Le blog de MVDC

You are what you read

20 janvier 2008

Exposition Bernhard Willhelm au MOMU de Anvers

                            


                 P1000653

Né en 1972, à Ulm, en Allemagne, Bernhard Willhelm termine ses études au département mode de l’Académie anversoise en 1998. Depuis 1999, il présente avec Jutta Kraus ses collections femme à Paris et lance sa ligne pour homme en 2004. La transposition (photo)graphique d’images contemporaines sont des éléments clés de son art. Castings atypiques, courts métrages, performances et mises en scène offrent une approche humoristique, engagée, et sans prétention de la mode, de l’art, de la musique et de la politique. Depuis 2000, il travaille régulièrement avec le duo d’artistes d’Amsterdam Carmen Freudenthal (photographe) et Elle Verhagen (styliste). En 2006, ils offrent au MoMu l’ensemble de leurs archives de vêtements, le pourquoi du comment de cette rétrospective précoce.

                   

                P1000652

La main gigantesque dessinée pour la campagne de communication rappelle les étiquettes de Bernhard Willhelm —une petite main noire — figurant dans chaque vêtement. La main renvoie aussi à l’origine du nom de la ville d’Anvers qui signifie littéralement « main jetée ». La référence à cette légende n’est pas anodine. Willhelm fut designé par une journaliste allemande comme le successeur post-moderne des frères Grimm. Un langage grotesque et inventif d’images déstabilisantes, une fantaisie infantile faussement innocente... Avec une pointe d’ironie, il brave les tabous et perturbe les codes de l’habillement communément exploités par le milieu de mode.

                   

               P1000760

Pour assurer le graphisme et la scénographie de cette exposition, Bernhard et Jutta ont invité les artistes suisses Taiya Onorato et Nico Krebs (qui travaillent depuis quelques saisons déjà à la conception des « look books » et des défilés). La scénographie s’est convertie en cadre complet. Chaque collection est présentée dans un décor différent, qui vous expose aux sources d’inspirations les plus variées et vous plonge dans l’univers inventif d’un créateur fou-fou. Des montagnes russes d’images et d’impressions…

                   P1000763

Leur travail personnel se compose, pour l’essentiel, de photographies et d’installations, qu’ils ont déjà exposées dans différentes galeries internationales. Pour cette exposition, les DA ont collaboré avec la créatrice Sara Kueng, les concepteurs audio et média Roman Bleichenbacher & Michael Gross et les créateurs du bureau graphique Hi, Megi Zumstein&Claudio Barandun.

                P1000766

Au fil de l’exposition, chaque collection est présentée séparément. Les points de départ sont le plus souvent le concept graphique du look-book transposé par Onorato et Krebs en décor 3D. Ils ont surtout cherché à s’affranchir des éléments statiques du mannequin poupée, créant des nouveaux modèles à partir de mannequins d’occasion et d’articles jetables. Ce qui donne du "grand n’importe quoi" : mannequins hybrides avec plusieurs jambes, bras et têtes désaxés.

               P1000758

Visite guidée de l'expo, en images...

                  

 

               P1000666 

1ere salle : « Ghosts », collection Femme P-E 2004
Les costumes de fantômes installés dans le hall d’entrée ont été créés pour le film de l’artiste suisse Olaf Breuning « Ghosts » (2003). Les fantômes guident les visiteurs, de l’escalier du hall d’entrée à l’expo où ils pénètrent dans l’horreur d’une maison hantée. Cette collection fut exhibée au Palais de Tokyo. Le film met en image les hallucinations d'un homme projeté dans différents décors, d’un classique de l’horreur japonais « The Ring », au western américain, au gangsta rap et à un village Amish. L’homme rencontre ensuite un groupe de françaises et les incite à prendre des pilules d’ecstasy. Après la prise de drogue, les filles sont kidnappées par les fantômes. Elles réapparaissent soudainement vêtues de la collection et se retrouvent dans une chambre noire où les fantômes jouent à les brutaliser. Bouhhhhh !!

       

        P1000667  P1000668 

2eme salle : « Protest room », collection Femme  A-H 2002-2003
Source d’inspiration : la scène alternative de gauche, les voyageurs, la vie de tous les jours.
Cette collection fut présentée sur la bande-son du journal télévisé allemand ARD’s Tagesschau. Les mannequins défilent sur le fond d’une bande-son d’un bulletin d’informations : d’abord celui d’un attentat à la bombe d’une synagogue de Djerba qui coûta la vie à plusieurs touristes allemands, puis celui des dernières nouvelles du sport et de la météo. La dure réalité associée à des faits divers ordinaires tranche avec la collection bigarrée : motifs arlequin, dessins de zèbre, gants en tricot et châles en forme de tête de zèbre, imprimés dinosaures aux couleurs vives et incrustés de paillettes et d’applications.  Les vêtements ornés de points de tiges blancs sous un fond noir montrent plutôt des dessins de mauvaise augure :l’œil divin, un arbre gigantesque, un bûcheron et derrière lui, une échelle de Jacob avec des anges, des squelettes…

      

P1000679   P1000678

3eme salle : « Flowers in construction work », collection femme PE 2003
L’idée générale sous-jacente de cette collection est la construction de maisons. Le look-book est un collage/une bande dessinée dans laquelle les mannequins bâtissent des constructions qui semblent envahir leur environnement naturel : les fondations d’une petite maison en bois, une maison à moitié finie, des baraques très colorées en bois ou l’immense squelette en métal d’un arbre. Une présentation vidéo accompagne la collection. Sur la bande-son d’une chanson à boire allemande « Bier her, Bier her », les mannequins suivent une corde interminable en un cortège bizarre mené par une jeune fille nue portant une petite jupe faite de branches et sur le cou et le haut du corps, le dessin peint d’un arbre. Dessins floraux sur broderie, silhouettes féminines nues aux ailes de papillons brodées sur soie ou satin. Et plusieurs silhouettes masculines : un costume gris en tricot orné d’imprimés floraux, des sweats avec la bannière étoilée américaine. Cette bannière et autres symboles nationaux traversent les collections de Willhelm. Ils décorent les éléments graphiques et suggèrent un jeu complexe d’identité, d’origine, de politique et d’exotisme.

   

P1000672  P1000702

4e salle : « Japanese workers », collection homme, PE 2005
Inspiration : Les travailleurs des rues japonais dansent le Sirtaki. « Les Japonais ont une authentique culture exotique (oubliez les noix de coco). Du plus loin que je me souvienne, j’ai été fasciné par l’exotique. » relate Bernhard Willhelm au sujet de sa fascination pour le Japon.
Les pantalons bouffants XXL, ornés de gros imprimés graphiques de kimono aux couleurs contrastées, sont inspirés de la tenue des travailleurs de rue japonais. Les mannequins « planches de bois » revêtent sur leurs visages des photos de jeunes japonais branchés et portent des chaussettes colorées dans des chaussures de golf blanches.

    

P1000684  P1000685

5e salle : « Girl with Mobile Phone », collection Femme AH 2006-2007
Cette collection fut accompagnée d’une performance/installation en carton dans le gymnase de Bercy à Paris. Nico Krebs et Taiyo Onorato sont les dépositaires de ce concept. Ils se sont inspirés des filles de Shibuya, le nom venant d’un quartier de boutiques tendances de Tokyo. Les jeunes filles qui y flanent adoptent des styles extrêmes : du gothique au style Victorien ou punk. Tendance surprenante : les jeunes filles ganguro, bronzage UV, rouge à lèvre pâle, eye shadow vif avec un portable dans la main. La colllection se compose de motifs tie-dye colorés mais aussi noir monochrome créés à l’aide d’un professionnel de Tokyo spécialisé ds la teinture de kimonos.

P1000693  P1000695

6e salle : « Tiger collection », collection Femme AH 2005-2006
Cette collection se marque par les imprimés léopard — également lors du défilé, fixés sur les visages des mannequins à l’aide d’aérographes — ainsi que par la coupe expérimentale et asymétrique des vêtements. Les silhouettes à 4 pattes sont chaussées de baskets, de pantoufles et de bottes ornées de fausses fourrures. Les textiles sont imprimés de photos et de portraits défomés de l’équipe de Bernhard. Ces tissus semblent être un vague clin d’œil aux textiles « Dutch Wax » qui habillent beaucoup d’africaines. Autre imprimé : celui d’une photo d’une horloge murale du XIXe avec comme figures décoratives, le créateur lui-même maquillé en noir et vêtu d’une petite jupe de feuilles de banane jaunes d’or, quel humour ce Bernhard !). Un humour grave puisqu’il utilise aussi des images de leaders politiques et religieux. Fait important à noter :1ere collection de lunettes de soleil.

P1000688  P1000697

Le tout dans un bric à brac que l'on sent totalement improvisé (c'est ça le meilleur). Si j'avais compté toutes les figurines et babioles en tous genre présents dans cette cabane au fond du jardin, j'y serais encore !

P1000708  P1000714  P1000716  P1000717

7eme salle : « I am the one and only dominator », collection Homme PE 2006
Sur une bande-son décibélique, le denim moonwash, les imprimés en relief (mousse synthétique) couleur bonbon, les imprimés de patrons de jean roses et bleu vifs, la bannière étoilée, et enfin l’interprétation des bottes Buffalo affiche une impertinence détonnante (oui, vous ne rêvez pas ces « Ken » sont bien défroqués !)

Et que trouvions-nous derrière les grossières enceintes ??

P1000718  P1000720

Des maisonnettes illuminées !

            

P1000743

P1000723  P1000726

8eme salle : « Tirolean room », collection Homme/Femme PE 2007
Lors du show, les mannequins se promènent dans une pyramide tissée de cordons fluorescents, sous  la musique de Far Away.
Inspirée du costume traditionnel tyrolien et bavarois, des vêtements des voyageurs et du tourisme de montagne, textiles lourds en coton, tricot et tissus à gros carreaux côtoient soie et imprimés de petites fleurs. Derrière certains pantalons se cache la coupe d’un pantalon homme XVIIIe, quelques petits détails du XIXe comme le rabat en forme de cœur ou les vestiges du corsage d’un dirndl (costume traditionnel des autrichiennes) cachés dans un petit manteau à carreaux blancs et bruns.

P1000727  P1000729  P1000732
Accessoires : lunettes de soleil « smiley », des gros sacs à dos, des chaussures de randonnée aux lacets fluorescents et des baskets à franges en laine et des chauffe-mollets.

P1000796   P1000797

Salle 9 : Complilation de « Look book » et publicités.

P1000767  P1000768

Salle 11 : Projection ciné des défilés et courts métrages avec nos amis les lavabos, allez comprendre !

P1000825   P1000823

Salle 12 : « Trashed room », collection femme AH 2004-2005
Présentée dans le décor d’une chambre d’adolescent entièrement détruite par 3 jeunes filles en costume de flanelle (le tournage de la session de saccage est diffusé sur un écran de télé), la collection est portée par des jeunes filles punk et des femmes qui défilent sur un tas de bric à brac et de déchets.
La forme et les dessins sont inspirés des articles jetables et des figures du « Happy Meal » de notre cher Ronald (costume de Mickey Mouse avec des moufles gigantesques, une coiffe avec des grandes oreilles...)

P1000824   P1000781

Salle 13 : « Camouflage collection », collection Homme PE 2004
Inspiration : les images télévisées du raid du palais de Saddam Hussein
La collection est conçue entièrement autour des imprimés camouflage, avec des figures innocentes comme des chiots frétillant de la queue et des kangourous, dans diverses nuances de gris. Les mannequins du défilé étaient en fait des stripteaseurs recrutés via internet. Ils suivent un parcours du combattant dans un décor intérieur gris monochrome. Dans le style du commando, ils rampent sous et sur les tables, descendent en rappel d’un lit superposé, font exploser des pétards, font des nœuds aux baillons et boivent du schnaps. Elément surréels : lunettes de soleil aux verres peints ou panneaux de circulation inexistants.

P1000845

Avant de parcourir la partie finale de l'exposition, nous passons sous un souterrain abritant les créations Haute-couture ou personnalisées créées par Bernhard Willhelm pour une demande originale.

P1000860

En illustration, la collaboration avec la chanteuse islandaise Björk dont il a dessiné la garde robe de sa dernière tournée mondiale ainsi que le costume sculptural qui orne la pochette de son nouvel album « Volta ».

P1000863  P1000866

Salle 16 : « Framed ghetto boys », collection Homme AH 2006-2007
Présentée dans un espace « musée » classique, cette salle est une bouffée d’air apaisante pour quiconque aurait l’esprit surchargé du « trop plein » scénographique. On peut effectivement reprocher le manque « d’aération » le long de l’exposition. Nous ne doutons plus de l’humour et de la florissante imagination de Bernhard après telle démonstration mais tout de même il n’a pas rendu la lecture aisée. Cette salle aux murs encastrés de cabines trompe l’œil, serties de grands miroirs, est donc vitale pour finir l’exposition sur une note « Zen ».
Des « ghettos boys » posent derrière des gros cadres (créés en collaboration avec Helicon Opleiding aux Pays-Bas) passant d’une grille de ghetto en métal à un cadre baroque doré.

P1000867

Sur les vêtements, des techniques de peinture japonaises sont appliquées : effets dip-dye (chinage par teinture) sur des chemises classiques rayées ou effets tie-dye (teinture au  nœud) sur des sweats avec des chaînes accrochées et des manteaux boule à capuche. Sur les tricots très spéciaux, l’utilisation du tweed et du tissu jacquard est multiple. Les chapeaux sont quant à eux fabriqués selon une technique de composition florale.

P1000873  P1000885

Salle 17 : « Super — The 90’s cape collection », collection Femme PE 2006
Inspiration : La super héroïne « Superwoman ».
De gigantesques logos superman sont brodés en points de tige sur des T-shirts et des capes. Mais bientôt, le logo, aux contours baveux, orné de longs fils noirs, transforme Superman en Supergirl. Pantalons denim stonewashed, jupes boules en néoprène, robes déchirées en fines franges, vestes trouées au laser volent à notre secours !
Les imprimés sont conçus en collaboration avec l’artiste allemand Carsten Fock. En 2006, Willhelm et Fock avaient dejà travaillé ensemble pour une expo intitulée « Black is also available in White » (Berlin et Stockholm)
Admirez ce petit pont chinois irradié par la lumière d'un ciel enguirlandé.. Rien n'est jamais trop kitsch pour Bernhard !

           P1000882 
Salle 18 : « Black », collection Femme AH 2005-2006
Inspiration : le rap, la cocaïne, les nichons, MTV, le bling bling.
Des mannequins noires, défilant sur le rap d’Eminem, revêtent des blousons aux volumes amples entre bomber et caftan, des survêtements et pulls oversized. Velours, imprimés jaune d’or, motifs géométriques « assouplis », ou empreintés à la céramique précolombienne ornent le tout.

P1000883   P1000790

Salle 19 : « Fire, Ice and Brickstones », collection Homme 2004-2005
Cette collection inspirée des supers héros sportifs de l’Amérique, fut présentée par les membres d’une équipe de football américain. Ils posent avec leur propre épaulières et casques de protections devant un mur de briques en motifs trompe-l’œil. Les 5 éléments (et Mickey Mouse, toujours, décidément c’est obsessionnel !) feu, glace, briques sont repris en imprimés. Dans le look book, les joueurs apparaissent comme les supers héros d’un jeu vidéo.

             P1000887

Salle 20 : « Sex », Homme PE 2008
Inutile d’en rajouter, pour finir en majesté, une photo de Lukas Wassmann dont vous saurez apprécier la poésie…





Posté par Poirette à 21:22 - Expositions - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


19 novembre 2007

Hommage à Pierre Paulin

P1000308 (Fauteuil Ruban, 1965)

Depuis deux ans, M. Azzedine Alaïa — le couturier mécène et collectionneur — ouvre les portes de son showroom pour en faire une salle d'exposition (Poiret, Shiro Kuramata...), une galerie de photos (Word Press Photos) ou une chapelle (Concerto de musique classique). Cette fois, Azzedine Alaïa a voulu rendre hommage au designer Pierre Paulin.

           P1000313

           designer00164

Interviewé peu avant, voici ce que Pierre Paulin confiait à des confrères journalistes :

"J'ai bientôt 80 ans et je ne peux plus travailler vraiment comme avant... Mais j'aimerais tout de même réaliser encore quelques petites choses afin de donner une leçon à tous ces jeunes gens qui, pour la plupart, n'ont aucun talent ni aucune imagination. Je suis assez scandalisé par ce que je vois dans la création actuelle. Malgré les techniques contemporaines, formidables, les designers et les architectes d'aujourd'hui sont moins bons que ceux du passé. Je mets ça sur le compte de la télévision, du bourrage de crâne de l'université et de la communication, qui a tout remplacé, même l'art!
Je voudrais montrer à ces jeunes qu'à tout âge il est possible de se renouveler et de faire des efforts de créativité. La carence dans laquelle cette génération se trouve sur le plan des idées s'explique, à mon sens, par le fait qu'elle n'a pas envie de souffrir. Car mettre au point quelque chose de nouveau, si peu nouveau soit-il, résulte toujours d'un effort monstrueux ou d'un coup de chance.
"

          P1000307

"Paulin n'aime pas la copie, la télévision, la surcommunication, les créateurs qui se prennent pour des stars et les designers qui flirtent avec l'art. Dans sa maison-refuge, perchée dans les collines des Cévennes, l'autodidacte, devenu un livre d'histoire, cultive l'anonymat et la modestie d'un terrien. Pourtant, la modernité lui colle toujours à la peau comme la robe en Stretch, matière dont il fut l'un des premiers à ganser ses fauteuils et ses salons, Elysée compris. Cet anti-superstar, véritable Superdesigner — comme le titre la rétrospective qui lui rendit hommage, cet été, à Hyères — n'a rien perdu de sa fougue ni de ses convictions. "Je suis un normal designer. Je n'ai jamais dessiné qu'au service du public. Je ne mérite pas une couronne, je mérite d'avoir bien fait mon travail. Pas plus." "

(Marion Vignal, L'Express Styles, 30 mai 2007)

Après une formation de modelage et de céramique à Vallauris, Pierre Paulin étudie la gravure et la sculpture chez un tailleur de pierre, puis à l’école Camondo à Paris. Il travaille pendant une dizaine d’années pour Thonet, pour lequel il crée la Chaise 157 (1954). En 1958, la maison d’édition de meubles Artifort, basée à Maastricht, décide de l’orienter vers le meuble contemporain.

 

 

Au début des années 60, il ouvre sa propre agence de design et entame une collaboration fructueuse avec le Mobilier national. À la même époque, il participe à la rénovation de l’intérieur du Musée du Louvre.

 

 

Dans les années 60- 70, il développe pour Artifort une gamme de sièges faits de coques en bois moulé garnies de mousse Pirelli et habillées de housses préfabriquées en tissu extensible, aux formes souples et arrondies, aux couleurs vives. Parmi ces sièges iconiques :"Mushroom" (1959), "Tongue chair" (1964), "Ribbon chair" (1965)

 

 

P1000309 (le Ruban, bis)
P1000311(le canapé Blublub, 1970)
P1000305(à l'extrême droite, en cuir noir, le fameux "Mushroom")
P1000303(canapé ABCD)

 

 

Il travaille entre autres pour Renault, Saviem, Thomson, Ericsson, Calor et Allibert.
En 1980, il dessine, avec le Mobilier national, des pièces uniques qui sont exposées au musée des Arts décoratifs de Paris.

 

 

P1000310(chaise Huître)

 

 

Mais c'est surtout en 1971 qu'il acquiert une grande renommée avec l’aménagement intérieur des appartements privés de l’Élysée pour Georges Pompidou, commande qu’il effectue plus tard pour François Mitterrand.

 

 

salleManger(salle à manger)

 

 

Suite de l'interview par l'Express Styles :

 

 

De la chance, vous en avez eu, justement, en devenant le décorateur de l'Elysée...

 

 

Oui, mais cela n'a pas été si facile. D'un côté, Pompidou voulait marquer le coup avec quelque chose d'extrêmement moderne, capable d'exprimer les nouvelles orientations de la France. De l'autre, il était interdit de toucher aux murs et tout devait être démontable. Ce que Giscard ne s'est pas gêné de faire aussitôt investi... Finalement, j'ai tout de suite su ce que j'allais faire quand on m'a fait visiter les lieux et que l'on m'a donné le cahier des charges. Pour masquer les murs, j'ai décidé d'utiliser une structure amovible en métal recouverte de tissus. Plus précisément, un vélum en jersey tendu sur une structure. Car tout ce que j'ai fait professionnellement est fondé sur cette idée d'utiliser du tissu élastique. Tissu que je suis moi-même allé chercher dans des usines de maillots de bain du nord de la France. Grâce à lui, j'ai pu m'affranchir des tapissiers et de leurs techniques réactionnaires. De la même façon, pour échapper aux architectes, j'ai imposé mon derme.

 

 

Cette confrontation avec le pouvoir vous a-t-elle marqué ?

 

 

J'ai travaillé avec les présidents comme avec n'importe quels clients. Et je n'ai jamais fait pour eux qu'utiliser mon style, mais dans leur goût... à eux. Pompidou possédait une vision modernistique. Avec lui, c'était l'autoroute sur les quais, la Porsche en ville, Beaubourg... J'ai servi cette tendance. Pour Mitterrand, qui m'a ensuite commandé son bureau, j'ai servi une tendance inverse, plus classique, je dirais presque plus littéraire. Reste que ma collaboration avec les Pompidou m'a empêché d'avancer. Les socialistes me l'ont fait payer par la suite. Ils me trouvaient passé de mode. J'ai été exclu.

 

 

Cela ne vous a pourtant pas empêché de toucher à tout, de la scénographie au design industriel en passant par le graphisme ?

 

 

J'ai toujours beaucoup travaillé. Mais, si je n'avais pas été freiné par mon «exclusion à la française», je pense que j'aurais pu faire davantage de choses dans ce pays. Mes clients ont toujours été néerlandais, japonais, belges, américains... Finalement, les Français ne sont pas du tout intéressés par la modernité. En dehors des magasins de mode, celle-ci est absente des maisons.

 

 

Qu'entendez-vous par «modernité» ?

 

 

Etre moderne, c'est utiliser les technologies de son temps. Mais la modernité que j'ai illustrée semble aujourd'hui assez sage et classique, ce qui était mon but. J'ai essayé de le faire aussi bien que la génération qui m'a précédé. Ceux qui, pour moi, incarnent le mieux le XXe siècle, ils sont deux et s'appellent Ray et Charles Eames.

 

 

Comment avez-vous plongé dans cette modernité ?

 

 

J'ai eu deux oncles. L'un s'appelait Georges Paulin et était designer automobile. Il a dessiné la stream line pour Bentley, ainsi que la Delage D8. L'autre, Fredy Stoll, était sculpteur. Tous deux m'ont beaucoup influencé. J'ai d'ailleurs démarré par la sculpture, mais un accident de la main m'a forcé à abandonner cette voie. Avec le recul, je pense que j'ai surtout eu la chance de ne pas aller à l'université française. J'étais un mauvais élève: je n'ai pas mon baccalauréat et je n'ai même pas passé mon certificat d'études... En fait, j'ai toujours rejeté tout ce qui était français. Grâce à la revue américaine Interiors, j'ai connu Eames, Nelson, Alexander Girard, toute l'équipe... Ça m'a foutu un choc. De même que quand j'ai découvert la modernité finlandaise. Je pensais à l'aspect lugubre des Champs-Elysées et à la vieillerie de l'architecture française, pleine de prétentieux.

 

 

Les cultures japonaise et scandinaves vous ont également beaucoup marqué...

 

 

Le Japon, comme les pays du Nord, a su conserver ses traditions vivantes. Ce qui lui permet aujourd'hui de se réapproprier le passé d'une manière très originale. J'aime la façon dont ces peuples ont su rester humbles dans leur rapport à la vie, à la nature et aux autres. Nous avons beaucoup à apprendre de ces cultures. Car, dans le futur, une économie intelligente n'existera que dans une plus grande modestie à l'égard de la vie quotidienne, de la maison, des transports... Les Scandinaves ont toujours vécu comme ça. Mais les gens du Sud, friands de luxe, vont être contraints de faire preuve de plus de rigueur.

 

 

Laquelle de vos créations vous tient le plus à cœur ?

 

 

mushroom_chair_25w

 

 

Le modèle le plus abouti reste le n° 560, celui qui a stupidement été baptisé «Mushroom». Je l'avais travaillé comme une réécriture de la bergère ou du crapaud. Ce fut le premier de la série à être entièrement habillé de tissu. Mais, alors qu'il était conçu pour un confort décontracté, au ras du sol, son assise a récemment été rehaussée, à la demande des clients. Rendez-vous compte: on est passé d'une société de jeunes gens, dont je faisais partie, à une société de jeunes vieillards!"

 

 

 

 

Pierre Paulin a reçu de nombreux prix dont le Chicago Design Award (1969) et le Grand Prix national de la Création industrielle (1987).


Posté par Poirette à 13:50 - Expositions - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1