Poirette sur les pas de son Pygmalion

Le Boudoir de Poirette

24 septembre 2007

Souvenirs, souvenirs...

Rag Time, 23 rue de l’Echaudé, 75006 Paris.

Pendant une année, j'ai travaillé en tant que "conseillère" dans cette échoppe « vintage » dédiée à la féminité.
Jusque là, peu d’originalité vu le nombre croissant de boutiques de ce genre à Paris. Mais cette boutique ne ressemble à aucune autres...

Pièces Haute-Couture de 1880 à 1980, chaussures, accessoires, lingerie, bijoux et tissus se coudoient, embellissant nos rêves de jeunes filles de 7 à 77 ans.
Une vitrine pimpante et chamarrée l’été, « visonnesque » et pelissée l’hiver.
Ne soyez pas effrayés d’y poser un doigt de pied. Le regard inquisiteur de la maîtresse des lieux n’est justifié que pour dissuader les badauds irrespectueux de venir se divertir. Nous ne sommes pas chez Festifête, ni chez Kiloshop mais dans le Royaume de Françoise Auguet, Expert en Haute Couture du XXe siècle.

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Plantons le décor.
À l’entrée, vous accueille un pupitre antique sur lequel règne un désordre animé : étiquettes, stylos, factures, cendriers, magazines, cartes de visite se livrent une féroce bataille. Vainqueur du jour : le facturier, bien aise de se retrouver au-dessus de ce fatras, il évitera la houspille quotidienne de la patronne fouillant sacs et ressacs…

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Au centre, un escalier en colimaçon, support céleste pour les pièces à succès, que devance une authentique caisse enregistreuse du XIXe siècle posée sur quelques tapis diaprés. Au fond, une étagère accessoirisée de chapeaux, de sacs, de chaussures et de ceintures, jouxte une cabine d’essayage improvisée et un triptyque massif où se mirent les belles Narcisses. Quant aux portants et tiroirs-surprises, il n’est pas de plus doux plaisirs que d’y réviser ses leçons d’histoire.

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Leçons d’histoire et de couture jamais récitées par cœur, mais lancées avec foi sous forme de devinettes : « Et cette robe, quelle année, quel couturier ? » se plaît l’Expert à titiller ses disciples les plus érudits, Azzedine Alaïa, Marc Audibet, Dominique Sirop. Et de jubiler quand un indice mal interprété lui donne raison. Distinguer une robe trente d’une robe soixante-dix par la seule examination scrupulueuse du fil et de la couture, sans se laisser influencer par nos « images reçues », reste l’une de ses prouesses préférées et le reflet d’un savoir éternellement cultivé. Un effeuillage de magazine ancien pour tuer l’attente quand soudain, c’est le flash : une photo de « sa » robe portée par une vedette de cinéma, quel trophet ! Il faudra revaloriser son prix à la hausse… Revalorisation argumentée par une bibliothèque secrète, digne de la section mode à Forney.

Mystère, mystère, tu planes dans cette caverne d’Ali Baba…
Du réseau de fournisseurs aux dernières trouvailles sorties tout droit d’un cagibi encombré, une règle unique : ne jamais poser de questions. Seul son souffle saccadé traduit sa satisfaction quand, toute émoustillée, elle débouchonne de son écrin une magnifique robe haute-couture griffée Saint Laurent, Chanel, Balenciaga…
Et toujours, la même recommandation, de sa voix rauque : « Si vous montez, n’allez surtout pas à droite ! » Mais les interdits poussent à la curiosité : sur des portants entassés, sa « private » collection sommeille jusqu’aux jours tant redoutés où elle se retrouvera étiquettée des pieds à la tête à l’Hôtel Drouot.

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Tiens, un vison à terre et des clés, au beau milieu des foulards Hermès ?
N’essayez pas de comprendre. Et ne fuyez pas si, dérangés par cette odeur malodorante de cigarette planant au-dessus des merveilles séculaires, vous vous interrogez sur la « bonne santé » de ces antiquités…Une perle 1925 malencontreusement tombée de la main d’un client peu précautionneux la ferait sortir de ses gonds quand un halo de nicotine sur une robe à pampilles, ne lui ferait pas « Tilt ». Logique, tu piques.

Boutique ordonnée pour un début d’après-midi ordinaire, ambiance surchaufée pour un entre-deux budgetaire, café-débat pour un début de soirée littéraire, à chaque heure sa spécificité. Dernier bastion d’une coutume ancestrale, le « philofashion » revêt différents discours : politique, économie, art, mode, littérature, les conversations savantes s’échafaudent entre passionnés, collectionneurs ou couturiers. Débat rondement mené par la maîtresse des lieux galvanisant son auditoire de paroles enflammées bien tranchées. Car c’est ce caractère bien trempé qui fait sa renommée et donne à ce lieu son caractère pittoresque. Symbole émouvant de l’œuvre d’une vie, Rag Time perdrait son âme si elle devait changer de propriétaire.

Champagne ! Une semaine ne saurait s’achever sans une coupe de l’amitié tintée d’une complainte dépitée : un bilan escamoté pour une semaine semée d’absentéisme.
Jouir ou s’enrichir, il faut choisir…

Si aujourd'hui, la belle histoire s'est achevée, je garde un souvenir magique de ces leçons de mode, de ces rencontres insolites et burlesques.

Posté par marlyne à 00:20 - Poirette trouve ça chouette... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 août 2007

Caramel, mon Elixir...

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Rien de tel pour une rentrée solaire : un film qui s’immisce dans mon top 5.

J’avais vu la bande-annonce avant de partir en vacances, sentant déjà le bon cru.
Des personnalités attachantes, des plans caresses sur des visages raffinés, une musique cajolante, des échapées belles à Beyrouth…

Un film réalisé par une femme, Nadine Labacki (elle-même actrice principale), dédié aux femmes, mais nullement entaché de revendications féministes. Ce docu-fiction préfère décrire avec sensibilité quatre tranches de vie. Quatre femmes aimant se retrouver dans leur "Vénus Beauté". Sanctuaire de la coquetterie orientale à l’intérieur duquel les femmes se laissent aller à une pause gourmande. Le caramel se déguste, se malaxe, s’etiole ou porte à la confidence quand il se fait cire épilatoire torture.

« Microcosme coloré où plusieurs générations sont confrontées à l’hypocrisie d’un système traditionnel en opposition au modernisme occidental. Les hommes, le sexe et la maternité sont au cœur de leurs conversations intimes et libérées. »

Digne d’un Almovodovar.
Je suis sortie de la salle portée par les mêmes émotions : les yeux embuées de poésie, les couleurs à fleur de peau, les mots muets.

Posté par marlyne à 22:03 - Poirette trouve ça chouette... - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mai 2007

La mode est salvatrice

Ah la mode, la mode, la mode !
Que ferais-je sans toi ?

Trois mois à New York c'est peu mais ça suffit pour vous filer la nostalgie sitôt blottie dans le canapé. Alors heureusement que l'inactivité ne m'a pas trop accaparée. Un week end de 4 jours et c'est fatal. Au secours, je veux bosser!
Et c'est là que je remercie ma meilleure alliée : la mode. Et mes amies passionnées de mode, et mon musée de la mode. Sans eux je serai au fond du gouffre, restée quelque part sur un nuage dans l'Océan Atlantique.

Quelle belle aventure ces prises de vues pour le catalogue d'exposition Lacroix. Le photographe Grégoire Alexandre est un vrai petit génie, avec un rien il crée une oeuvre d'art. Le parti pris étant de capturer les réserves du musée de la mode sous un angle insolite, le résultat est époustoufflant: de l'inédit, du moderne, de l'humour; cela promet un très beau catalogue.
Et moi je rêve, je rêve à toutes ces griffes et ces robes d'exception enveloppées dans leur papier de soie qui n'attendaient qu'un couturier illuminé (Lacroix) pour les réveiller (pendant un an il a sélectionné des centaines de pièces coup de coeur pour les mettre en parallèle avec ses créations)
Worth, Vionnet, Schiaparelli, Lelong, Balenciaga, Dior, Carven, Courrèges... pour finir sur Lacroix. Toutes ces robes réputées sur papier glacé et que j'ai vu de mes yeux vus...

La chance !

Posté par marlyne à 15:15 - Poirette trouve ça chouette... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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