour ces caftans, dont on aurait pourtant juré que leur saveur orientale en charmerait plus d’un. Prédictions, expertises ne valent plus rien sur le champ de bataille. Les connaisseurs en mal d’argent, se jettent sur l’opportunité : l’affaire est trop belle, peut-être même trop pour l’exhiber, une fois l’épreuve passée avec succès, à ses amis curieux d’entrevoir son butin.

Première règle d’or de tout acheteur-collectionneur : la discrétion. Peut-être quelques mois plus tard, après l’avoir oublié, pourront-ils l’admirer au cours d’un dîner, au détour d’une rampe d’escalier ou d’une poignée de porte ?

Seconde règle d’or : l’inattendu…

Aussi, quand certains regrettent déjà leur folie pécuniaire, d’autres savourent leur victoire sur l’adversaire, se préparant à une seconde attaque. Adjugé une fois…(« Cette robe est pour moi »), Adjugé deux fois… (« Elle est à moi! »)… Quand une voix à peine audible s’élève : «Préemption », l’un des « maux » le plus terrible dans le vocabulaire lexical de l’acheteur. Surprise ! Ô déchirure ! À peine perceptible sur le visage de l’infortuné se voyant déjà partir avec son lot sous le bras, la défaite de l’autodidacte face à la victoire de « la culture pour tous » fait le bonheur de notre petite équipe, heureuse à la pensée que ces quelques joyaux intègrent le panthéon muséographique français. Second record, puis troisième…

Coup d’Etat : Record mondial en vente aux enchères de vêtements. 110 OOO Euros pour un manteau d’automobile, estimé 10 à 15 000 Euros, que personne n’attendait au tournant. Les compteurs en délire, irradiant de leurs rayons infrarouges le pupitre du Maître et de l’Expert, se bloquent pour mieux accrocher l’œil écarquillé du public. Des applaudissements se feraient presque entendre. Les curieux se tortillent sur leur chaise pour tenter d’apercevoir l’être humain « le plus puissant de l’après-midi. » Qui ? Qui peut encore se permettre de dépenser une telle somme pour une épaisse toile de lin et de soie, certes tissée par Rodier, certes très insolite, mais tout de même… le prix d’un tableau ! Des œuvres d’art, voilà ce à quoi étaient désormais assimilées les créations de Paul Poiret pour sa femme, ce à quoi Madame Auguet avait tant cru, dès le début de l’aventure, en ouvrant les malles de la petite-fille Poiret, quand tous lui riaient au nez. Tant d’insomnies, de colères, de cigarettes pour ce rêve finalement prémonitoire. Mais une récompense, l’ultime, celle d’une mission rondement accomplie. Celle d’un hommage implicitement rendu au couturier, qui depuis lors, devint son petit préféré, « avant ou après Vionnet, je ne sais plus… » confiait-t-elle avec humour à son complice de toujours, Azzedine Alaïa, lui-même acheteur et grand collectionneur. Elle pouvait dormir tranquille, l’étoile de Paul Poiret brillait à nouveau dans le Panthéon des hommes illustres. Quant à Denise, révélée par Paul Poiret puis « sortie de l’ombre » par Madame Auguet, elle devenait tout à coup la femme la plus actuelle des XXe et XXIe siècles. Si le dernier coup de marteau sonna le glas d’une magnifique aventure, féconde et riche en rebondissements, le dernier verre de l’amitié tinta longtemps dans nos cœurs emplis de souvenirs inouïs.

Par un concours d’heureuses circonstances et un travail d’équipe rondement mené, sans rechigner au travail surabondant que nécessitait un tel projet — à cette échelle nous parlerons plutôt pour Madame Auguet de deux années et demie de « vie commune avec Paul et Denise » — les espoirs misés sur cette vente dépassèrent notre entendement. Désormais, elle entrait dans l’histoire et s’inscrivait dans le Guiness des records, section « Vente aux enchères de vêtements ».

Pourquoi un tel succès ? Pourquoi des professionnels ou simples passionnés étaient prêts à parcourir le monde entier et à « se ruiner » pour acquérir l’une des pièces inédites créées par Paul Poiret pour sa femme ?

Certes, le nom de Paul Poiret ne s’était pas imprimé depuis des décennies sur la couverture de La Gazette de Drouot mais n’est-ce pas principalement au mot « Collection » que l’on doit ce regain de curiosité ?

La collection Denise Paul Poiret détenait, en effet, ce pouvoir unique de concentrer vêtements et accessoires, témoignages photographiques et littéraires ; tous les éléments essentiels et complémentaires pour une fidèle transmission d’une histoire clé ayant posé les bases de l’histoire de la mode du XXe siècle. Une Ode à la Vie, tel est le message, qu’un siècle plus tôt, Paul Poiret professait à ses contemporains internationaux et qui, aujourd’hui encore résonne par sa modernité. Mode, culture, voyages, gastronomie, fêtes, sexe…Une telle ouverture d’esprit.

Transmise par trois générations de femmes —Denise, qui lors de son divorce avec Paul emporta ses affaires les plus chères, sa fille Perrine qui conserva précieusement ces joyaux familiaux et sa petite-fille Sophie, qui offrit au public cette chance unique de découvrir d’autres pièces emblématiques de la mode de Poiret — cette collection lève le voile sur de nombreux mystères.

Simplicité, modernité et intemporalité restent les maîtres mots de cette collection, et le reflet de qualités propres à sa fondatrice. La vente aux enchères de la collection Denise Paul Poiret n’aura finalement pas seulement révélé une facette moins connue de la mode de Poiret, celle de l’avant-guerre, — puisque diffusée seulement par les albums enchanteurs de Paul Iribe et de Georges Lepape — mais aura surtout révélé à la lumière le rôle primordial qu’elle tint auprès du premier couturier d’avant-garde.