Le blog de MVDC

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26 novembre 2007

Arrêt sur imprimés

 

Pour achever de vous convaincre de la grande richesse de l'exposition Lacroix, j’aimerais vous présenter aujourd’hui les mises en parallèle les plus significatives de l’expo.

« Présentés sur des mannequins de bois, les vêtements du couturier dialoguent avec des pièces historiques. Robe à crinoline, fourreaux, capes et boléros disent la correspondance intime, tissée à travers les âges, des couleurs, imprimés, formes et matières. » soulignait Florence Evin dans son article daté du samedi 10 novembre, Le Monde.

Article rondement mené qui préféra s’attarder sur ces mises en parallèle plutôt que de rabâcher une énième fois le dossier de presse. En voici quelques extraits illustrés :

« Le manteau de satin rouge à pois noirs, d’Elsa Schiaparelli (1939), créatrice proche des surréalistes, donne la réplique au fourreau gitan de Lacroix (1999). Ces deux pièces, ajourées en trompe-l’œil, répondent à la robe en serge ivoire, percée d’œillets de Guy Laroche (1966-1969). « Il est des moments de recherche qui fusionnent au même point » souligne Olivier Saillard..."

DSCF4627P1000079(le fourreau gitan Lacroix)P1000080(A gauche, robe à oeillets Guy Laroche; au premier plan, le fameux manteau Schiaparelli)

"... Comme cette rencontre inédite autour d’une fine rayure rose vif et noir, qui met en écho un ensemble caraco et jupe ronde en taffetas (1780-1790) et une robe Polyester de Dorothée Bis (années 1970), électrisée par la soutane bayadère à effet faux-cul Lacroix (2002)."

P1000040(A l'extrême gauche, duel de rayures roses et noires, caché par la soutane bayadère Lacroix)DSCF6887
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"Les décennies ont leurs couleurs : 1935, c'est noir et blanc, constate le couturier... Les thèmes m'ont été dictés : les toiles d’araignée – robes en dentelles graphiques – de Vionnet, Schiaparelli, Sonia Delaunay sont comme une suggestion de la disparition du vêtement."

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"J'ai mélangé toutes les époques. Le manteau de velours brodé de jais 1900, de Cléo de Mérode, côtoie la soie métallique grand soir d’inspiration Sargent de la collection été 1996." commente cet expert en histoire de l'art..."

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"... qui s'émerveille devant la plus ancienne pièce présentée, un tricot de soie vert et or, datée autour de 1610 ,qui pourrait être du Missoni, griffe italienne."

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"La robe chemise en Rhodoïd de Courrèges, renvoie à une robe 1820 raidie. « Même chez celui qui a été l’icône de la modernité, il y a quelque chose de passéiste » remarque Lacroix, intarissable sur la question. Et le couturier de raconter que, jusqu’à la Révolution française, la mode ne regardait jamais en arrière. Depuis, elle ne serait qu’un éternel recommencement. Le XIX fait référence au gothique et à la Renaissance, l’impératrice Eugénie se prend pour la Pompadour. Poiret retrouve le Premier Empire. 1920 s’inspire des romantiques. 1940 du Second Empire. Les années 50 saluent le retour du charleston. Dans les années 60, le Moyen-Age pointe. Aujourd’hui on regarde la décennie 80."

P1000095(A l'extrême droite, la fameuse robe Courrège en Rhodoïd)

"Il y a aussi quelques pièces d’exception : la robe peinte par Jean Dubuffet (1973, du cycle de l’Hourloupe), jamais exposée, voisine avec la robe-manteau de Lacroix, en satin, également peinte à la main, de sa première collection (1987), évoquant la Lola de Valence de Manet."

P1000186(A l'extrême gauche, la robe-manteau lacroix; quant à la Dubuffet, on ne peut pas la louper !)
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Pour l'anecdote, cette robe témoin de l'intime relation entre l'art et la mode fut spécialement créée par Dubuffet pour une conservatrice du MET, à l'occasion du vernissage de son exposition monographique. Celle-dernière, vexée d’être considérée comme un « objet d’art », n’a jamais voulu la porter. On croit rêver !

"Le final est en noir, "avec des choses à perdre la tête" confie le couturier : une robe en satin ciré de Maggy Rouff (1935), des tuniques transparentes 1920, une robe Baby Doll Balenciaga (1958) et le précieux pourpoint à basques brodé de jais porté sur une jupe en taffetas bouillonné de sa collection hiver 2007."

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Enfin, dans une interview pour TGV Magazine, il répondait à la question : "Quels sont, selon vous, les modèles incontournables de l'exposition, ceux qui ont marqué l'histoire de la mode de façon significative ?" par cette humble réponse :

"Nous n'avons pas cherché les modèles clés qui ont été vus beaucoup, mais les pépites moins connues, comme les robes brodées de Mainbocher (1937-1938), jamais vues, si contemporaines ou telle robes de merveilleuses fin XVIIIe, tout en transparence, et Poiret, bien sûr, puis Vionnet... Plutôt que ces charnières archiconnues, j'ai plutôt souhaité remonté le fil des modes vraiment portées, toutes "toilettes" comme on disait, commandées, portées puis léguées, témoins d’élégance dont nous rêvions de retrouver l’allure, par la silhouette, l’artisanat, les matières disparues ainsi que les accessoires importants comme les chapeaux qui confirmaient l’air du temps et la pertinence des silhouettes. Enfin ce ne sont que mes histoires et non l'histoire de la mode, je n'aurais pas eu la prétention de graver ma version dans le marbre. Juste celle de mettre en valeur les collections du musée, leur personnalité. Tous ces dons qui n'avaient pas vu le jour depuis longtemps malgré leur qualité et leur intérêt. "

Posté par Poirette à 23:19 - Musée des Arts Décoratifs - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


22 novembre 2007

Mannequinage, mode d'emploi

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Je vais aujourd’hui m’attarder sur un point qui suscite bien des questions : Le mannequinage.

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Précédemment, je vous avais donné la définition suivante : « Le mannequinage est l’action de « sculpter » un vêtement sur un mannequin de bois, en respectant la morphologie de l’époque et les courbes de sa détentrice. »

C’est un peu succin, remontons à la source avant tout...

Je ne sais pas si vous prêtez beaucoup d’importance « au support » du vêtement lorsque vous parcourez des expositions de mode ? (il serait d'ailleurs intéressant de confronter nos points de vue : Sur quoi vous arrêtez-vous ? Quelle est pour vous la condition Sine-Qua-Non d’une bonne exposition de mode ? )

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Cette question du support est à mon avis la plus épineuse…

Mais revenons à l’exposition Lacroix.

Pendant un an, chaque vendredi, M. Lacroix est venu se plonger dans les réserves du musée avec cette petite idée derrière la tête de présenter au grand public des pièces inédites. Car qui sait toutes les merveilles que dissimule le MMT (Musée de la Mode et du Textile)... Si vous partagez cette même émotion, je vous assure que vous retrouver nez-à-nez avec des kms de penderie et de placards à chaussures reste un plaisir sans nom.

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Dans un soucis de fidélité, le support devait transcrire cette accumulation tout en se faisant le plus léger possible.

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Et quoi de plus approprié qu’un cintre ? Un cintre revêtu d’une housse de coton blanc au crochet poli pour donner un aspect vieilli. Mais le cintre est fourbe, s’il ne prend pas de place, il ne valorise pas forcément le vêtement. Alternative salvatrice : un buste de plâtre en guise de dessous avantageux.

DSCF6444(Afin que vous notiez la différence : la petite robe jaune de princesse tombe droite sur cintre tandis que la robe à tournure mannequinée sur buste est autrement en forme)

C’est ici qu’intervient le mannequinage.

Le plus important, je vous le répète est de respecter la morphologie. Une robe 1930 n’aura pas le même profil qu’une robe 1950, un tailleur 1940 n’aura pas la même carrure qu’un tailleur 1950…

Pour pour de clarté, voici un petit lexique « morphologique » et chronologique (vraiment très sommaire) :

Ligne 1er empire : Taille haute marquée sous la poitrine, manches ballons, hanches étroites, traîne. Etoffes légères, grands châles en Cachemire.

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Ligne XIXe : Style romantique, robes à crinolines et tournures.

DSCF6399(Robe à tournure dite "à la Polonaise", 1870-75)

DSCF4563(Robe en deux parties, 1890)

DSCF6434(En cours de mannequinage, robe orange Charles-Frederic Worth,1893)

Ligne 1900 : Corsetée, buste en saillie, poitrine applatie et remontée sous la gorge, taille étranglée, arrière-train basculée vers l’arrière ; dite Ligne S.

DSCF6224(Deux visites, dont l'une portée par la célèbre Cocotte Cléo de Mérode, à gauche)

Ligne 1910 : Reprise de la ligne Empire, dite robe Directoire. Poiret jette le corset aux orties et révolutionne la mode avec une silhouette libérée de toute contrainte.

P1000086(Deux robes Poiret)

DSCF6344(Robe Jeanne Paquin)

DSCF6388(Robe non griffée)

Ligne 1920 : Taille basse, hanche et poitrine effacées, longueur genoux. Androgynie, emprunts au vestiaire masculin. Robes perlées pour le « Fox-Trot »

DSCF4520(Robe non griffée)

DSCF4558(Au premier plan, robe non griffée; au second plan gauche, robe perlée Jacques Doucet, 1927;)

Ligne 1930 : Longiligne et filiforme, hanches étroite, petite poitrine. Longueur au sol, réminiscence des manches gigot 1900. Robes longue du soir.

DSCF4590(Robe "Papillons" Schiaparelli, robe violette à motifs "chapeaux" rose Madeleine Vionnet)

DSCF4591(Robe en velour rose et noire Schiaparelli)

Ligne 1940 : Carrure épaulée, taille cintrée, basques prononcées, longueur genoux. Tailleur militaire.

P1000121(Tailleur Lucien Lelong à gauche, Jeanne Paquin à droite)

Ligne 1950 : Epaules corolles, poitrine pigeonnante, taille sanglée, hanches accentuées, longueur cheville. Robes de cocktail à double juponnage.

DSCF4508(Robe de cocktail Dior)

DSCF6393(Robe Chanel, 1955)

P1000030(Tailleur Dior)

Ligne 1960 : Ligne trapèze, effacement des signes de féminité, jambes interminables. Mini-robe de femmes-enfant. Futurisme, mouvements punks et beatniks.

DSCF6519(robe trapèze Pierre Cardin)DSCF4523(Ensemble robe et veste, Emmanuel Ungaro, 1967)

Ligne 1970 : Ligne svelte et élancée, matières « recyclées », jambes évasées. Pantalon patte d’eph. Mouvement Hippie.

Ligne 1980 : Carrure ultra-épaulé, taille marquée, hanches moulées, jambes dévoilées, matières Stretch. Séduction, femme au pouvoir.

Ligne 1990 : Longiligne, androgynie, effacement des signes ostentatoires, minimalisme, déconstruction. Apparition du streetwear.

DSCF4597(Robe Comme des Garçons - Rey Kawakubo

Si la règle est stricte — créer un moulage à l’identique avant de passer le vêtement — les techniques de mannequinage sont infinies pour donner vie au vêtement et illustrer au mieux une époque : jupons, fonds de robe, coups d’aiguille, tubes, mousse, tulle, collants, papier de soie, vapeur….

DSCF6220(la mousse, le matériau le plus précieux pour la mannequineuse)

DSCF6643(le jupon, primordial aussi pour donner de l'ampleur à jupe)

DSCF6647(le jupon à cerceaux spécifique à la crinoline-cage, = AVANT)

DSCF6667(Robe à crinoline-cage, 1865 = APRES)

DSCF4668(la miraculeuse machine à vapeur qui en un jet efface plis et défauts)

Il faut souvent ruser de malice, de perfectionnisme (car le moindre pli est visible à l’œil nu) et de patience pour arriver à bout de la « sculpture ».

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Ardeur, colère, persévérence, exaltation… Vous ne pouvez sous-estimer les multiples sentiments dissimulés sous une robe.

Il faut laisser la magie agir, si je vous dévoile tous les dessous, elle s’envole…


Posté par Poirette à 21:04 - Musée des Arts Décoratifs - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 novembre 2007

Epopée Christian Lacroix

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Réquisitionnée par le Musée des Arts Décoratifs pour travailler sur l’exposition « Christian Lacroix, Histoires de mode » et spécifiquement sur le mannequinage de 500 œuvres d’art (le mannequinage est l’action de « sculpter » un vêtement sur un mannequin de bois, en respectant la morphologie de l’époque et les courbes de sa détentrice. Donner vie au vêtement avec grâce et légèreté, le B.A.B.A d’une exposition accomplie et la prouesse de rendre le support transparent), je souhaite à présent vous illustrer cette belle aventure..

Cette lacune n’a jamais été une souffrance, ayant plutôt bien accepté la fatalité après m’être catégorisée en « déshéritée du pinceau ». J’ai même ri de ces mains qui ne m’ont jamais servi à rien d’autre qu’à mes besoins vitaux ; des pinces de crabe pour exécuter les ordres d’un cerveau avant de réaliser que ces deux extrémités n’étaient pas seulement des manches à balai, des stylos-plume ou des arbres à bijoux, mais bien des entités neuroniques. Il était temps.

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Une offre si valorisante ne se décline pas, mais une forte appréhension me gagnait quand je posais le pied sur ce terrain non conquis. Je ne suis pas manuelle. Cette lacune n’a jamais été une souffrance, ayant plutôt bien accepté la fatalité après m’être catégorisée en « déshéritée du pinceau ». J’ai même ri de ces mains qui ne m’ont jamais servi à rien d’autre qu’à mes besoins vitaux ; des pinces de crabe pour exécuter les ordres d’un cerveau avant de réaliser que ces deux extrémités n’étaient pas seulement des manches à balai, des stylos-plume ou des arbres à bijoux, mais bien des entités neuroniques.

A présent, je regardais ces mains lisses, dénuées de  personnalité, et je les haïssais. Pas assez efficaces, pas assez malignes, pas assez inventives… Tous les défauts que l’on peut reprocher à un être humain, concentrés en 6 lignes de vie. Alors comme une écolière qui retourne en classe après avoir fait l’école buissonnière, j’ai accepté mes mauvaises notes et j’ai lutté pour remonter ma moyenne. Aiguilles, tissus, surfaces ne devaient plus avoir de secrets pour moi. Quant à cette maudite vision 3D que les fées ont négligemment omis de saupoudrer dans mon berceau, je n’ai pas essayé de m’en faire une alliée puisque c’était peine perdue. J’ai fait avec les moyens du bord en m’abreuvant des précieux conseils de mes tops collègues. Au final, après maintes batailles contre ma maladresse, je me suis prise au jeu et j’ai aimé.

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J’ai aimé cette déclinaison des silhouettes : en S (ligne sinueuse résultante du corset), en I (ligne Directoire ou ligne 30), en X (ligne 50), en A (ligne 1960)… Même si passer du XVIIe au XXIe siècles est assez perturbant pour une mannequineuse qui a toujours une période de prédilection dans son tablier, de part son attachement pour une période particulière et son doigté pour en cerner les pleins et les déliés. (Ma bête noire étant la période « crinoline ». La monumentalité de ces robes me laissait interdite devant une telle ampleur. Mais quel plaisir de m’attaquer aux robes taille de guêpe des années 50 ou aux ensembles sculpturaux des sixties).

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Puis avec l’expérience et la pratique, un seul coup d’œil déshabilleur suffit à replacer la robe dans son contexte pour ensuite quantifier le métrage de matières de substitution (mousse, tulle, papier de soie) nécessaires à l’obtention d’une ligne harmonieuse. Alors au diable ces heures perdues, totalement découragée, après avoir recommencé ma sculpture des dizaines de fois pour finalement entendre qu’elle ne sera pas exposée, j’ai beaucoup appris. Ce dépeçage à la loupe de la construction interne d’une robe m’a non seulement permis d’enrichir mon vestiaire lexical et formel mais surtout d’analyser de façon exhaustive les coups de ciseaux de nos couturiers.

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J’ai aimé ce déchaînement des matières, cet entremêlement des époques et des styles, cette ambiance humaine et généreuse, cette poésie des lettres de M. Lacroix et de M. Saillard, cette scénographie « éclairée »...
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Je ne vais pas vous faire une revue de presse de l’expo (vous n’aurez qu’à lire les articles sortis cette semaine), simplement souligner ce qui fait sa singularité :

Jamais prétentieuse, ni narcissique elle met en abîme notre histoire sous le joug de thèmes simplistes (couleur, pois, rayures, fleurs, historicisme…) pour mieux la digérer. Car provoquer une indigestion n’est pas le but, même si le concept essentiel se base sur l’accumulation — accumulation des pièces dans les réserves, accumulation dans une penderie. Et nos idées reçues d’érudit du costume s’évapore devant un tel spectacle : un ensemble de voyage 1800 en drap de laine écossais se heurte aux carreaux double vitrage d’une cape sixties, une visite historique en velours rouge frôle l’épine dorsale velouteuse d’un manteau déstructuré Comme des Garçons, un manteau Schiaparellli aux poches tissées de porcelaine s’accorde au sautoir d’assiettes ébréchées d’une tenue Margiela.

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Toutes ces composantes oeuvrent ensemble vers une alchimie au souvenir impérissable. La magie rôde dans ces vitrines diaprées aux néons arc-en-ciel luminescents, venez y humer sa senteur. Et n’oubliez pas de vous arrêter sur ces supports aériens que sous-tendent des portants imbriqués les uns dans les autres.
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Venez réviser vos leçons d’histoire du costume par la seule interprétation d’une silhouette et pensez bien à toutes les petites mains qui se sont attelées à ce travail titanesque. J’y pense désormais à chaque fois que je pénètre dans ces sanctuaires de la culture. Pourtant avant de travailler dans ce domaine, je parcourais les expositions mode en dilettante, sans trop vouloir comprendre les mécanismes « backstage ». C’est impossible désormais, je m’attarde sur les rouages de la scénographie, je relis plusieurs fois les textes et je détaille scrupuleusement les défauts de mannequinage. Le mannequinage est une tâche modeste dont le mérite est de jouer sur la discrétion, de se faire oublier pour ne laisser les honneurs qu'au vêtement.

En somme, à chacun sa lecture, le plus important étant d’y trouver du plaisir. Pour revenir à l’expo Lacroix, certains se passeront des cartels pour préférer une lecture « couleurs », « imprimés » ou « morphologique ». D’autres liront avec pointilllisme les lignes explicatives précieuses dans le but de tester leurs connaissances ou de se faire surprendre par l’émotion...

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Pour plus d'informations, allez faire un tour sur le blog de Florence Müller qui consacre une jolie tirade sur l'exposition.

Et si vous n'en avez jamais assez, cliquez sur l'album photo Lacroix !

Posté par Poirette à 22:55 - Musée des Arts Décoratifs - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 septembre 2007

Démontage Chopinot-Gaultier

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Deux jours de démontage pour une année de préparation, la dure loi des expositions.

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Après M. Gaultier et Mme Chopinot, place à M. Lacroix et ses « Histoires de mode » au Musée de la Mode et des Arts Décoratifs.

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Absente lors du montage du « Défilé », je fus ravie de déshabiller les silhouettes massives aux regards rieurs. Costumés avec malice et humour par Jean-Paul, les gaillards de Régine semblaient encore danser devant moi. Certains costumes si pesants et encombrants que je réalisais combien la danse est une prouesse physique. La qualité des matières me surprenant tout autant. Nous avons souvent tendance à déprecier les costumes (de danse ou de théâtre) avec cette idée préconçue que de loin les défauts sont invisibles. Pour ce qui est de la danse, ils doivent néanmoins être très résistants, tout en restant très souples. Agilité du costumier, la tenue doit accompagner le geste du danseur sans l’entraver. Les costumes issues de l’imagination florissante de Gaultier sont à la fois confortables, esthétiques, bien finis et résistants.

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Avec des noms aussi cocasses que piquants, ils illustrent bien le qualificatif d’« Enfant terrible » accolé au nom de JPG :

— 1984, spectacle « Les Rats » : tutu rouges et noirs en forme de fraises Henri III, perruques en crin de "gentilhomme", espadrilles en guise de pointe-calvaire, évoquant le dur labeur incombé aux petits rats de l’Opéra.

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— 1985, spectacle « Rossignol » : tenue de "gros poussin" en jersey stretch et tulle bouillonné rose afin de porter la danse dans les airs.

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—1986, spectacle « A la Rochelle, il n’y a pas que des pucelles » : Dragon, chien, rate, sanglier engonssés dans des bodys en sergé matelassés se terrent derrière des coiffures-masques en plastique imprimé.

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—1988, spectacle « KOK » : Boxeurs se castagnent sur le ring en peignoir grimmés de noms provocateurs… Archie Black porté par Lee Black, un noir donc, Boo Bull, Alonzo Plumard ou encore Poids Chiche, qui n’est autre que Régine Chopinot.

La haute-couture aussi était au rendez-vous.

La dernière salle exposait quelques pièces iconiques JPG : la première robe à seins coniques, la fameuse robe jersey s'achevant en plumes d'autruche rayées marin, une robe à crinoline apparente...

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D’autres malins plaisirs m’auront comblée.

Me glisser dans les vitrines pour éluder les trucs et astuces jalonnés par une équipe de magiciens-scénographes m’ont fait passer derrière le rideau.

Mais peut-être finalement vaut-il mieux laisser planer le mystère d’un tour plutôt que de découvrir qu’il ne tient qu’à un miroir réfléchissant ou à un jeu de lumière…


Posté par Poirette à 01:55 - Musée des Arts Décoratifs - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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