30 septembre 2009
Edito Magazine
" On nous raconte des histoires. Et il faut croire qu'on aime ça. A mesure que l'établissement des faits a déserté la presse, le récit s'est glissé dans la place laissée vacante. Pas une marque, pas un produit, pas même une personnalité sans histoire — la belle, pas la maudite. Quant à l' Investigation, avec un grand "I", qui serait le salut de cette presse en ces temps d'internet et de formats courts, il y a belle lurette qu'elle est le fait des livres, dont l'économie dépend du nombre de lecteurs et non des marques. S'il y a lieu de déprimer ? Pas tant que ça ; juste de repenser les fondements."
Magazine N° 51 (Octobre 2009)
11 février 2008
Edito Magazine, N° 43 (fév-mars 2008)

Parler des choses ou des gens
"La population des villes est en constante augmentation. C’est peut-être pour lutter contre la solitude urbaine – phénomène corollaire – que les médias présentent toujours des visages ; connus ou en passe de le devenir ; grave ou rieur à la pose ou en action.
Une interview sur un sujet ?
Non plutôt l’interview d’une personnalité, ou mieux son portrait. Et la lutte est inégale. Certes, les gens parlent des choses, mais l’empathie l’emporte toujours. Face à l’humain, la sympathie ou l’antipathie, la soif de s’identifier ou le besoin de cristalliser son ressentiment prennent toujours le pas, et ne restent que les gens. Il y a pourtant quelque noblesse à faire vivre des idées, à bousculer des concepts ou à penser demain, mais l’époque ne doit pas être à ça.
Une piste : si l’information devient un spectacle, c’est peut-être dans ce qui se présente comme spectacle qu’il faut chercher l’information."
Angelo Cirimele
27 février 2007
Edito Magazine, N°38 (Fév-Mars 07)
"On peut être lassé par cette faiblesse des médias pour la peoplelisation express, tous domaines confondus, dans laquelle le nom l'emporte sur le faire. Y compris les marques, redevenues des noms, privilégient le savoir vendre au savoir-faire. Et au petit jeu de la célébrité, les marques l'emprtent toujours sur ceux qui les animent. Dior sera toujours plus fort que Galliano, Saint-Laurent que Pilati, etc. Mais, à la différence des people instantanés et médiatiques, dont le nom disparaît aussi vite qu'il est apparu, pour une marque de luxe le nom seul n'est rien s'il n'est pas la cristallisation d'un patrimoine immatériel, d'un abstrait dont on a la sensation et qu'on arbore fièrement ou discrètement, selon son humeur et son tempérament."
Angelo Cirimele.
Rédacteur en chef de Magazine
15 février 2007
Vintage, Magazine N°38, Fév-Mars 2007
Deux accroches possibles…
Une pour les avertis :
« Vintage », un mot que l’on ne présente plus, utilisé à foison, souvent à tort et à travers : « Craquez sur cette mini robe vintage et soyez dans le ton ! ». Caraco jersey immitation « Trente » 210 Euros, robe-manteau sixties 550 Euros, lunettes mouche seventies 170 Euros… Prix exorbitants, qualité médiocre, provenance anonyme douteuse, voici la nouvelle marque de fabrique « Vintage » du troisième millénaire. Le hic : l’année de fabrication n’est jamais mentionnée et le tissu respire le neuf. Seul le style, de forme trapèze et de couleur flashy, nous évoque vaguement l’idée que l’on se fait des sixties, quand jeunisme et futurisme rimaient avec optimisme. Sentir sur sa peau le contact d’une fibre historique, c’est un peu revivre ce temps perdu et afficher son rejet de la société contemporaine. Période transitionnelle pour une mode qui ne propose plus de révolutions, les créateurs seraient-ils à court d’idées pour jouer dans le recyclage ?
Une autre pour ceux qui ne connaîtraient pas sa définition :
« Vintage », un anglicisme passé dans la langue courante dont on aimerait aujourd’hui retrouver les racines. Car s’il est actuellement dans les petits papiers de la mode, combien de praticantes convaincues connaissent sa véritable étymologie. Didier Ludot, Expert en vintage Haute Couture installé depuis plus de trente ans sous les arcades du Palais Royal, s’est taillé, par expérience, sa propre définition : « C’est avant tout un terme qui vient de l’œnologie, qui fait référence à un grand cru. Un vêtement vintage est une pièce de grand cru : il peut être très récent tant qu’il est représentatif d‘un moment de mode, du style du créateur. Il doit aussi être dans son état originel.» Du spiritueux millésimé aux vêtements, accessoires, photograpies et mobilier design, le mot se propage comme une traînée de poudre pour finalement désigner un style vestimentaire mêlant vêtements anciens, fripes et vêtements neufs. Un mot authentique tombé sous le jeu des apparences.
Approche sociologique basique…
Comment expliquer un tel engouement pour le « vieux »? Selon le sociologue Michel Maffesoli, nous serions dans une période de post-modernité définie par « un retour à l’archaïsme, aux tribus, un attachement au passé, au dépassé, au fondamental. Cela se manifeste notamment par une façon de s’habiller et de se meubler. » conclut-il (Le Rythme de la vie, Ed La Table ronde), non sans une arrière-pensée pour les Arts&Crafts. À l’heure de la mondialisation, le vintage est un antidote comme un autre pour ceux et celles qui ne supportent plus de croiser leur clone grande distribution à chaque coin de rue. Adhérer au Vintage, c’est affirmer son style et son unicité en faisant de l’oeil au passé.
Marketing
Il n’en fallait pas moins pour que le marketing, espion des modes de rue, se l’approprie goulûment. Kate Moss, Naomie Campbell ouvrent la voie dans les années 90 ; Julia Roberts s’affiche en Valentino millésimé 1992 lors de la cérémonie des Oscars de 2001. La « Vintage Mania » connaît ses premiers émois. La vague nostalgie déferle sur les grandes capitales de la mode et le prêt-à-porter se plie bientôt en quatre pour l’accueillir dans ses rayons. Les mastodontes de la mode à petits prix -—H&M, Zara, Mango — s’approvisionnent en copies quasi conformes : formes boules et dos évasé, impimés tartan et couleurs orgiaques ou comment rendre le passé branché. Les icones du sportswear —Nike, Adidas — surfent sur les réeditions et les séries limitées, occasion rêvée de se différencier de ses concurrents. Les Grands Magasins — Bon Marché, Galerie Lafayette — inaugurent un espace mi vintage-mi fripes où même la poussière semble synthétique. Les labels historiques démocratisent leurs archives : Karl Lagerfeld célèbre Gabrielle Chanel lors d’une exposition fétichiste au Metropolitan Museum de New York, Nicolas Ghesquière crée une ligne « Editions », répliques fidèles des chefs d’œuvres de Cristobal Balenciaga. Le patrimoine est à la noce.
Authenticité
Pourtant, si l’on voit fleurir depuis peu de nouvelles échoppes vintage formule dépôt-vente, les initiés du vêtement ancien n’ont pas attendu d’être « tendance » pour avoir pignon sur rue. Les premiers à épousseter les greniers encombrés de nos grands-mères, à se lever à l’aube pour dénicher aux puces les trésors de ce siècle, ils « entassent » dans d’étroites boutiques atypiques les créations racées de nos stylistes et grands couturiers. Cavernes d’Ali Baba aux murs tapissés de richesses séculaires, aux tiroirs emplis d’objets obsolètes, aux revers griffés de signatures emblématiques, le temps y est comme suspendu. Récréation costumée pour certains, friperies améliorées pour d’autres, les spécialistes eux ne s’y trompent pas : historiens de la mode et journalistes viennent confronter leurs théories, collectionneurs et musées enrichir leurs réserves, costumiers et designers puiser leur inspiration. Addicts de mode et de ses chichis, ce sont eux qui font vivre depuis leur emmergence ces commerces muséographiques.
Conclusion enflammée, à prendre ou à laisser…
Petit cercle d’initiés hermétique et très concurrentiel, le mystère sur la provenance de ces naufragés du passé auréole la victoire de leurs modestes propriétaires qui ont su s’imposer dans la durée sur un marché fébril. Unique richesse de ces maîtres de sérail, le savoir est une force fidélisatrice inégalable et la passion, une lutte acharnée pour l’indépendance.




