04 avril 2008
Petit précis d'histoire de mode 4
Hey ! Poirette is back !!!
(Enfin, pas d’emballement, de Olé Ola, de cris, de pleurs - restons humbles et dignes - ma panne technique est loin d’être résolue. Je squatte la connexion d’une amie, et c’est déjà pas mal, je m’estime heureuse... (Après un drame de cette ampleur, je peux vous dire que l’on redécouvre les plaisirs simples...)
Allez, pour se remettre en jambes, je vous propose aujourd’hui un petit cours d’histoire du costume. François Boucher, Page 154, ouvrez vos cahiers !

Décidément, je n’en démords pas, les films historiques ont la côte en ce moment.. Vous vous souvenez certainement d’Elizabeth the First (dont je vous avais parlé), voici arrivé le père, Henry VIII = la terreur de ces dames.
Il ne manquait plus qu’ils nous fassent des Sagas Ciné eux aussi !
Hé bien Paf, tenez, je vous le donne en mille, nos émissaires britanniques ont sauté le pas. Enfin un petit pas timide car non-dit : «Deux sœurs et un Roi».
Oui, vous voyez bien, pas de I ou II ou « Le retour » - ils n’ont pas voulu faire dans le lourd, encore que le titre, tout comme le film, ne font pas dans la finesse. C’est sûr, ce film ne mérite peut-être pas qu’on lui fasse de la pub, mais vous savez que tel n’est pas mon propos, d’encenser ou de démonter le film, Non Non rien n’a changé — je suis toujours la même après ce Drame de déconnexion – mon Dada moi c’est le costume..
Et Dieu sait qu’il y a moult points capitaux à aborder...
Mais un petit teasing d’abord, vraiment très bref (ça vous coupera sûrement l’envie d’aller le voir mais bon, j’ai ratifié un pact de transparence à l’ouverture de ce blog…)
Il était une fois un Roi hyper sexy dans le film (Eric Bana) — alors que bof bof sur ses portraits officiels, mais ce ne sont plus les mêmes canons de sexy-attitude me direz-vous; tenez le voilà le gaillard, bien sur ses jambes...

Henry VIII de Tudors (roi d’Angleterre (1509-1547) et d’Irlande (1541-1547)) en a un peu marre d’attendre que sa première femme, Catherine d'Aragon, devenue un peu vieille et ménopausée, se décide à lui donner un héritier mâle — surtout qu’elle est ménopausée, alors il peut toujours attendre…
(Catherine d'Aragon)
Alors il se trame autour de ce roi très courtisé des choses vraiment pas très catholiques, du genre : un clan familial très intéressé par l'aubaine décide de donner ses bombasses de filles (Anna, l’aînée = Nathalie Portman et Mary, la cadette =Scarlett Johannson) en pâture..

Le roi en manque, n’en peut plus, il se jette sur la cadette, l’engrosse puis succombe à l’aînée et renie la cadette sous la pression de l’aînée qui ne veut se donner. Alors là, le roi chaud bouillant n’en peut vraiment plus (c’est là que l’on voit que le Roi n’est qu’un homme et que l’homme est vraiment trop faible, quand il ne pense qu’avec sa … bip ! Ahh les hommes, l’histoire politique n’est donc qu’une histoire de sexe ? Permettez-moi de m'interroger avec ce film…)
(Anne Boleyn; belle à la vie comme à l'écran tandis que la réalité historique la rattrape disant qu'elle aurait une verrue dans
le cou, un sein plus gros que l’autre et un sixième doigt à la main
gauche...)
Il se laisse donc manipuler par Anne, l’aînée très maligne, puis en profite pour se brouiller avec l’Eglise catholique, provoquant le Schisme avec Rome quand le Pape lui refuse l’annulation de son mariage avec la vieille Reine Catherine d’Aragon (Non Non ce n’est pas tant de la fiction, les sources corroborent ce conte merveilleux ! Enfin tout de même ne vous attendez pas à tous ces « détails » politiques dans le film, le réalisateur n’en a eu cure, se concentrant sur la tragédie du cœur, c’est plus vendeur).
Notre Roi n’en fait finalement qu’à sa tête (ou pense trop à sa.. Bip !) en reniant sa reine pour les beaux yeux de sa future nouvelle épouse, qu’il violera au passage, de l’avoir vraiment fait tourner en bourrique — comment ruiner une réputation, désolée Henry je te fais passer pour un gros salaud mais quand même tu l’as bien cherché ; une fois de plus les sources corroborent mes A priori..
Tu as tout de même eu 6 femmes, tu en as répudié 3 et fait exécuter 2. Chapeau bas ! Hé oui ces sources disent aussi que ton « règne centralisateur contribua à l’affermissement du pouvoir royal », bel euphémisme: manipulations politiques, cruautés machiavelliques, têtes tranchées (et cette fois, le film ne se cache pas de le montrer, le sang c’est vendeur aussi) alors je ne vous raconte pas tout, vous irez le voir si jamais vous êtes friands de grosses hâches et de têtes qui roulent..
Ah si ! Une précision tout de même qui a son importance : Avant de trancher la tête de sa seconde épouse, Anne Boleyn, le méchant Roi (mais vraiment hyper sexy dans le film, alors on lui pardonne..) n’avait pas oublié de l’engrosser elle aussi... Allez hop les deux soeurettes mères porteuses de la royauté ! Sauf, que l’officielle lui donne une fille, et que la non-officielle lui a donné un fils, mais qu’il a renié, pour pouvoir se taper sa soeur. Un bien mauvais calcul…
Bref, vous voyez le tableau, c’est pas du joli, joli tout ça. Je vous le dis, il ne fallait mieux pas être dans les petits draps du Roi… Mais la morale est sauve, puisque la seule héritère qui a failli mourir de ne pas être un héritier, sera la grande Elizabeth the First.. Ouf, tout est bien qui finit presque bien. Une vraie Saga je vous disais.
Donc si un jour vous voulez vous faire une soirée « costumée 1500-1600 », vous aurez toujours ces chefs d’œuvres de l’histoire de cinéma, pour vous inspirer..
Avec Elizabeth I, nous en étions restés aux fraises et costumes collet montés très austères, dus à l’hégémonie espagnole qui sévit sur tout l’Occident. Avec Henry VIII, les robes sont un peu plus affriolantes et les tissus non moins somptueux. Le film est bidon, mais je dois reconnaître encore une fois que mes petits yeux en ont pris plein la tête..
Revenons sur ces préoccupations costumières et revenons aussi à un langage moins chartier, oh la la je vais me faire lyncher par les historiens !
Allez un petit peu de François Boucher (la bible de référence en matière d’histoire du costume), pour plus de sériosité :
« Au début du XVIe siècle, continue de s’affirmer un renouveau artistique et littéraire. L’art achève en effet sa lente transformation, qui aboutit à l’idéalisation du corps humain ; pour ajouter à celui-ci la puissance et la dignité dont rêve l’homme de la Renaissance. Le costume se préoccupe des combinaisons de lignes, de couleurs, de volumes, qui en feront l’élégance et l’harmonie.
Cet orgueil de la beauté physique, ce raffinement de plaire, magnifiés par le costume, le XVIe siècle leur a donné le soutien de matériaux luxueux, étoffes riches et lourdes, broderies épaisses, bijoux somptueux, dentelles aériennes. Nulle époque, même le Grand Siècle, n’aura jeté sur l’homme décor plus précieux pour atteindre la perfection de la beauté humaine. »
Ah, ça en jette tout de même plus !!
Plantons le décor, nous sommes en Angleterre. C’est, dès le commencement du XVIe s qu’en Angleterre, comme dans toute l’Europe occidentale se dessine l’évolution du costume médiéval vers le costume moderne.
Sous les deux premiers Tudors (Henry VI, Henry VII) subsistaient des formes du Moyen-Age, assez simples mais déjà pénétrées de certaines caractéristiques étrangères : pour les femmes, la coiffure à ligne surbaissée, la robe à taille basse et décolleté carré, les manches longues et étroites.
Pour les hommes, le pourpoint très court - justaucorps descendant sous la ceinture - la chemise dégageant le cou, les culottes étroites et souvent de deux couleurs, puis bouffantes et à crevés. Tout cela marqué par des influences germaniques, françaises ou italiennes.
Sous Henry VIII, la transformation se précise. Au début de son règne, la prospérité et la paix introduisent un luxe égal à celui de la cour de son rival François Ier. Dans l’étalage de magnificence, ils ont recours l’un et l’autre à la splendeur des tissus italiens. Et si la forme diffère encore peu de celle de la période précédente , les détails nouveaux abondent : séparations des chausses en bas de chausses collants et en hauts de chausse dits boulevarts avec braguette apparente = très saillant ; plumes d’autruches couchées sur des bonnets à bords rebrassés et découpés dits cramignolles= extra pour la crédibilité. À côté de certaines extravagances de houppelandes fourrées de toutes longueurs à manches bouffantes et détachables, de souliers larges en pieds d’ours avec crevés, de coiffures à l’écuelle - en forme d'assiette creuse et large comme son nom l'indique - ; en marge de la somptuosité des plastrons brodés et des longs pourpoints à crevés et à basques longues, apparaissent des indices nouveaux.
(Un petit aperçu de ces pattes d'ours, car c'est quand même quelque chose... Pour l'anecdote, leur forme à bouts "patte de canard" ou "gueule de boeuf" viendrait de Charles VIII qui aurait été muni de 6 orteilles...)
(XVe siècle, V&A Museum, Londres)
Pour la femme, la réduction de la coiffe féminine (coiffures à cornes) annonce le petit bonnet. Les robes coupées à la taille sont soutenues par des vertugadins, la robe de dessus étant ouverte devant sur une jupe de dessous de couleur différente; les deux robes superposées moulant le corps. Le large décolleté carré découvre une chemise ou une gorgerette de lingerie avec des parements de couleur que l’on retrouve au bas des manches larges, qui peuvent avoir des revers de fourrure de plus en plus volumineux.
Le chaperon de velours (que vous voyez bien sur ce portrait de Jane Seymour, la troisième femme d’Henry VIII) ou de lingerie, bordé d’une bande orfévrée, est posé sur un touret (dévidoir originellement à l'usage des cordiers). La ligne générale est encore assez souple (enfin, c'est relatif..). Comme les hommes, elles portent de vastes houppelandes avec ou sans ceintures, à grandes manches pendantes ouvertes ou closes.
Les couleurs sont plus sobres, les bouffants et crevés diminuent, les femmes adoptent alors un large col ouvert et rigide, comme nous l’avons vu dans l’épisode Elizabethain, une mode se laissant bientôt pénétrer par les modes espagnoles... Cours que je vous invite à relire si jamais vous avez des pertes de mémoire...
Ah ah comme je me la joue petite prof pédante !!
"Bientôt l'interro, ça va vous tomber sur le bout du nez", hé hé !!!!!
J'espère que ce cours n'aura pas été trop confus... "Vous avez des questions ?", ah ah hi hi j'adôôre !!!
06 janvier 2008
Petit précis d'histoire de mode 3
Allez prenez une feuille, interrogation écrite !
Et cessez de marmonner dans vos moustaches, je vous avais prévenu ! (Ah ah ! vous avez les boules hein — oui j’en fais un peu trop mais laissez-moi y croire svp…) J’espère que jeudi soir à 21h tapante, vous étiez devant France 2 (moi
j’ai même dû abréger mon drink entre amies, c’est pour vous dire ma
motivation… alors je n’aurais pas toléré un bide). Bon, je n’ai pas été
trop déçue.
(Portrait exécuté par Charles Le Brun en 1665)
Les costumes étaient somptueux, Louis XIV bel homme et la voix Off une berceuse agréable. J’ai même appris des choses… Tenez par exemple, vous saviez vous que le célèbre compositeur Lulli est mort de son art ? Au moment d’offrir un Te Deum à son bon Roi, il lève sa canne de chef d’orchestre, la rabaisse pour battre la mesure et pof ; la laisse violemment retomber sur son pied. Gangrène. Dead. C’est vraiment con comme mort, mais quand on sait qu’à l’époque, une dent pourrie pouvait vous conduire au cimetière on se dit que Louis XIV est un miraculé. Enfin, il a quand même donné, entre ulcères, rages de dents, fièvres et fistule à l’anus (et là, quand on voit débarquer le Chirurgien de La Mort armé de sa faucille, on se dit : « Quelle chance d’être au XXIe s »). Mais je ne vais pas vous refaire le film. Seulement faire mon historienne relou…
Parce qu’il y a toujours des vérités historiques contestables. Prenez l’exemple du dernier Marie-Antoinette, on peut dire qu’elle s’en est pris plein la tête la Sofia… No Comment, elle n’avait qu’à faire son rat de bibliothèque – ou faire bûcher les rats— plutôt que de penser à la bande-son… Nan je pousse là, c’est vrai que c’est primordial l’ambiance musicale. Et puis je dois avouer que j’avais passé un moment agréable devant ce film. Il a beau être creux —mais branché, est-à-dire que tous les branchés sont creux ??? — la fraîcheur des couleurs et des personnages m’ont séduite. On peut avoir bien des griefs (faut pas pousser, les historiens se sont fait pas mal de fric sur son dos à ressortir toutes leurs biographies), ce cru Copola&daughter offre tout de même une interprétation modernisée du film historique. Un bon dépoussiérage, de temps en temps, ça ne fait jamais de mal.
Pour revenir à notre épisode Versaillais, je suis restée un peu sur ma fin, difficile aussi de résumer le règne le plus long de l’histoire de France en 1h30. Je ne veux pas prendre la défense de la romance, mais France 2 nous a habitué à des trilogies, alors là je tape du pied et j’attends la suite, ou le début. Pourquoi un seul volet ? Petit problème de budget ou simple choix stratégique ? Bref, on s’en fout un peu, là n’est pas la question. Hé non, la question c’est toujours le costume !!! Hé oui, le reste n’est que futilités !! (ça c’est de l’argument de persuasion.. Heureusement qu’on est sur un blog et pas dans une vraie salle de classe, sinon je me ferais lincher par mes supérieurs) Evidemment que le reste est Tout, mais je me venge contre tous les débiles qui m’ont toujours râbaché que « la mode n’est que futilité », ça me mettait en rogne vous ne pouvez imaginer ! A l’époque je n’avais pas encore les bons arguments et je perdais toujours ma verve dans le débat, mais qu’ils reviennent aujourd’hui, oui qu’ils reviennent !!
Assez ressassé, passons aux choses sérieuses…
Tout d’abord, sachez que le règne de Louis XIV se décompose en 3 phases assez distinctes : la jeunesse, la matûrité, la vieillesse. 3 phases, 3 maitresses : La la Vallière, la Montespan, La Maitenon (ça c’est notre feuilleton qui simplifie, pour donner des axes, parce qu’en télé, comme en commentaire composé, on aime les axes de lecture.. Et là je conteste : et La Fontanges alors ! Elle qui légua gracieusement son nom à une coiffure atteignant des sommets, savant édifice qui ne passait pas les portes et dont presque chaque mèche avait son nom dans le dictionnaire des coiffeurs. Mais comment ont-ils pu l’oublier ??)
Plus sérieusement, les livres d’histoire découpent ces 3 phases de façon plus politique : Une période de Régence durant laquelle le jeune roi, fils d’Anne d’Autriche, est placé sous la tutelle de Mazarin et subit La Fronde (1643-1661) ; une longue période d’apogée, quand le Roi Soleil devient Maître absolu (1661-1700) et la fin de règne, triste et nécrologique (1700-1715). 50 années de règne qui influenceront profondément l’histoire du costume.
Images de ces vicissitudes…
(Notre beau Louis et sa tainte de vainqueur)
(La Reine Marie-Thérèse, qui lui donna 6 enfants, par obligation plus que par amour)
Notre feuilleton commence en 1662, date charnière de l’excommunication de Fouquet et du début des grands travaux de Versailles. Il occulte donc les années de minorités du Roi pour se concentrer sur la période flamboyante du règne. Mais pour une meilleure compréhension, reprenons au début. Quand, à 18 ans, la stature de Louis XIV ne faisait pas encore preuve d’autorité.
Vêtu d’un pourpoint de velours uni (vêtement ajusté et rembourré en usage dès le XIIe siècle, qui couvrait le cou jusqu’à la ceinture), sans broderies ni rubans, le jeune roi veut enrayer cette chasse à l’or que les galants de la Fronde avaient institué (mais qu’il remettra en vigueur quand il sera Soleil). Il réussit. Le pourpoint est raccourci, le haut-de-chausses (culotte courte) laisse passer, tout à l‘entour de la ceinture, un flot de linge. Les manches fendues cessent bientôt de lui plaire, on commence par les raccourcir au bénéfice de la chemise, puis on les ferme définitivement. Modifications inutiles : les jours du pourpoint sont comptés : il comporte trop d’ornements futiles. L’habit militaire le remplace définitivement vers 1670 et fournit à l’habit civil ses deux pièces capitales, la veste et le justaucorps.
A cette date, Louis XIV entend bien tenir sous sa coupe la noblesse. L’Etiquette est son carcan. Versailles achève de la dompter. Eblouir pour la tenir. En l’emprisonnant dans cette cage dorée, il la contrôle à tous les niveaux et devient l’arbitre de la mode. Une mode qui ne se décide plus à Paris mais à Versailles, et qui ne doit être que « Plaisir des yeux et chatoiement des couleurs ». Vêtements négligés et de deuil sont interdits à la cour. Quiconque désire plaire à sa Majesté doit lui ressembler. « Et Versailles de donner le ton à l’Europe entière. Mais ce qui fait la difficulté de dessiner nettement le costume de ce temps, c’est d’abord ce fait que l’ornement l’emporte sur le principal ; c’est ensuite que l’initiative individuelle est de plus en plus prisée. Une personne hardie qui se montrait avec quelque nouveauté bizarre était aussitôt imitée par tout un petit cercle, comme s’il n’y eût pas eu d’autre moyen de tenir son rang que de changer quotidiennement de tenue… » Parole d’historien asermenté. (Finalement, ça n’a pas trop changé…)
(A droite, Louis XIV)
L’habit classique des belles années de Louis XIV est ajusté jusqu’à la taille, tombant en une jupe arrêtée aux genoux, manches larges qui s’évasent sur l’avant-bras en un parement très orné. A cette époque, le terme d’habit change d’application, il sert à désigner le justaucorps (plus tard sous le nom anglais de redingote). Justaucorps et veste deviennent deux tuniques ajustées, sans ceinture, qui se boutonnent l’une sur l’autre, et se taillent dans les riches draps colorés des fabriques françaises restaurées par Colbert. La veste hérite en partie des décorations de dentelles, de rubans, de broderies du pourpoint (à noter, l’extrême prodigalité de rubans sur tous les vêtements et accessoires. Sans être un fin observateur, vous n’avez pu passer à côté dans le film).
Pour se préserver des intempéries, on porte des manteaux demi-longs à manches et boutonnés qu’on appele brandebourgs, du nom de leur garniture qui tire elle-même son nom de son origine allemande.
Pour se donner de la prestance (que nous voyons aujourd’hui comme ridicule), on portait la perruque. Le roi ayant manifesté qu’il n’aimait pas le grand feutre que son père avait si bien porté, il se décide à la porter dès 1673, mais sans poudre. Elle lui chatouille le nez. C’est seulement après 1700 que la farine devient à la mode. Les chapeaux sont bas de forme et à bords plutôt étroits (développement encore bien suffisant pour qu’on y enroule de grandes plumes). A la fin du règne on retrousse ces bords sur 3 côtés et la plume ne tarde pas à être supprimée.
Falbalas, la la la, jusqu’aux petit collet qui encadre la tête. On s’en tient d’abord au collet rabattu ; puis on attache ce collet avec une cravate de dentelle. Les rabats dégoulinent ensuite sur la poitrine en larges flots. Enfin le rabat céde la place à la cravate, dès l’adoption du justaucorps et de la veste. Un flot de dentelles postiches, s’attache au cou par un ruban, devenu pièce importante. En 1693, sous le nom de chaconne apparait un ruban, qui distinct de la cravate, vient flotter sur l’habit déboutonné ou sur le jabot. Jabot, c’est ainsi qu’on baptise l’ouverture de la chemise sur l’estomac. Il passe d’usage quand on se boutonne et que la chemise se montre à la ceinture en gros bouillons. (J’espère ne pas trop vous bourrer le crâne, si je pouvais vous faire un ptit croquis ce serait plus simple, mais vous voyez bien que je ne peux pas… Vous aurez donc droit à une superbe photo pixelisée très nette...)
(La promenade de Louis XIV dans la Vue du bassin d'Apollon et du Grand Canal de Versailles, Denis Martin Pierre, 1713.)
Les chausses tirent aussi à leur fin. Au milieu du règne, on suit de préférence une mode étrangère, d’importation hollandaise, celle des rhingraves (une ample culotte tombant tout droit dont la doublure se noue aux genoux). Cette mode dure jusque vers 1680, la véritable culotte va prendre le dessus. Il s’ensuit que les bas deviennent un élément primordial dans un costume recherché, il est d’usage de les assortir à la couleur de l’habit. Les premiers bas de coton, qui remplacent les bas de soie venus de Milan, puis d’Angleterre, datent des dernières années du XVIIe ; on les attache par une jarretière au-dessus du genou. Les canons avaient justement pour but de rejoindre ces deux pièces l’une à l’autre, chausses et bas. De vrais manchettes adaptées aux jambes, des flots de rubans et de dentelle retombant sur les bottes. Pareils fanfreluches disparaissent lorsqu’on adopte la tenue plus martiale de 1670. L’adoption de la culotte leur porte un coup fatal, car avec les bas apparents et longs ils n’ont plus de raison d’être.
Enfin, passons à la botte. Elle est à la noce sous Louis XIV. Pas toujours militaire (comme celle du règne de son père), mais une botte bâtarde, où il entre autant de dentelles que de cuir. A bouts carrés, épanouie à mi-jambe en un évasement (genouillère), donc pas très pratique pour marcher. Et concurrencées par ces fins souliers à talonette, garnis de nœuds sur le cou-de-pied. C’est seulement à la fin du règne qu’on revient aux bottes militaires, fortes et pesantes.
(N'est-il pas mignon notre Roi Soleil en costume "d'empereur" avec ses petits bas de soie et sa pointe de ballerine... Notez le talon rouge. C'est lui qui mit cette mode en vigueur, pour se démarquer de ses sujets. Bientôt, tous les nobles auront les talons rouges)
Ouh la la c’est un peu long tout ça, j’en suis confuse, je me suis laissée débordée par l’information ! Je serai donc brève à l’abord du costume féminin car j’ai déjà trop abusé de votre temps, je reviendrai un autre jour avec plus de détail sur cette période riche et fioriturée.
Arrêtons-nous simplement sur le fait que les femmes prennent en général pour modèle les maîtresses du roi. On pourrait donc ainsi diviser l’histoire de leur toilette en 3 périodes. 3 phases, trois maitresses : Mme de Montespan, Melle de Fontanges et Mme de Maintenon (car la Duchesse La Vallière n’a pas autant influencé la mode). Sous le règne de la première, les modes se distinguent par un cachet de somptueuse élégance ; sous la seconde par une grâce particulière, mignarde et coquette ; sous la troisième par une austérité qui répond à la tristesse des années sombres de la fin du grand règne.
Voilà, on s’arrête là pour aujourd’hui.
J’aurais pu continuer en vous parlant de Ramsès II (car si on voulait vraiment remonter le temps, on pouvait, en seconde partie de soirée. Merci France 2.) mais non, une seule chose à la fois. Et puis les pagnes et les sandales, c’est autrement moins drôle à décrire que les falbalas de Louis…
31 décembre 2007
Petit précis d'histoire de mode 2
Avez-vous déjà foulé le parquet ciré du Louvre un mercredi soir ?
Quand la nuit noire vous enveloppe de sa magie, plongeant les œuvres dans la pénombre et instaurant une intimité charnelle avec elles.

Hum, comme j’aime cette ambiance feutrée, mystérieuse et intimidante, quand vous sentez tous les yeux des personnages braqués sur vous. Aussi, ne pas y aller seule, toujours emmener votre accolyte car il y a des passages qui font froids dans le dos, pour ne citer que la chapelle des gisants, bouh ! Toutes ces statues grandeur réelle couchées sur le dos, ne dormant que d’un œil, comme si à peine le dos tourné elles allaient se lever et vous tordre le cou, Sauve qui peut !! (j’ai dû trop regarder Scoubidooooo…)
Ce n’est pas pour rien que les musées sont souvent un bon support au film d’épouvante, ces lieux sont comme habités de revenants. Je les imagine se retrouver la nuit, ripailler et flirter avant d’être happés par la lumière du jour (chacun ses délires, hein !). Et le Louvre reste mon musée préféré. La quintessence du lieux historique chargé de mystère. Avec ses hauts plafonds, ses milliers de fenêtres, ses passages souterrains, ses tapis rouges, ses kms de parquet et ses centaines de milliers d’habitants, une vie ne serait pas assez pour connaître ses moindres recoins. Mais y aller une fois par semaine, le mercredi soir, c’est déjà pas mal.
La dernière fois, je me suis entichée du Premier Empire. Après avoir parcouru les appartements de Napoléon III, j’ai voulu revenir à son aïeul et plus précisément à la mode que Napoléon Bonaparte a instauré (parce qu’on ne se refait pas). Car vous savez qu’après la Révolution, la débauche et le libertinage avaient pris leurs droits dans un monde sans foi ni loi qui prônait l’anarchie. Sous les traits des Incroyables et des Merveilleuses, cette mode de la débauche se traduit par des tenues drapées, légères et « débraillées », prônant un retour à l’idéal antiquisant. Une fois Napoléon nommé 1er Consul, il entend bien reprendre en main cette société qui va à sa perte. Ce qu’il fera une fois nommé Emprereur en 1802. Dans sa politique de grands travaux et de grandes ambitions pour la France, il légifère entre autre sur une mode qu’il veut plus élégante et de meilleure vertue. Il ne remet pourtant pas en cause cet idéal du monde Antique qu’il tient en admiration. La mode sera seulement moins dénudée mais toujours très féminine : robe longue fourreau, taille haute sous la poitrine, décolleté carré, petites manches ballons. Les tissus sont toujours légers (mousseline de soie, gaze et percale) mais s’accommodent mal des rigoureux hivers qui hantent les châteaux non chauffés, c’est pourquoi il répand la mode du grand châle de Cachemire rapporté de ses campagnes d’Egypte en 1799. Très prisés pour leurs dessins exotiques et leurs chatoyants coloris, ils deviennent rapidement l'accessoire indispensable de la sobre robe-chemise. Les élégantes l’adopteront de suite pour réchauffer leurs épaules frileuses, puis pour les collectionner (très onéreux, ils sont assez précieux pour figurer sur les testaments et dans les trousseaux), relançant ainsi l’essor de l’industrie de soierie lyonnaise. Très malin ce Napoléon.
Mais cessons de parler, place aux portraits qui parlent d’eux-même…
Ordonnons de façon chronologique :
Ce tableau d’Elizabeth Vigée-Lebrun représente l’épouse et la fille de l’architecte Pierre Rousseau. Daté de 1789, il illustre encore la mode Marie-Antoinette, cette mode champêtre des robes chemises (dite aussi "chemise à la reine") qui se glissent sous les corsets et les robes à panier. Pionnière de cette mode, Marie-Antoinette adopte un style influencé par l'anglomanie (simple robe en coton accompagné d'un large chapeau de paille, pour échapper aux contraintes de la vie de cour); une chemise qui, en terme d'étoffe et de coupe, marque une transition vers la robe à taille haute du Directoire.

La Révolution de 1789 entraîne un profond changement de l'esthétique de la mode. L'étoffe de prédilection n'est plus la soie, mais les simples étoffes de coton. Le chaos social ambiant favorise la naissance des modes extrêmes. Les jeunes élégants se pavanent dans des tenues excentriques et frivoles. La petit-maître ou "Incroyable" du Directoire porte une redingote à col très montant, un gilet barriolé, une lavallière, une culotte et un bicorne. Sa compagne, la dénommée "Merveilleuse" porte une robe diaphane dite "round gown" (robes à taille réhaussée sous la poitrine), sans corset ni panier, avec peu ou pas de vêtements de dessous...
Ce tableau est très interessant puisqu’il illustre bien le passage de la mode Directoire à la mode Empire. Cette évolution progressive vers un style néoclassique marqué par les formes géométriques de l'Antiquité gréco-romaine. Peint par Louis David en 1798, il prend pour modèle la sœur aînée du peintre Eugène Delacroix.

Celui-ci, d’une élégance florentine, représente Mme Régnault de St-Jean d’Angely et fut peint par le Baron François Gérard en 1798 (c’est-à-dire du Directoire puisque le Premier Empire débute en 1802). Si la forme de la robe est caractéristique de l’époque, la couleur l’est moins. Le noir était très peu répandu, l’on préconisait plutôt les couleurs claires, Mme Régnault serait-elle en deuil ?

Cette mode Empire n’est-elle pas charmante ? (1802). Observez aussi l’habit masculin…


Celui-ci est du fameux Jean-Auguste-Dominique Ingres. Il date de 1812 et saute à pied joint dans le 1er Empire... Décolleté carré (très pigeonnant.. Vous imaginez ce que ça donne avec une forte poitrine ???), manches ballons et le fameux châle.

Hé bien voilà, ça donne ça avec une forte poitrine et un enbonpoint que l’on devine sous cette robe Empire en velours craloisie qui date de 1815 (portrait peint par Thomas Lawrence, représentant Mme Isaac Cuthbert).

Après 1810, les jupes commencent à raccourcir. Les vêtements de dessous sont de nouveau très demandés : l'ancêtre du soutien-gorge, la "brassière", se banalise, à l'instar des corsets souples et non-baleinés. Le coton est délaissé et la soie revient en force car on goûte de nouveau au luxe et aux couleurs chatoyantes.
A la fin de l’Empire, en 1815, la Monarchie dite « de Juillet » est restaurée, le roi Louis XVIII monte sur le trône, cède ensuite la place à Charles X qui lui-même sera renversé après avoir essuyé les plâtres d’une révolution. Louis-Philippe monte sur le trône , le régime de la Restauration débuté en 1830 s’éteindra en 1848.
Durant cette période, la mode qui avait laissé tomber le corset pendant l’Empire récupère ses engins de torture et ses dessous de jupes encombrants. La taille haute des robes Empire redescend vers une position plus naturelle au milieu des années 1820. Parallèlement, le corset redevient un élément indispensable des toilettes féminines, car la nouvelle mode exige une taille de guêpe. Les jupes, au contraire, s'évasent et raccourcissent pour révéler les chevilles. Des bas aux motifs raffinés sont créés pour couvrir les pieds désormais visibles. Mais l'innovation la plus étonnante est sans doute la fameuse manche "gigot", ballonnante aux épaules et étroite au poignet, qui atteint son volume maximal autour de 1835.
Un exemple ici...de 1831. Camille Corot, y a représenté sa nièce.

Les codes vestimentaires sont alors largement influencés par le romantisme, ses univers imaginaires, son goût pour les grandes épopées et l'exotisme. Les romantiques imposent l'image de la femme idéale, une créture délicate et mélancolique. Il est donc vulgaire d'avoir l'air en trop bonne santé... La pâleur est alors très admirée. Mais ce XIXe siècle sera le sujet d'une autre leçon, je ne vais pas vous embrouiller l'esprit.
Pour finir en légèreté, voici la belle vue que l’on peut avoir si on a envie de se faire une pause pipi…

Même dans les toilettes, on s’en prend plein la vue, l’art est partout dans ce musée !
PS1 : Ne manquez pas, jeudi soir sur France 2 la Saga Louis XIV, modasseries et intrigues à Versailles... Je vous préviens, interro écrite après !
PS2 : ça c'est un clin d'oeil à la leçon précédente, amateur et amatrice de fraises...

22 décembre 2007
Petit précis d'histoire de mode
Êtes-vous allés voir « Elizabeth L’Âge d’Or » ?

Si vous vous dîtes que les films historiques sont ennuyants mais si votre passion du costume l’emporte sur ces reconstitutions souvent porteuses de mauvais frissons, n’hésitez plus, courrez vers les salles obscures. Ce film est pour vous.
Rapidement un petit sum up, pour vous donner la trame :
Aux commandes d’une Angleterre protestante, la reine d’Angleterre Elizabeth « the First » doit faire face à la rivalité de la prétendante catholique au trône, Marie Stuart la légendaire reine d’Ecosse, ainsi qu’à la hargne vengeresse du tristissime bigot roi d’Espagne Philippe II, qui finit par lui déclarer la Guerre Sainte en 1588. Dans l’espoir de pousser l’Inquisition jusque dans les contrées britanniques, il lance contre elle son Armada qui s’écrase magistralement sur ses côtes, renforçant ainsi la préeminence du pouvoir Elizabethain.
Une maigre récolte chez Première, seulement 2 **, et une critique acerbe :
« Au-delà de l’illustration plus ou moins réussie (le réalisateur Kapur est plus à l’aise pour mettre en scène les intrigues de cour que les batailles navales), le film n’arrive pas à conserver le même souffle que le précédent — A ce jour, un film et un téléfilm lui ont été dédié. Le premier, Elizabeth,
sorti en 1998, évoquait son accession au trône, avec Cate Blanchett
dans le rôle titre. En 2005, Helen Mirren revêtait les atours de la
royauté pour un téléfilm, Elizabeth I, qui s'intéressait à une période plus large, du milieu de son règne à sa mort.

Surtout, il peine à perpétuer le mythe de la reine vierge à une époque où elle est censée avoir 50 ans —je confirme, Cate est si pure de traits et si belle que l’on n’y croit pas une seconde. Heureusement pour elle, Blanchett (le seul intérêt du film) — là ils sont durs quand même chez Première, ils ont dû porter des masques pendant le visionnage car on ne peut pas ne pas être subjugués par les costumes — ne cherche pas à paraître l’âge du personnage — Yes, Congratulations Cate ! Quant à l’amant potentiel, Clive Owen, il n’arrive pas à rendre vraisemblable l’invraisemblable. — C’est pas faux non plus…»
Mais finalement, moi les batailles navales à effets spéciaux, et la fraîcheur d’une Cate qui fait bondir les historiens de leurs strapontins, je n’en ai cure. Je n’ai vu que la splendeur des costumes (et la beauté de Cate aussi). Car, que l’on morde la poussière dans les arènes de gladiateurs, que l’on marche au pas aux côtés de Napoléon Bonaparte ou que l’on finisse par le prendre en traître dans Guerre et Paix ( vous avez remarqué la tendance fait de l’audimat sur le petit écran), bref que l’on aime ou que l’on s’en lasse au bout de 10 mn, nous ne pouvons rester infifférents au travail des petites mains costumières (du moins, je parle pour moi, et je conjugue au féminin ce noble métier car à chaque fois que je lis sur le générique le nom de l’artisan-costumier c’est un nom de femme.) Donc pour ce film, « elles » n’ont pas dû compter leurs nuits blanches. Personnages principaux ou simples figurants ne sont jamais en reste. Du costume de cour, au costume militaire, sans oublier le haillon paysan, l’époque y est ressuscitée par enchantement. D’ailleurs, qui mieux que des vêtements pour transcrire fidèlement une époque ?

Ce qui me donne aujourd’hui le prétexte de vous sortir ma science… « Prenez vos carnets de croquis les enfants, nous allons étudier la mode au XVIe siècle. »
Au XVIe siècle, la prédominance de la mode espagnole sur les pays européens a un fondement politique. Son hégémonie est liée à la puissante position de l’Empire espagnol qui atteint son apogée sous le règne de Charles Quint (1519-1555). Sous Philippe II, son fils, la diffusion de la mode espagnole dans les cours européennes assujettit les mœurs. La Contre-Réforme Catholique trouve son expression dans la mode espagnole sévère et contraignante : un sombre costume raide, guindé et inconfortable. Le haut col espagnol ne tolérait ni mouvement vif, ni même la moindre gaieté naturelle. Les espagnols avaient la démarche raide ; leur conversation, leurs manières, leur façon de vivre et de se vêtir les rendaient rébarbatifs. L’aspect pratique du vêtement était parfaitement secondaire, la seule chose qui comptât était son effet décoratif. Il n’avait aucune souplesse et masquait totalement les formes féminines. Une vision austère que l’on retrouve bien dans le film et qui nous fait prendre en grippe les petits hommes du méchant roi d’Espagne ; ils ont tous de fortes moustaches, la tête bien droite couverte d’un chapeau raide, une fraise autour du cou, une petite cape posée sur l’épaule droite pour parader, un pourpoint rembourré qui tombe en pointe à la taille, une culotte bouffante et des poignets plissés.
L’habillement féminin différait peu du costume masculin. Les corsages très serrés suivent la ligne du corps baleiné qui non seulement impose au buste une forme quasi géométrique, bannit toute souplesse mais aussi allonge la taille en comprimant le buste jusqu’à l’effacement de la poitrine (Quelle torture ! A observer la grâce de Cate, je m’étonnais de son agilité à se mouvoir dans de tels monuments. Hum, hum, de longues heures d’entraînement sûrement… Mais au-delà de cette prouesse physique d’actrice, je ne cesserai jamais de me poser cette question de la mobilité et du confort des femmes à ces époques où la mode les laissait prisonnières de leur corps).
(Réalisé par le peintre flamand Steven van der Meulen, ce portrait maladroit de la Reine vierge
- elle est restée célibataire et sans enfant - souligne néanmoins le côté rigide et empreinté de cette mode à corps et vertugadin)
Posé en pointe sur la jupe longue et ample, le corps du dessous s’accorde au vertugadin (apparu seulement à la fin du XVIe siècle, ce « gardien de la vertu » ainsi traduit de l’espagnol, est l’ancêtre de la crinoline, c’est-à-dire une jupe raidie par les cerceaux faits de branches souples d’un arbuste appelé verdugo. ) Les cols sont hauts et raides (ce qui obligeait les femmes à relever leurs cheveux ou plutôt à les dissimuler sous des perruques en conque extrêmement sophistiquées), les manches sont étroites et souvent bouffantes aux épaules. Seules les fraises subissent quelques excentricités. Sachez d’abord que celle-ci fut créée vers 1555 pour contrebalencer les chausses rembourrées (bas de laine portés par les hommes, montants jusqu’à mi-cuisse). D’abord petit ruché bordant le col, elle prit bientôt de grandes proportions, si bien que l’édit de 1562 contraint sa largeur à 4 pouces de chaque côté du visage. Rien n’y fait, elle s’épanouit pour atteindre son maximum vers 1585 (pile notre période encadrée par le film ! De fait, Elizabeth exhibe de spectaculaire fraises amidonnées — l’empesage à l’amidon daterait de 1564 en Angleterre ; ça c’est du SCOOP !) Puis elle disparaît à la fin du XVIe siècle, remplacée par un large col tombant orné de riches dentelles.

Finalement, même l’hostilité éprouvée en Angleterre envers l’Espagne, même le désastre de l’Armada ne purent affaiblir l’influence des modes espagnoles. A partir de 1570-1580, les historiens jugent que le costume féminin, plus travaillé et d’un coloris « printanier », marquerait peut-être les efforts de la reine pour accroître la puissance de ses charmes qui commençaient à se faner. Ce qui coincide bien avec les robes de cour jaunes canari, violet épiscopal ou bleue arborées par notre reine Cate.
Quand l’influence espagnole décline au début du XVII, la vogue se porte vers d’autres modes étrangères, ainsi va la mode…
J’espère que ce petit cours improvisé d’histoire du costume ne vous aura pas trop ennuyé.
Je pensais justement à créer une nouvelle rubrique « car de nombreuses périodes reste-il encore à étudier mes chers enfants ! »
(Au fond de moi, toujours cette envie de transmettre un savoir et une passion ; un jour peut-être je serais une petite prof rabougrie, une anecdote toujours sous le coude, complètement déconnectée de la vie réelle…Non, ce n’est pas un beau tableau que je vous dépeins là, toutes les profs d’histoire de la mode ne sont pas toutes comme ça…)






