Poirette sur les pas de son Pygmalion

Le Boudoir de Poirette

27 février 2007

Lexique Balenciaga


- Les lignes : tonneau, Baby Doll, Queue de paon, dos basculé
- Les nouvelles matières : gazar (sorte de raphia de soie), cracknyl… qui étonnent par leur souple rigidité.
- Les fournisseurs : Abraham, Léonard, Bucol…
- Les chapeaux : La modiste Legroux (1943-44), le pill-box (1953), toques chinoises et capelines andalouses.
- Les bijoux : Gripoix, Goossens, Roger Jean-Pierre…
- Les parfums : Le Dix (1946), La Fuite des heures (1949), Quadrille (1955)
- Les références historiques: la Renaissance espagnole avec Goya (les dentelles et rubans), Zurbaràn (robes du soir et cape) ; le Second Empire (les robes mousseuses),
- La boutique : évolution de la décoration des salons (1937 : style art nouveau, jusqu’à 1949 : par Cristos Bellos et vitrines Janine Janet)
- Les clientes : l’aristo (la duchesse de Windsor, la comtesse Mona Bismarck, Pauline de Rothschild), les actrices…
- Les fidèles collaborateurs : la terrible Melle Renée, le tailleur Denis, Fernando Martinez
- Les amis : Madeleine Vionnet, Coco Chanel, Givenchy, Marie-Louise Bousquet, Bettina Ballard, Miro…
- Les mannequins : La fétiche Colette, la plus âgée Solange, la métissée Taïga, l’australienne Dany…
- Les évènements :
• le cinéma : Trois de Saint-Cyr (1938) , L’Air du Temps de Marcel Carné, Anastasia avec Ingrid Bergman (1956), Le Testament d’Orphé (1959) et Orphée en 1963 de Cocteau)
• le théâtre (1941 : habille Alice Cocéa), collabore au Théâtre de la Mode (1945)
• les récompenses : reçoit la légion d’honneur (1959) mais refus d’intégrer la Chambre syndicale de la haute-couture.
• les commandes : espagnoles, mariages princiers (1960 : Reine Fabiola) + françaises : crée les uniformes des hôtesses Air France (1968)

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Site Internet Balenciaga

Le couturier doit être « Architecte pour les plans, sculpteur pour la forme, peintre pour la couleur, musicien pour l’harmonie et philosophe pour la mesure. » Cristobal Balenciaga


« ARCHITECTE POUR LES PLANS »

« Quand la charpente est bonne, on peut construire ce que l’on veut. » C.Balenciaga

« Il travaillait avec des équerres sur ses patrons, avec des points de repères aussi précis que sur une épure. » poursuit Givenchy.
Couper, tailler, monter en toile, coudre ; il n’est pas une étape que le couturier perfectionniste ne suive de ses yeux affutés. Superstition oblige, une robe noire « à succès », sera entièrement créée par Monsieur, adulé et vénéré par les 900 ouvrières de son atelier. Même s’il confessera à son ami Miro, dans ses moments d’amertume : « Tu as de la chance car pour faire un chef d’œuvre tu le fais tout seul. Moi, il me faut cinq cents personnes… ».
Et s’il hausse le ton, prenant subitement les ciseaux des mains d’une Première d’atelier, c’est toujours dans cette lutte obsessionnelle de perfection ; plus intransigeant envers lui-même qu’envers autrui. « Le maître, comme un chirurgien, opérait au milieu de ses assistants dans un silence absolu, maniant ciseaux et épingles avec une sûreté fascinante » relate un couturier venu assister un essayage.
En somme, « Un architecte, sans aucune concession au seyant, préoccupé seulement de la pureté, de l’équilibre et de la proportion des lignes » conclue Alice Chavanne.


« SCULPTEUR POUR LA FORME »

« Une belle robe est une robe qui suit le corps, et non le reste. » C. Balenciaga.

Vision moderne et libérée d’un artiste qui perçoit le corps féminin comme la matière première d’une sculpture vivante à modeler, à tailler, dans l’aisance et la féminité.
De la ligne tonneau (1946-47), ballon » (1950), aux robes« Baby-Doll », « Queue de paon » (1958), saris (1965), « Chaque collection est une leçon. », proclame la presse de 1965, « Balenciaga suit « sa » mode, intemporelle et insurpassable. ».
Aussi, ce seront aux décennies 50 et 60 qu’il réservera ses innovations les plus audacieuses. En antidote au « New-look » de Dior, le vêtement se décolle de la taille dés 1951, lançant le premier tailleur décintré. Roi de la dissymétrie, de l’ampleur, du dos basculé, du 3/4, du 7/8, de la manche parfaite, il est le mathématicien de la proportion d’or.
S’ensuivent les blouses de paysan sans col, les imperméables en cracknyl (1950), la marinière (1951), la première tunique (1955), les capes et robes-sacs (1956), la robe chemise (1957) ; toutes rivalisant de modernité. En 1962, il lance les bottes, exécutées par Mancini. Quant à la dernière collection ultra-courte de l’été 1968, avec ses minishorts et ses tuniques trompe-l’œil, elle sera comparée dans la presse à une « Roll’s ».
Nul doute qu’il aurait fait le plus beau d’entre tous les prêts-à-porter.


« PEINTRE POUR LA COULEUR »

« Soyez naturel, que les choses viennent vraiment de vous » C.Balenciaga

L’Espagne, respirée dans chaque pli de l’œuvre de Balenciaga.
Goya, Velasquez, Zurbaran. Ses peintres, son histoire, son folklore, lui inspirent des robes d’Infantes aux tissus soyeux, de lourdes robes de Duègnes en velours incrusté de perles pour le théâtre, des petits boléros de guipure ou de « toreros » entièrement brodés main.
Mais de l’Espagne, Balenciaga n’héritera pas seulement son austérité monacale ; manifestée sous ce noir laqué. Il en exalte son flamenco par des couleurs violentes, à fort contrastes : vert bouteille, jaune citron, rose bonbon, violet épiscopal, rouge carmin, marron glacé, s’entrechoquent pour une plus forte intensité géométrique.
Aux unis, il oppose les rayures, les pois, les imprimés fleuris. Aux tweeds, les cloqués, les taffetas, la faille, la toile. Aux tissus nobles, les matières du troisième millénaire : cracknyl de Bucol, zagar et gazar d’Abraham ; pures inventions révolutionnaires du savant fou et de son chimiste.


« MUSICIEN POUR L’HARMONIE »

« Balenciaga était le seul couturier à oser faire ce qu’il aimait » Schiaparelli.

Harmonie des proportions, harmonie corporelle. De celle qui fera dire à Givenchy : « Le miracle Balenciaga ». Quand Dior sangle la taille dans une guêpière, Balenciaga la libère. Ni baleines, ni jupons nécessaires à la tenue de ses robes, dont seules la coupe et le tissu seront ses tuteurs. Liberté et féminité, en symbiose philarmonique.
Capable de discerner, au seul toucher, la formule précise d’un tweed ou d’une soierie, « Il compose sa collection comme une symphonie de tissus, en associant des notes de couleurs et des accords de matières « (Jacqueline Demornex). En gentleman révérencieux « D’abord, il y a le tissu ; après seulement le couturier » professait-il à son ami Gustav Zumsteg.
En véritable maestro, Balenciaga ne concevait jamais une tenue sans son chapeau ou ses bijoux. « Pill-box », capelines andalouses, toques japonaises, se reflètent dans de lourds bijoux scintillants de fantaisies.
Et ce, toujours dans la simple sobriété, « Cette simplicité si difficile à imiter, et dont le secret de la construction rigoureuse et la maîtrise d’exécution n’a jamais pu être copiée », confirme Carmel Snow dans Harper’s Bazaar .


« PHILOSOPHE POUR LA MESURE »

« Ne vous dépensez-pas en société » C. Balenciaga

Balenciaga est cette valeur sûre, celui qui habille la Monarchie espagnole, l’aristocratie européenne et les plus belles femmes du monde, de Marlène Dietrich à Helena Rubinstein et Maria Callas. Ceci, non par délectation mais par sélection. Pas seulement parce qu’il était le couturier le plus cher de la place de Paris mais bien parce qu’il réservait son art à une élite, sa société privée.
Que l’on se plaigne de son salon trop petit contenant difficilement 90 personnes ; celui-ci n’est pas une salle de spectacle conçue pour accueillir le-Tout-Paris. Sobriété et raffinement, toujours… Ni fioritures décoratives, ni futilités ostentatoires, ne sont tolérées.
Pas plus que les privilèges, « pas de robes prêtées, pas de prix de faveur », ou les sourires sur les visages impassibles des mannequins. Celles-ci défilant mécaniquement, la tête haute, les hanches basculées vers l’avant, dans une ambiance feutrée et atone. Mannequins, d’ailleurs, pas toujours « ravissants » - lui fait-on remarquer. Mais « Une robe doit être assez belle pour s’imposer, peu m’importe le mannequin » rétorque-t-il à ses détracteurs. Il fera même grès de quelques rondeurs : « Un soupçon de ventre…Cela ne déplaît pas à Monsieur » rassurait l’essayeuse, en excellente vendeuse...

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Biographie de Cristobal Balenciaga

Né en 1895 à Guétaria, une petite ville de pêcheurs, initié très tôt à la couture par sa mère ; il rêve déjà, à 10 ans, de parer les grandes dames de l’aristocratie. La passion donne des ailes ; poussé par cette admiration pour le « beau », sa timidité succombe quand il croise la gracieuse marquise de Casa Torrès, vêtue d’une robe couture : « J’en ferai bien autant moi aussi ! » L’audace et le savoir-faire du jeune homme, mis à exécution, paieront : il devient son petit protégé. À 13 ans, il réalise ainsi son premier tailleur. À 19 ans, il fonde sa première maison de couture à Saint-Sébastien, habille la Monarchie et visite fréquemment les grandes maisons de couture parisiennes, en acheteur passionné. Puis Madrid, Barcelone. En 1937, il a déjà trois maisons de couture lorsque, chassé par la guerre civile espagnole, il s’exile à Paris, après un bref passage à Londres. Avec l’aide d’amis bien placés, il installe peu de temps après, au 10 Avenue George V, son siège épiscopal, et présente sa première collection. Succès immédiat, ce sera le début d’un long règne de trente années aussi monacales que novatrices.
L’année de la contestation soixante-huitarde s’accompagnera du refus catégorique de Balenciaga à se diversifier vers un prêt-à-porter qu’il juge inadaptable à son art. Il ferme ses trois maisons espagnoles, se retire dans sa maison d’Igueldo et décède à Javea, en 1972.
« Balenciaga ferme, la mode ne sera plus jamais la même », s’apitoie Sam White, journaliste dans l’Evening Standard. Quant à la comtesse de Bismarck, elle s’enferme deux jours dans sa chambre…

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15 février 2007

Balenciaga

Cristobal Balenciaga, une élégance prédestinée.

Maître incontesté de la Haute-Couture, surnommé par ses disciples « Le Couturier des Couturiers », il régna en dictateur pendant trente années (1937-1968) sur la mode parisienne et internationale. Trente années passionnées, entièrement dévouées à son Art, à cette lutte acharnée pour la perfection. Perfection, élégance, modernité ; trois maîtres-mots martelés dans la rigueur et l’ascétisme.

Né en 1895 en Pays Basque espagnol, initié très tôt à la couture, il ouvre sa première maison de couture à 19 ans. En 1937, il a déjà trois maisons de couture lorsque, chassé par la guerre civile espagnole, il s’exile à Paris. Sitôt installé dans sa maison mère, au Dix Avenue Georges V, les chuchotements sur sa maîtrise et sa technique se muent en secret, telle une recette miracle que l’on ne veut divulguer à aucune autre… Cette coupe intelligente qui épouse vos mouvements et leurs libertés, tout en cachant vos imperfections. Cette coque rigidement souple qui vous protège et vous statufie. Cette originalité de forme et de couleurs qui vous rend unique, parce qu’on ne voit que vous…

« Austère », « Moine de la couture », « Homme invisible », la presse se passionne et se déchaîne sur le mystère Balenciaga. Si mystérieux qu’elle doutera même de son existence. Les provocations glissent sur l’homme humble et discret, détestant photographes et mondanités. Jusqu’à cette année 1956 : les portes de sa Maison se ferment définitivement à une presse exaspérée de ne découvrir la collection qu’un mois après la première. Elle reviendra pour lui. « As Balenciaga goes, so goes Paris » — titre le Sunday Times, en 1959..

Sans concession, inflexible, intouchable, il est l’incarnation sublime du couturier dans sa tour d’argent. Ayant fait de sa perfection artistique, le symbole de son indépendance autarcique, il aura les mains libres pour porter toujours plus haut sa conception architecturale d’un vêtement-monument.

Sans concession. Il n’en fera pas non plus pour le prêt-à-porter. Refusant de soumettre son art à l’industrie, il ferme sa maison de couture en 1968 pour s’en retourner dans son pays natal et décéder quatre ans plus tard.

Cristobal Balenciaga n’est donc pas le support de petites histoires, mais exclusivement une œuvre. Une œuvre moderne et intemporelle qui aura marqué de son sceau aristocratique l’histoire de la Haute-Couture du XXème siècle. Encourageant diverses carrières artistiques aussi différentes que Givenchy, Courrèges ou Ungaro.

Savant de la coupe et de l’expérimentation technique, virtuose de la couleur, sculpteur du corps féminin, peut-on faire rimer historicisme et modernité avec autant de brio ? Conjuguant pureté, simplicité et originalité — non sans une touche japonisante —, il entre, une fois de plus, en Maître, dans le XXI ème siècle, sans avoir perdu de sa Superbe. Ne restait plus qu’à lui trouver un héritier à la hauteur de ses exigences. Ce sera Nicolas Ghesquière.

Nommé directeur artistique de la Maison Balenciaga en 1997, il réalise à 27 ans la double prouesse de ressusciter un nom, devenu obsolète, et une intelligence technique. Alliant respect de la tradition et futurisme.

Silhouette aiguisée, carrure « Eighties » très épaulée, plantée sur de longues jambes fines, la ligne « I » de ce travailleur acharné, se veut inscrite dans la durée.

Styliste de la structure, vénéré par la presse, jouant la sélectivité, extrait du star-système. C’est cette parfaite filiation avec son fondateur qui le rend si au fait de son époque et concède à son succès.

Posté par marlyne à 01:37 - Poirette se la pète... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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