08 octobre 2009
Bio Courrèges
André Courrèges n'a pas seulement imposé le blanc et la mini-jupe. Retour sur une vie bien remplie et un peu obessionnelle...

1923 : Naissance à Pau (Pays Basque), d’un père majordome, d’une mère toute de noir vêtue.
194O : Aussi loin qu’il se souvienne, la peinture, le dessin et la mode l’ont toujours attiré mais pour faire plaisir à papa, maman, il entreprend des études d’ingénieur. « J’ai passé des années aux Ponts et Chaussées. Je m’y suis ennuyé à mourir. » À la Libération, il plaque tout et s’enfuit à Paris travailler pour diverses maisons de couture, tout en suivant des cours à l’Ecole Supérieure des Industries du Vêtement.
1950 : Foudroyé par l’art de Cristobal Balenciaga, il fait des pieds et des mains pour rentrer dans la maison du couturier monacal : « Je veux travailler chez vous sans être payé, comme le dernier des apprentis. ». Engagé comme coupeur dans un atelier tailleur, forgé à l’école de la rigueur et de l’exigence, il y acquiert les techniques d’un métier qui s’apparente à ses yeux au travail de l’architecte. Il y rencontre aussi sa « créativité complémentaire » et future épouse, Coqueline Barrière.
1961 : « Sous les grands arbres, il ne pousse rien.
Je suis un petit gland sous le grand chêne que vous êtes. Il faut que je vous
quitte pour vivre.» Après onze années de collaboration avec
Balenciaga, le premier des apprentis s’en va fonder sa propre maison de couture,
au 48 Avenue Kléber, achetée grâce à un prêt sans intérêt du patron délaissé,
qui refusera d’être remboursé et qui lui fournira en prime clientes et
directeur administratif. Empreint de minimalisme et de pureté graphique,
Courrèges élabore au cours de ses premières collections un style dépouillé dans
l’esprit de son illustre maître. « J’étais
tellement imprégné par Monsieur Balenciaga, j’aimais tellement son art qu’il
m’a fallu 3 ou 4 ans pour tout oublier et faire naître mon style. »
(crédit: Peter Knapp)
1964 : Un style qui, une fois trouvé, déclenche un raz de marée. La collection « Fille de lune » produit sur la haute couture un effet comparable à celui du New Look de 1947. « Il fallait, en s’appuyant sur de nouvelles règles techniques et esthétiques, inventer un vêtement moderne, un vêtement dans lequel on entrerait comme dans une boîte.» Outre le rythme endiablé des mannequins noirs sautillant sur du jazz et les matériaux novateurs (whipcord, vinyle, nylon) disséminés dans les collections aux formes géométriques et aux couleurs layettes, la « bombe Courrèges », comme la qualifient alors toutes les revues de mode, s’applique à redéfinir les proportions féminines en laissant le champ libre à l’expression des potentialités physiques du corps : robes trapèzes gommant la taille et les hanches, jupes outrageusement mini — dont Mary Quant et Courrèges se disputent toujours la paternité —, pantalons tout terrain et bottines plates remettent les femmes en position de course. Et les rajeunissent de 15 ans. Robettes, combi-short, babies, couettes… le verdict de Chanel est sans appel : « Cet homme s’acharne à détruire la femme, à dissimuler ses formes, à la transformer en petite fille. » Et celui de la presse, unanime : « Goodbye le lady look!» cancanent les chroniqueuses américaines, envoûtées. Une presse qui, accusée de favoriser le plagiat, sera bientôt aux regrets de ne pouvoir assister aux défilés feu d’artifice. Le couturier susceptible s’accorde 700 jours de retraites, réservant désormais sa production à sa clientèle privée.

1968 :
L’ennemi de la copie se distingue pourtant par une volonté farouche de rendre
sa couture accessible au plus grand nombre. Par sa double formation artistique
et technique, il entend saisir le mouvement qui s’amorce de la couture vers
l’industrie. Ayant recours à la fabrication en série, qui permettait de diviser
les prix par 5, il crée alors « Couture Future », une ligne de
prêt-à-porter de luxe dont chaque modèle est disponible en 4 ou 5 tailles.
Hostile à toute politique de licences, le couturier de l’épure décide de tout
concevoir, de tout fabriquer, de tout distribuer, dans le respect des critères
de qualité de la haute couture. Et ce, dans son usine pilote décapotable aux
armatures futuristes, implantée à Pau qui, à l’instar de son nouveau fief, rue
François Ier, exhibe un décor blanc optique luminescent, résolument moderne.
« Mon œuvre est faite de couleurs
dans lesquelles le blanc, traduction de la lumière, le bleu azur, traduction du
cosmos, et l’argent, reflet de la lune, servent de structures. »
1972 : Tandis que la couture intègre progressivement les pratiques sportives inhérentes à toute « vie moderne », le couturier athlète en tenue de tennisman immaculée — « Les gens s’habillent en noir parce que ce n’est pas salissant. Ils réenfilent chaque matin des vêtements sales. La vie moderne exige que l’on soit propre intérieurement et extérieurement. » — ne se contente pas de proposer un énième vestiaire sportif mais fait du sportswear un mode de vie. « Pour moi, une journée de travail, c’est comme une partie de pelote, c’est une épreuve sportive.» En chef de laboratoire, médiateur entre la mode et la technologie de pointe, il s’approprie des matières et des fibres techniques (toile cirée, voilure de parachute) usuellement destinées à l’armée, à l’aéronautique ou au monde sportif. Sa collection «Hyperbole» se compose de « praticables » — blousons à boutons-pression, maillots, soutien-gorges, collants seconde-peau intégral — que les 15 000 membres du personnel des J.O de Munich, mutés en points information oranges, se feront une (fausse) joie de tester. Bizarrement, la mode du « collant-vérité » ne prendra pas chez les hommes…« J’ai cru que l’homme allait lui aussi évoluer... J’ai cru que la lumière, la clarté que j’amenais aux femmes allait lui aussi le séduire. En fait, si la femme a transformé son mode de vie, l’homme pour l’essentiel est resté le même.»

1979 : À la tête d’un empire multinational commercialisant à tout va prêt-à-porter, parfums, maroquinerie, linge de maison, papeterie, téléphonie, gastronomie, Courrèges retourne sa veste pour développer une politique de licences et plagier le champion toute catégorie, Pierre Cardin. Ne jamais dire « jamais ».

1985 : Soucieux de poser sa griffe dans des secteurs jusque-là inexploités, le couturier en blouse blanche conçoit pour le personnel hospitalier un vestiaire aseptisé en non-tissé — matière jetable stérilisée, proche du papier — remboursé par la sécu. Bleues ou roses, ponctuées de mouettes blanches stylisées — « Rien ne m’apaise plus qu’un vol de mouette au-dessus de la mer. » — ou de petits carreaux vichy, cette fois le personnel n’aura pas opposé de résistance (sans doute en raison du caractère jetable des combinaisons) : « Une compagnie aérienne m’avait demandé de concevoir des uniformes. Le personnel a refusé mes projets pourtant approuvés par la direction... » Après avoir été sollicité par les religieuses et les moines bénédictins pour un « relooking », il cultive le secret espoir de travestir les policiers en playmobils arc-en-ciel : « Les couleurs employées seraient différentes selon les saisons, le rang et le corps…» Pourquoi pas un plastron écarlate pour les soirs de bavures ?


1994 : Après
s’être libéré de l’emprise japonaise, Courrèges retrouve le chemin des défilés
haute-couture et confie la réalisation de ses collections à Jean-Charles de
Castelbajac, quatre saisons durant. Avant de passer le flambeau à son épouse
hyperactive et à sa fille Clafoutis (qui préféra ensuite assumer son second
prénom, Marie), il mesure sa côte de popularité en rééditant du Courrèges revu
et à peine corrigé, pour finir par repeindre les bus parisiens à ses couleurs.
« Toute femme plongée dans Courrèges
subit une importante poussée d’optimisme ! » réeditent les
publicités. Rassuré par la nouvelle vague de plagiat qui le décide à apposer sa
griffe sur chacune de ses créations et par la déferlante euphorisante, il peut
se retirer l’esprit tranquille et se consacrer à ses passions premières :
la peinture et la sculpture.
(exposition "Changer la vie" , sculptures André Courrèges, Parc Citröen, 23 mai/8 juin 2008)
2000 : Pendant ce temps, « Coqueline l’emmerdeuse » (comme elle se définit) organise des « écrandéfilés » et des happenings ubuesques enrobés d’une aura mystique… Préoccupée par l’environnement et l’évolution de la recherche scientifique, elle planche secrètement sur un concept de « vêtement génétiquement modifié » ; une fameuse protéine censée remplacer à terme le textile traditionnel.
2008 : Toujours aux manettes de sa maison de couture, toujours dans l’action, super mamie Coqueline entend démontrer, au volant de ses voitures électriques — la « Bulle », la « Exe » ou la « Zooop » ; bijoux écologiques destinés à participer au challenge bibendum organisé par Michelin — que rien n’est impossible : « Quand on veut, on peut !»

(Zooop "parce que ça ne veut strictement rien dire !", dixit Coqueline)
04 mai 2009
Bio Diana Vreeland
Vous les fashionistas, vous connaissez sans doute cette grande prêtresse du Vogue US, inutile de vous présenter Diana Vreeland...

1903 : Née Diana Dalziel à Paris, d'un père britannique et d'une mère américaine. Trop bien née pour être snob, Lady Diana rôdée aux protocoles tire sa révérence à la Reine à l’âge des premiers bals. Des cousinages chics, des Rothschild et Washington en filiation, elle passe son enfance dans le Paris huppé de la Belle Epoque : "J'ai été élevée dans un monde de "grandes beautés", un monde où les cocottes, les demi-mondaines étaient les grandes personnalités de Paris. [...] Le Bois (de Boulogne) était l'endroit où elles paradaient tous les matins. [...] Je réalise maintenant que c'est là bas que j'ai découvert le début du siècle. Tout était nouveau, très influencé par Diaghilev".
1914 : Sa famille fuit la guerre et part s'installer à New York. Là-bas, l'école l'ennuie mais la danse la passionne. Discipline, maintien, sens du rythme, des atouts qui, associés à son élégance — une allure d’aristo bien à elle : sombrero, fleur sur l’oreille, pantalon, spartiates, et tout ce que sa silhouette androgyne peut assumer — la propulsent très vite parmi les socialites les plus en vue de la ville.

1924 : Succombant aux charmes de Thomas Reed Vreeland, un séduisant banquier, elle l’épouse et lui fait deux fils. Un temps à New York, un temps à Londres, où elle tient une boutique de lingerie à ses heures, un temps à Paris — sa « maison spirituelle » — où elle mène une vie de dilettante faite de lectures, de voyages et de fêtes. Son ironie, son sens aigu de la dérision, son profil d’aigle constituent ses meilleurs laisser-passer au sein de l’élite frenchy du moment : Coco Chanel, Jean Patou, Christian Bérard, Cecil Beaton... Les talents viennent à elle spontanément. « L’élégance est innée. Cela n’a rien à voir avec le fait d’être bien habillée. L’élégance, c’est le refus. »
1936 : Un sens du chic et de l’élégance qui fera mouche auprès de Carmel Snow, directrice du Harper’s Bazaar. Sitôt rentrée à New York, celle pour qui travailler est « une drôle d’idée », se voit ainsi confier une rubrique mensuelle qu’elle sut immédiatement adapter aux envies de ses lectrices, déroutées par la crise économique. Inutile — et totalement déplacé — de vanter les vertus d’une toilette hors de prix, sa rubrique "Why don't you…" encourage l’inventivité des Américaines en posant des questions-choc : « Pourquoi pas des cils bleu ciel ? Pourquoi pas un lit en porcelaine ? Pourquoi pas décorer avec des ananas ? »… Une vision pragmatique et éclairée de la mode qui préconise le recyclage (shampoing au champagne pour les enfants), customise avant l’heure (« Comment coudre de la fourrure d’hermine sur son peignoir de bain ? »), prescrit la fermeture éclair et met tout le monde en ballerines quand il s’agit de faire face au rationnement des chaussures. « Si j’aime quelque chose, le reste du monde l’aimera aussi. Je pense avoir un point de vue solidement ancré dans ce qu’il y a de plus ordinaire. » Le buzz médiatique fait décoller les ventes du Harper's... Six mois après son arrivée, Diana Vreeland est promue rédactrice en chef de la section mode.

1950 : Avec elle, le style descend dans la rue. Contre-attaquant la tendance d’une presse relaie d’opinion qui ne s’adressait qu’aux intellectuels et aux artistes, elle donne la parole et le mode d'emploi à ses lectrices, s’efforçant de rendre portables les lubies des créateurs : Cristobal Balenciaga, Christian Dior, Yves Saint Laurent se font désacraliser dans les séries enlevées de Richard Avedon. Un esprit libre et caustique — « Le bikini est la chose la plus importante depuis la découverte de la bombe atomique » — toujours à l'affût de la nouveauté, encourageant les jeunes designers et plébiscitant les nouvelles techniques. À eux trois, Alexey Brodovitch, Diana Vreeland et Carmel Snow modelèrent le Harper's en un magazine accessible, bien que pointu ; trait d'union entre les artistes, les stylistes, les photographes, les auteurs et le public.

1963 : Un style qu’elle impose ensuite au Vogue US — en tant que rédactrice en chef — qu’elle transforme en un manège d’extravagances et de snobisme. « Elle donnait de l’importance au moindre petit détail » notait Andy Warhol. Avec son code couleur au diapason futuriste des années 60 et ses mots de passe érigés en hommage à New York, elle continue d’explorer son époque. Les visages et les silhouettes changent… Dénicheuse de personnalités, elle met sous les feux de la rampe des beautés insolites : Lauren Hutton et ses dents du bonheur, Iman l’Ethiopienne ou Edie Sedgwick l’incandescente Factory girl. « Sans émotion, pas de beauté. » Sa devise est cinglante, révélatrice d’une vision dont elle consigne tous les matins les instructions sur ses célèbres mémos qui arrivaient en rafale sur les bureaux de ses assistantes : « Alors ce nouveau mot qu’utilisent les jeunes, ce mot qui est si tendance à Londres… « Beady ».. Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? La dernière fois que Jean (Schrimpton) était ici, elle m’a dit que (David) Bailey avait l’air « beady ». Que voulait-elle dire exactement ? » Des notes comme autant de coups de cravaches pour marquer le pas sur ses rédactrices caractérielles toutes plus divas les unes que les autres. "Une nouvelle robe ne vous mènera jamais nulle part, c'est la vie que vous vivez dans cette robe, et le style de vie que vous aviez avant, et ce que vous ferez dedans après qui comptent."

1966 : À la mort de son mari, l’arbitre des élégances, devenue icône de presse, a révolutionné les codes d’un milieu en quête de regénérescence. Excentrique créature aux cheveux de jais laqués, aux colliers torques et aux bracelets grimpants, dont l’âge accentue encore son air d’impératrice ; volcanique, exigeante, souvent caricaturée tapie dans son antre exotique sur Lexington Avenue, on la craint, on l’adore. "J'aime la vulgarité si elle a de la vitalité. Un peu de mauvais goût, c'est comme une pincée de paprika. On a tous besoin d'une pincée de mauvais goût. C'est vigoureux, c'est sain, c'est physique. Je pense qu'on pourrait plus s'en servir. Je suis uniquement contre l'absence de goût. Trop de bon goût peut être ennuyeux. »

1971 : Virée du jour au lendemain de chez Vogue, à l’heure où la guerre du Vietnam déchire les Etats-Unis, où le choc générationel s’embrase, où les styles de vie les plus exubérants s’affichent, augurant de nombreuses pages vierges à transcrire, la voilà bien malgré elle au chômage. Celle que les journaux désignaient comme « une mendiante du luxe se préparant à faire la tournée de ses amis milliardaires » quitte New York quelques mois avant de se faire rappeler par l'Institut du costume du Metropolitan Museum of Art de New York qui la nomme consultante, contredisant la phrase de Scott Fitzgerald : « Il n’y a pas de deuxième acte dans la vie d’un américain. » Un surcis et une consécration. « Je déteste le narcissisme mais j’approuve la vanité.»
1993 : Quatre années après sa disparition, le Metropolitan Museum’s Costume Institute lui consacre une exposition. « Je déteste la nostalgie, je ne crois en rien qui n’ait existé avant la péniciline. »
2008 : Sa notoriété posthume reste intacte. Après Drôle de frimousse (1957), inspiratrice du personnage tyrannique et capricieux de Maggie Prescott (prise d’une lubie, elle fera un beau jour repeindre en rose les locaux de sa rédaction, en clamant : « Le rose est le bleu marine de l’Inde»), elle est ensuite représentée par Illeana Douglas dans Factory Girl (2006), par Juliet Stevenson dans Infamous (2006) puis par Claire Nadeau dans la pièce de théâtre La divine Miss V, mise en scène par Jean-Paul Muel. Quant à ses mémos délirants, il se font épingler dans un numéro spécial du Visionaire (2002), immortalisant les intuitions fracassantes de la redoutable Vreeland qui, de sa langue de vipère, entortillait les mots, s’empressant d’assouvir les besoins de ses lectrices qu’elle venait de susciter.
Article publié dans Magazine, N° 49.
10 février 2009
Bio Patrizio Bertelli
Connnaissez-vous le mari de Miuccia Prada ?

1946 : Naissance à Arezzo dans la province toscane, issu d’une lignée de juristes.
1967 : Féru de métaphysique, il étudie à l'Université de Bologne, oubliant de prendre l’option « langue étrangère». Son diplôme d'ingénieur en poche, c’est cependant en tant que fabricant de cuir qu’il débute sa carrière.
1977 : Surpris la main dans le sac en train de vendre des copies bon marché de sacs Prada lors d’un salon commercial de Milan, il se fait poursuivre en justice par la styliste de la marque avant qu’elle ne préfère le recruter pour s’occuper de la fabrication de ses accessoires. Le début d’une association fructueuse et d’une romance à l’italienne… Miuccia, la bourgeoise-intello milanaise à tendance communiste accro de mode, et Patrizio le pragmatique homme de comptes florentin, se marièrent et eurent deux beaux enfants… « On nous regardait bizarrement à cause de notre association styliste et chef d'entreprise… On se demandait comment nous pouvions être les deux à la fois. Or, c'est très simple. Miuccia, grâce à son instinct, et moi, par l'analyse, arrivons toujours au même point.»

1988 : Signature de la première collection prêt-à-porter Femme. Des filles aux airs de secrétaires coincées défilent, le genou pudiquement couvert par des jupes imprimées papier peint 70. Mais plus que les vêtements et les chaussures, c’est un sac à dos défiant les clichés de la bourgeoisie qui fera la renommée de la marque, et sa fortune : en toile de parachute, orné d’une anse chaînette (qui aurait, dit-on, déclenché les foudres de la maison Chanel…) et du logo triangle de la maison familiale – marque de fabrique de la maroquinerie de luxe qu’avait fondée le grand-père Prada – tout en simplicité, au prix allégé de 450 $, il devient le « it bag » de la consommatrice moyenne.

1990 : Au fil des années 90, à coups de campagnes publicitaires sophistiquées, de lignes déclinées – Miu Miu, Prada Hommes, Prada Sport – et de boutiques relookées, la maison Prada connaît une ascension fulgurante ; le tout contre la volonté de Miuccia. « Les chaussures, j’étais contre. Les vêtements aussi. Je n’ai jamais voulu en faire plus. » déclarait-elle. « Eh bien, on le fera sans toi » répliquait Bertelli chaque fois que sa femme rechignait. Pas de sentiments dans le milieu des affaires quand on est un « entrepreneur qui fonctionne au défi »… Sa méthode : tout contrôler par la terreur. Réputé pour son tempérament bouillonnant et ses éruptions volcaniques, le bulldog de la finance contrôle les moindres détails de sa société : du recrutement au papier à lettre, jusqu’au menu de la caféteria du personnel.

1994 : Des stratégies commerciales peu conventionnelles… Au-delà du fait qu’il considère la copie comme un « jeu de la mode » – « Je serais plus inquiet si mes produits n’étaient pas copiés » – il est capable de saborder la ligne de sacs à main la plus rentable de sa société pour ne pas que sa marque soit associée à un seul produit. Il peut aller jusqu’à « se mêler de la création au point de refaire personnellement une collection entière de sacs à main. » « C’est parfois agaçant, mais quand il touche à un produit, je dois admettre que c’est pour le mieux » avoue Miuccia, presque à contrecœur. En somme, une politique de développement bien à eux… «Pour nous, les licences ne sont pas un outil du business. Nous préférons garder le contrôle. On aime savoir tout ce qui se passe avec nos produits. Nous sommes contre la surexposition de la marque. C'est notre différence essentielle.» D'où leur choix, à l’époque – mais les choses ont bien changé depuis – de ne faire ni collections de bijoux, ni lignes de montres, ni même un parfum : « Nous ne voulons pas qu'un de nos produits soit géré par une multinationale » Pourtant, eux ne se gênent pas pour s’ingérer dans les affaires des autres…

1997 : En l’espace de quatre ans, assis à la table des barons du luxe, le Big Boss frôle l’indigestion, achetant en un temps record Jil Sander, Helmut Lang, Azzedine Alaïa, les chaussures Church et Car Shoe, les marques Byblos et Genny et en s’associant à LVMH pour s’emparer de Fendi (pour 520 millions de $) dans le seul but de faire de son multimarque un partenariat international – aux yeux plus gros que le ventre. Prada Holding, entreprise florissante qui employait 7 500 personnes et comptait 290 boutiques à travers le monde, était passée de 25 millions de dollars de capital en 1991 à 750 en 1997.

2000 : Si bien que, euphorisé par les bénéfices de sa « Love affair », le valeureux patron se mit à jeter l’argent par les fenêtres, pour réaliser ses caprices de nouveau riche… « C'est mon luxe et ma liberté » se défendait-il. Engloutissant 50 millions de dollars dans la construction d’un somptueux bateau, le Luna Rossa, pour participer à des courses de voile, il saisit l'opportunité de sa passion pour bénéficier des retombées médiatiques des régates, plus que de ses (rares) victoires, tout en promouvant la ligne Prada Sport. « Dans le sport, je ne suis pas de ceux qui jouent les Coubertin. Ce qui m'intéresse, c'est de gagner, pas de participer. » Mais un grand financier ne serait pas un mégalo accompli sans avoir bâti, pour la gloire de son empire, sa propre fondation d’art contemporain et fait appel au plus « conceptuel » des architectes, Rem Koolhaas, pour illustrer sa puissance d’une boutique épicentre de 2 200 mètres carrés en plein centre de Manhattan, au coût exorbitant de 40 millions de dollars… «Nous en avions marre de ce principe qui voudrait que toutes les boutiques dans le monde se ressemblent » renchérissait la vestale des lieux, le soir de l'inauguration.

2002 : Le tonnerre gronde. Battu à plates couture lors de la finale de l’America’s Cup, recalé en bourse à trois reprises (la première en raison des attentats du 11 septembre qui vit chuter le marché du luxe, les deux autres « pures inventions de la presse » selon les dires du couple…), plaqué par Jil Sander qui claqua la porte de sa maison et du groupe pour cause de « désaccord sur la manière de gérer la société »… Les dettes du groupe sont estimées à 1,9 milliard de dollars, soit à peu près l’équivalent de son chiffre d’affaires.
2006 : Chiffre que l’appétit de l’ogre Bertelli mis au régime – contraint aussi de se débarrasser des marques Helmut Lang, Byblos et Fendi – conteste non sans mauvaise foi : « Il s'agit non de dettes, mais d'investissements. Nous n'avons pas effectué nos acquisitions dans le seul but de devenir grands. En 1998, nous n'avions pas de dettes. Pour toutes les marques, il a fallu réorganiser la production, régler les problèmes de gestion et revoir les franchises. Aujourd'hui, nous avons remis les pendules à l'heure. Le développement d'une marque est une question difficile qui intervient dans un second temps. D'abord, il faut reconstruire. Et, souvent, il suffit de peu pour être positif. Mais, tant qu'on n'a pas la maîtrise de tous les éléments, c'est le bordel ! » Pas sûr désormais que le groupe Prada obtienne des banques l'autorisation de lancer un emprunt convertible de 700 millions d'euros pour faire face à son endettement, comme ce fut le cas lorsque les dollars coulaient à flots...

2007 : A défaut d’une entrée en Bourse, les affaires vont bon train : après sa cure d’amaigrissement, le bénéfice net 2007 fait un bon de 66%, grâce notamment au marché asiatique.
2008 : La marque continue d’être où là on ne l’attend pas en annonçant un projet d’architecture à Séoul – toujours avec Rem Koolhaas – qui accueillera expositions, cinéma, mode… et en demandant à Hedi Slimane de shooter sa prochaine campagne homme. La meilleure manière d’accueillir la crise n’est-elle pas d’anticiper ?
Article paru dans Magazine, N° 48 février/mars 2009 (spécial mode)
04 octobre 2008
Bio Pierre Cardin
S'il est aujourd'hui déconsidéré à cause de ses records de licences en tous genres, Pierre Cardin a pourtant inventé beaucoup de ce qu'est la mode aujourd'hui...

-1922 : Naissance de Piero Cardin (de son vrai nom) dans la province de Trévise ; fruit de l’union d’un père fantassin et d’une mère amoureuse. À peine le temps de clore les hostilités de maternité, la famille Cardin, ruinée par la guerre, emmaillotte le cadet et s’exile en France. « Je suis français, né Italien ».
- 1936 : Assigné ressortissant français, il ne cherche de poux à personne, sous réserve qu’on le laisse dessiner tranquille sur sa table d’études. Apprentis-coupeur chez un tailleur de Saint-Etienne puis comptable à la Croix-Rouge, il monte à la capitale avant que le conflit mondial n’éclate. Entre chez Paquin, assiégé. Sous la direction d’Antonio del Castillo, il exécute, d'après les maquettes de Christian Bérard, des costumes et des masques pour le film de Cocteau : « La Belle et la Bête ». Car il veut être acteur…
- 1946 : Mais le destin en aura décidé autrement. Après un court séjour chez Schiaparelli, il hume l’air du New Look…Dior se place au premier rang, et lui dans les coulisses. Nommé responsable de l'atelier tailleurs/manteaux, il y reste 2 ans avant de s’émanciper pour monter son affaire de costumes de scène avec Marcel Escoffier, l’assistant de Bérard. Soutenu par Christian Dior, il commence à travestir tous les grands bals mondains (De Beaumont, Carlos de Beistegui, Arturo Lopez).
- 1953 : Présente sa première collection Femme Haute-Couture : 5o modèles structurés, taillés dans des matières synthétiques. Asymétries, hanches cerceaux, épaules pagodes, ventre bulle... Succès planétaire. « Les vêtements que je préfère sont ceux que j’invente pour une vie qui n’existe pas encore, le monde de demain. » Un concept de prêt-à-porter, encore difficile à faire entendre, qu’il est pourtant bien décidé à faire descendre dans la rue. « Ce qui m’intéressait, c’était la masse. Je suis le plus socialiste des capitalistes.» Inspiré par Dior et son Total Look qui, le premier, avait apposé son nom sur des produits satellites, il rêve d’enrubanner ses vêtements dans un « Environnement Cardin », afin d’exclure toute ingérence dans la conception de Sa mode. Sa première boutique Femmes « Eve », au 118 rue du faubourg Saint-Honoré, expose les accessoires issus de ses premières licences.
(Space Collection- automne / hiver 1967-68)
- 1959 : S’ensuit la première collection Homme et la boutique « Adam ». L’habillement masculin n’avait guère évolué depuis 30 ans ; la ligne « Cylindre » bouleversera les codes : vestes sans col à boutonnage, pantalons slim, blousons longs à ceinture haute et zigzags Eclair débridés… Qui mieux que les Beatles pour incarner Sa vision de l’homme moderne. Interloqué par le conservatisme français qui interdisait la copie de griffe, il se dit qu’il doit pallier à cette injustice : «Il faut que les Françaises aient les mêmes droits que les étrangères. » Au-dessus des lois (déjà), il entâme une collaboration avec le Printemps pour une collection Prêt-à-Porter Femmes, « Après tout, ce sont mes modèles… » Tollé général dans le monde de la Couture, on l’accuse de la vulgariser. Indigné, il se retire de la Chambre Syndicale de la Haute-Couture (pour se faire rappeller quelques années plus tard) et engage une série d’exclusivités en Italie, en Allemagne, en Grande-Bretagne et au Japon. « La symbiose de la créativité et du commerce ne s’apprend pas. C’est comme une plante qui produit des fleurs et des feuilles. Dans mon cas, quelque chose d’assez naturel. »

-1969 : Après le cosmocorps (1963), le vinyle, la Cardine (fibre aux vertus rigidifiantes inventée par le magicien Cardin) ou les costumes Star-Strek (1968), la collection « Spatiale », inspirée par le costume lunaire de Neil Armstrong — que le couturier a lui-même enfilé — parachève l’idée de mode unisexe. « Le cercle est le symbole de l’éternité. Je suis un Pierrot Lunaire fasciné par le cosmos.» Un cosmos bientôt pollué par les quelques 700 licences Cardin…Épaulettes éventails, chapeaux coniques, lunettes intergalactiques, manteaux à lamelles de computer ; détails chics et chocs qui ont nourri toute une génération de créateurs : « Avec lui, j’ai appris qu’on pouvait faire un chapeau avec une chaise » dixit Jean-Paul Gaultier, ex-assistant Studio.
- 1977 : Premier couturier occidental à coloniser l’Extrême-Orient ; aussi populaire que De Gaulle en Chine. Deuxième couturier-mécène, après Poiret, à s’offrir un théâtre gracieusement financé par ses licenciers vache-à-lait : le Théâtre des Ambassadeurs se fait massacrer en Espace Cardin. Deuxième couturier-ensemblier --— toujours après Poiret -— à signer des collections de design : « Sculpture utilitaires ». Premier couturier-épicier (et dernier, espèrons…) à troquer sa blouse surpiquée contre une toque étoilée : moutarde et sardines Maxim’s, chocolat Cardin, on n’y comprend plus rien… « J’ai crée tout ce qu’il est possible de créer, du parfum aux boîtes de sardines, jusqu’à ma propre eau. Pourquoi pas ? » Une boulimie de commerce non-équitable, avec pour message subliminal : « Estimez-vous encore bien heureux de pouvoir acheter du Cardin ! », qui le discrédite en couturier tiroir-caisse. Le fric, c’est chic.
(Pierre Cardin devant Maxim’s, 1983, Pékin)
- 198O : Célèbre ses trois « Dé d’or de la Haute Couture française » (1977, 1979, 1982) et le rayonnement de sa multinationale. Le Studio Environnement prospère, il n’arrivera pourtant jamais à la cheville des Wiener Werkstätte. Peu lui importe, à son tableau de chasse, d’autres victoires à venir. Pour qui considère le travail comme une religion — « Sur la plage, je suis crispé » — la vie n’est qu’addition, jamais de soustraction ; la genèse d’une création comptant plus que son aboutissement. Mauvais calcul… Quand le provisoire bâclé perdure, l’image de marque se laisse peu à peu entâcher par la médiocrité.
- 1991 : Premier défilé de mode sur la Place Rouge de Moscou. Premier couturier à siéger à l’Académie française et à l’Académie des Beaux-Arts. Gradé chevalier de la légion d’honneur et ambassadeur de bonne volonté de l'UNESCO. Primé par le Saint-Exupéry pour son Conte du ver à soie... Les médailles, il les a toutes eues ; les critiques aussi. Rétrospective de 40 ans de carrière, à Kyôto, parce qu’« À l’étranger, il y a moins de jalousies ». Et pour cause, son empire s’étend sur plus de 100 pays et ferait travailler 180 000 personnes dans le monde. La légende raconte qu’il a envahi les Champs Elysées, qu’il possède 4 immeubles de 8 étages, 2 hôtels, 1 théâtre, 5 restaurants, une maison dans le Midi (le palais Bulles), des appartements à New York et Barcelone et le château du Marquis de Sade, à Lacoste. Mais un jour, la course se brise net : «J’avais une cote extraordinaire. Bien évidemment la roue tourne. J’ai arrêté parce que faire de la couture, c’est comme si votre article était copié avant de paraître. »
(Le palais Bulles)
- 2008 : Tamponne une 46ème fois son passeport pour la Chine, lui que l’usure du temps n’atteint pas. Au passage, puisqu’il ne peut s’empêcher de prophétiser, le Nostradamus de la Couture y va de son petit oracle : « La Chine deviendra l'un des acteurs majeurs de la haute couture et pourrait même dominer ce marché au cours du 21e siècle ». Diplômé en procès de plagiat, il se serait bien vu en coller un à la marque Paul et Joe, si l’un et l’autre des protagonistes n’avait vu l’intérêt commun d’un règlement à l’amiable. Un nom trop vu, trop entendu qu’il faut redorer, mais qui, à défaut, reste encore le sien…
(Défilé de mode de Pierre Cardin "Printemps-Été 2008 "dans le désert de Gobi)
14 avril 2008
Bio Steven Meisel
Steven Meisel, le plus respecté des photographes de mode a une biographie bien lisse, en apparence...

1954 : Naissance à New York. Les fées de la mode se penchent sur son berceau. « J’ai toujours su que je travaillerais dans le monde de la mode ».
1966 : Dès son plus jeune âge, il feuillette les magazines de mode. "C'était un échappatoire", confesse-t-il, mais on ne sait pas très bien de quoi. Avec la permission d’une mère conciliante, il sèche les cours afin de pouvoir les lire le jour même de leur parution. "J'étais obsédé par les magazines, ça me rendait dingue !".
1975 : Etudie l'illustration de mode au collège d'Art et de Design puis pénètre dans le Saint des Saints : la Parsons School of Design, mais ne juge pas nécessaire de terminer ses études. "Je m'ennuyais". Préfère suivre son chemin, tout tracé. Après avoir fait ses classes pour Halston (petits jobs de dessinateur) et pour le New York Rocker (quelques articles de mode), il s’illustre pour le Women's Wear Daily.
1978 : Sent le vent tourner. La mode ne se fera pas sans lui. Une mode qu’il veut critique, bien que sophistiquée. Il décide de retourner à l’école, non pas pour enrichir ses références artistiques – la coupe est pleine — mais pour prendre des cours de photographie. Ses parents, toujours aussi conciliants, lui achètent un appareil. Il commence en faisant des tests-shots de jeunes mannequins pour Seventeen, tout en travaillant pour le Soho Weekly News.

1982 : La rédactrice de mode Annie Flanders (Buzz, Details) lui commande sa première couverture de mode ainsi qu'un rédactionnel sur les vêtements en plastique. Conquise, elle le recommande auprès de son amie Frances Grill, un agent de photographes à la recherche de nouveaux talents, auprès de laquelle il fait forte impression: "Il connaissait en détail chaque photographe et chaque mannequin". Conquise, elle le recommande à Kezia Keeble, des éditions Conde Nast, qui lui propose de faire la cover du petit dernier, le magazine Self. Il en fait une demi-douzaine, contribuant au succès de ce nouveau magazine qui se vendit à plus d'un million d'exemplaires. S’ajoutent ensuite des commandes régulières pour Mademoiselle et son équivalent italien, Lei, puis de temps en temps pour le Vogue US.
1985 : Débute sa collaboration avec Fabien Baron sur les campagnes publicitaires de Barney’s puis se popularise en tirant le portrait de son amie Madonna. « Shoote » aussi la jaquette de son album « Like a Virgin ».

1990 : Monopole éditorial. Devient le photographe prolifique attitré de Vogue US et Vogue Italie pour lesquels il réalise bon nombre de couvertures ainsi qu’une partie du rédactionnel mode. Ses campagnes publicitaires pour Lancôme, Valentino, Gianfranco Ferré, Dolce & Gabbana, Gap.. ainsi que des reportages de mode pour toutes les éditions de Vogue (Vanity Fair, Allure) lui assurent un salaire contractuel de 2 Millions de $, le couronnant photographe de mode le mieux payé au monde. Le magazine américain Photo le classe 6e parmi les 100 VIP people de la photo. Poser pour lui devient gage de réussite : Christy Turlington, Naomi Campbell ou Linda Evangelista lui doivent tout. Climat de confiance, ambiance sonore électrique, énergie stimulante, telle est sa recette du glamour. « He has a real sense of fashion direction » s’extasie sa Boss, Anna Wintour.

1992 : Année érotique. S’engage dans la lutte contre le Sida et publie un « close-up » anatomique dans le N° « Erotica » de Visionaire, album de mode multi-formats, précurseur du livre Sex pour lequel il sera aussi le photographe attitré. Année grunge. Légendaire collection sulfureuse signée Marc Jacobs pour Perry Ellis, légendaire éditorial licencieux signé Steven Meisel pour le Vogue US.


1995 : Déclenche la polémique avec une campagne décriée comme «pédophilie pornographique» pour Calvin Klein Jeans, deux ans après avoir répondu à la première contreverse Kate Moss, portée aux nues de la tendance misérabiliste «Héroïne chic», (campagne CK Underwear) en publiant laconiquement dans le Vogue Italie une série titrée « the Good life » représentant le non moins misérabilisme d’une famille monoparentale d’après-guerre.
(os saillants, teint blafard, yeux cernés, la tendance "Héroïne chic" fait polémique au milieu des années 90)
1997 : Collaboration avec Gianni Versace. La villa de Miami South Beach se transforme sous le crépitement de ses flashs en une dramaturgie éclairée ; dénonciation d’un monde où le pouvoir et la richesse n’ont rien à voir avec la spontanéité. Son cheval de bataille : l’éphémère de la mode contre la mode elle-même. Docu-fiction sur un L.A friqué, paradis baroque, qui annoncera la tragédie… Juillet : Assassinat du couturier sur son pallier. Où finit la fantaisie et où commence la réalité ?

2000 : Exposition-hommage à Versace, à la White Cube Gallery de Londres. Confondant photographie de magazine et portrait d’Ingres, cette parodie du luxe haute-couture est un pied-de-nez à toux ceux qui pensent qu’un photographe de mode n’a pas sa place dans une galerie d’art. 40 000 à 100 000$ de gain journalier (selon le magazine List), de quoi faire saliver le plus commun des mortels galeristes.

2007 : Utilise les pages de Vogue Italie comme un forum de discussion « Aware ».
Campagne « Hollywood Style » pour ridiculiser la fascination du grand public envers les starlettes.
Campagne « State of Emergency » pour dépeindre le climat d’insécurité croissant aux Etats-Unis.

Campagne « Super Mods enter Rehab » pour militer contre la tendance auto-destructrice de trashification.

« Steven sent l’évolution de la mode, ses changements, ses humeurs, ses nouveaux visages...» souligne encore Anna Wintour.
(ici, vous reconnaîtrez l'influence Ballets russes : Bakst, Arts Déco, Poiret...)
S’expose à la critique au Musée d’Art contemporain de Toronto. «Future Species : Steven Meisel / Makeover Madness» relaie une de ses campagnes dénonçant les déviances de notre culture basée sur l’apparence et le culte du corps.

Mais lui ne se sent pas concerné, botox et liftings pourtant non dissimulés.
Faites ce que je dis, pas ce que je fais…
* Bonus :

Il ne pouvait passer à côté: la guerre en Irak. Motif de propagande ou dénonciation ? Nous sommes toujours dans le doute avec Meisel...
11 février 2008
Bio Twiggy la Brindille
Voici ma dernière biographie pour Magazine :
Une biographie sur Twiggy la brindille...
1949 : Naissance à Neadsen dans la banlieue londonienne, d’un père menuisier, d’une mère ouvrière en imprimerie et caissière en supermarché.
1965 : A 16 ans, Lesley Hornby mène encore une vie paisible chez papa et maman. La semaine, elle bûche sur son bac, le samedi elle est shampouineuse pour gagner de l’argent de poche qu’elle dépense illico en petites robes hors de prix, le dimanche elle danse avec ses copines sur les tubes des Beatles. Passe un drôle de gars en Triumph Spitfire décapotable, Nigel Daves. «Que vous avez de beaux yeux, Mademoiselle». Il l’entraîne chez Léonard ; une coupe à la garçonne, un balayage et des rajouts de faux cils plus tard, son air lunaire placardé sur la vitrine du meilleur salon de coiffure londonien fait mouche. Passe la rédactrice du Daily Express pour une coupe-brushing. Le lendemain, elle fait la couv’. Lui manquait un pseudo : Twiggy, dit « la brindille » (on comprend pourquoi :1,69m pour 41kg). Nigel, son pygmalion-agent-amant, devient Justin de Villeneuve, se réservant la particule et le pactole.

1966 : Elle rêvait d’être styliste, elle est devenue icône. Paris l’acclame, New York la convie en super-star, Tokyo lui affrète un avion charter. A une presse déchaînée, elle répond de sa verve et de son accent cockney, que personne ne comprend. On lui lance une collection éponyme, elle en ajoute une autre de sous-vêtements et met toute la ville au régime. On lui augmente son cachet de 300 à 1000 francs l’heure de pose, elle claque tout en Rolls et Jaguar, avant même de passer son permis. On lui fait pousser la chansonnette, elle ne s’émeut pas de son flop. Pas le temps de se retourner. Mary Quant et sa minijupe la prennent en égérie, The Daily Express la couronne « Face of 66 », et l’Amérique « Woman of the year », mais elle ne peut assister à la remise du prix, en raison d'une poussée d’acné.
1969 : Après quatre années d’hyperactivité, Twiggy reprend son souffle et décide de quitter la fashion car «On ne peut pas servir de cintre toute sa vie ». A 20 ans, elle est multimillionnaire (avec un salaire dépassant celui du Premier ministre) et déjà retraitée. Il faut penser à la reconversion. Ce sera la chanson et la comédie, pas très original, mais elle ne peut prétendre au job de caissière.

1972 : Sur le conseil de son ami Paul Mc Cartney, elle va toquer à la porte du très controversé metteur en scène Ken Russel. Il lui fait miroiter un premier rôle dans sa comédie musicale The Boy Friend, sous réserve qu’elle apprenne les claquettes. Elle s’acharne, remporte le rôle et deux Golden Globe Awards. Puis elle tombe amoureuse… de l’acteur américain Michael Witney. Et plaque tout pour lui: l’Angleterre, la gloire, papa-maman. « Je ne rêve que d’une chose, me marier et avoir des enfants » déclare-t-elle à la presse avant de s’envoler en lune de miel aux Etats-Unis et de disparaître des kiosques.

1974 : A 25 ans, elle rédige son autobiographie. Tant de choses à dire, déjà, dont cet aveu qui fait rager plus d’une boulotte ; elle qui, la première, avait déclenché la polémique sur le modèle anorexique qu’elle imposait aux jeunes filles : « A 16 ans, j’étais une petite chose fluette et marrante avec des cils et des jambes immenses, je détestais mon image. Et puis, soudain, on m’a dit que j’étais superbe. J’ai cru que les gens étaient devenus fous… » Avec le temps, le succès s’estompe, les studios la boudent.

1982 : Elle renfile les claquettes pour la comédie musicale « My One and Only ». Un retour remarqué par la presse : « Twiggy a pris 10 kg !», « Twiggy a enfin des seins ! ». Et un Tony Award. Elle chante, elle danse, quand elle ne s’engueule pas avec son alcoolo de mari qui décède brutalement d’une crise cardiaque. Sa vie bascule. Elle relève la tête et remonte les planches.
1986 : L’enfant prodige revient au pays, sa fille et un disque sous le bras, Feel Emotion. Les Britanniques la bénissent et lui pardonnent une fois de plus ses errances musicales. Sans ses faux cils, et prostituée, dans Le docteur et les Assassins de Freddie Francis, elle renonce aux mièvreries. Tourne coup sur coup Club Paradise avec Peter O’Toole et Madame Sousatzka et s’éprend de l’acteur Leigh Lawson, rencontré sur le plateau du film.

1991 : S’installe à Los Angeles avec son nouveau mari, mais s’ennuie. Elle lance un SOS d’ex-mannequin en détresse sur le petit écran. La sitcom « Princesses » l’entend et lui propose un rôle mirobolant : la Princesse Georgina La Rue. Elle prend – et ne fait pas la difficile – mais elle lorgne les prompteurs… Elle se verrait bien en présentatrice télé, le « Twiggy Show » ce serait la classe. Ce sera « Twiggy’s People », sur ITV. Ses interviews convient les stars à la confidence : Dustin Hoffman, Lauren Bacall, Tom Jones… Applause.
2001 : Remet le couvert avec « Take Time With Twiggy », un talk à l’américaine des plus racoleurs. Fait une apparition dans « Absolutely Fabulous », où elle y joue son propre rôle. Enregistre son nouvel album Midnight Blue. Devient l’amie des bêtes et milite décemment contre la fourrure. Lance une ligne de vêtements, de produits cosmétiques et de parure de lit. Un acharnement thérapeutique.
2005 : Membre du jury de l'émission America's Next Top Model aux côtés de Tyra Banks. Retourne vivre à Londres et revient à ses premiers amours, le mannequinat, pour la chaîne de magasins britannique Marks & Spencer. Pour l’occasion, elle ressort son pin’s yoga, celui que Jeanloup Sieff avait immortalisé et qui martelait le slogan du Swinging London : « Keep Cool ».
(la photo résultant d'une photocopie, vous me pardonnez sa qualité pas très HD !)
03 octobre 2007
Bio Fabien Baron

Edito Magazine N° 40:
« Impossible de se rendre dans une fête, un vernissage ou au lancement du dernier accessoire (in)dispensable sans croiser un cool hunter, numérique en main, traquant ces rassemblements mondains. Au point que certains de ces chasseurs de looks connaîtront un jour la garde-robe complète de quelques professionnels du cocktail.
L’enjeu serait donc de documenter les styles vestimentaires en un lieu et un moment donnés. Mais dès lors que la mode se mondialise et que ses images circulent dans les coins les plus reculés de la planète, nos cool hunters ne seraient-ils pas plus inspirés de chasser d’autres silhouettes, par exemple celles de ces Chinois fraîchement débarqués à Paris et dont l’accoutrement échappe – pour l’instant – aux standards des grandes chaînes, et peut-être même des hypers. Cette collection chinoise nous en apprendrait sûrement davantage sur le Paris d’aujourd’hui et, par contraste, nous rendrait peut-être les autres styles plus singuliers. »
Biographie Fabien Baron

1959 : Naissance à Anthony (Hauts-de-Seine).
1975 : Passage éclair à l’Ecole des Arts Appliqués. Un enseignement « un peu trop lent » à son goût. Attisé par la curiosité du marché du travail, il préfère le concret.
1976: Travaille au corps la tenue vestimentaire de L’Equipe Magazine et de Libération, grâce à ce qu’il a retenu des leçons de graphisme de son père (et à son piston), acteur de la première heure du design journalistique.
1982 : Tente sa chance à New York pour un essai de six mois, qui tourne vite en gage à vie. Multiplie les petits boulots et se perfectionne à la rame. Démarrage laborieux chez Johnson et Johnson, un magazine médical, avant de passer sur le billard de Self Magazine et GQ Magazine du groupe Condé Nast.
1987 : Nommé directeur artistique de New York Woman Magazine. Publicitaire presque chevronné chez Barney’s ; Glen O’Brien - créatif de la chaîne de magasins de vêtements luxe - sent déjà que « Fab is a king ».
1988 : Part en Italie : s’aérer la tête, – pour ne pas qu’elle devienne trop grosse–, refaire la maquette du Vogue national, et prendre épouse en terre latine.
1990 : De retour à New York, il devient DA du magazine Interview. Premier prix, décerné par la « Society of Publication Designers ». L’heure est venue de fonder sa propre agence de publicité, petite société de 18 employés baptisée Baron&Baron, parce que « ça sonne bien » dira-t-il, guère bavard de nature. Ne cherchez pas la doublure, « il n’y a qu’un seul Baron à bord ». Calvin Klein lui taille à cet effet un titre sur mesure de « Directeur créatif consultant ». Reconnaissant, Fabien lui présente Kate Moss. Elle devient l’égérie de CK.
1992 : Liz Tilberis, éditrice du Harper’s Bazaar sonne en renfort le chirurgien de l’image pour un lifting (visuel) de son vieux Bazaar. Pour purifier et oxygéner de photos : « J'adore les photos, et ce sont les magazines de mode qui donnent le plus de possibilités sur ce créneau.» La patte Baron, armée de Didot (la typo) et de ses pantones, bouscule les lettres et les conventions graphiques. Succès kiosque garanti. Etat de grâce : la Madonne le laisse looker son livre « Sex » et sa vidéo choc « Erotica », en duo avec le photographe en vogue Steven Meisel. Et avec le parfum de scandale qui va avec.
1994 : Nouvelle coqueluche des Américains, il reçoit la récompense du CFDA (Council of Fashion Designers of America) et remporte le prix de « l’American Society of Magazine Editors », gratifiant son mélange des styles ; bien que le sien (petit et rondelet) passe facilement inaperçu.
1995-2000 : Tribun de la communication visuelle, les marques en recherche d’identité se l’arrachent : Armani, Balenciaga, Burberry,Hugo Boss, Calvin Klein, Mickael Kors, Issey Miyake, Prada, Pucci, Valentino. Peu importe le prix ; quand on aime, on ne compte pas : la note salée se chiffre en millions de dollars. Stratégie du big boss : «Moderniser la marque, sans perdre son histoire ».
2000-2002 : Editor et designer de Arena Homme +, présente l’album professionnel de Robert Altman pour son film « Prêt-à-Porter », dépoussière l’édition souvenir des 50 ans de l’ONU. « J’essaie constamment de créer de la nouveauté ».
2003 : Nommé DA de Vogue Paris, il domine le monde du haut du 26ème étage de son atelier de verre new yorkais. Victime de son succès, il voit s’accumuler sur son bureau les imitations de ses signatures, et sur ses étagères design-minimal « Baron&Baron », sa collection de flacons de parfum homemade.
2006 : Il en rêvait, il l’a fait. En décembre, Colette lui loue ses cimaises pour exposer son œuvre plus personnelle (photos, dessins, peintures). La touche « Fab » n’a pas de frontières, dit-on…

Quelques lieux de diffusion de Magazine :
Colette, rue Saint-Honoré, 1er
Librairie du Musée des Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli, 1er
La bank 42 rue Volta, 3e
Surface to air, 46 rue de l'arbre sec, 1er + 68 rue Charlot
Galerie du jour, rue Quincampoix, 4e
Galerie Chaume, rue de Marseille, 10e
Bookstorming, bld de la Bastille, 12e
27 mai 2007
Bio Marc Jacobs, Magazine N°39, Avril-Mai 2007
1963 : Naissance le 9 avril, à New York. Enfance dorée dans l’Upper West Side, élevé par une « Mamy Tricot » qui sustente au vide parental et l’initie naturellement à la couture. Un enfant terrible de la mode, prédestiné.
1981 : Parcours sans faute pour ce lycéen appliqué, diplômé de la prestigieuse High School of Art and Design. Première expérience mode : Magasinier chez Charivari, boutique avant-gardiste amourachée de jeunes talents. Talent Jacobs soutenue par Barbara Weiser, la présidente. Une première collection de hand-knit Sweaters voit le jour sous le label : « Marc Jacobs for Marc and Barbara ». Second tuteur : Perry Ellis, le bienfaiteur ; agent d’inscription à la bien nommée Parsons School of Design.
1984 : Année de tous les trophets. Elu Etudiant Styliste de l’année. Dé d’or Perry Ellis. Dé d’or Chester Weinberg. Date fatidique de sa rencontre avec son exécutif, Robert Duffy, lors de sa présentation de fin d’études : une collection de chandails oversize handmade, truffée de « smileys » roses vifs ; prémice de son style qu’il qualifie lui-même « d’un peu funk, un peu trash, un peu chic ». Ovation dans la salle, le business man est conquis. Le contrat d’amitié coopérative est immédiatement ratifié, son concept « Love for fashion, commitment to quality » entériné, et la collection « Sketchbook » bientôt en rayons. Vingt-trois ans plus tard, le binôme Jacobs-Duffy ne connaît aucune faille.
1989 : Faute de partenaires financiers sérieux, les débuts sont cahotiques mais non vains ; la réputation du duo s’étend auprès des acheteuses new yorkaises et le créateur gravit la côte de la popularité... Perry Ellis confie les reines de la création PAP femme à Jacobs, celles de la présidence à Duffy. Leur collaboration sera brève mais légendaire…
1993 : Chassez le naturel, il revient au galop ; Jacobs crée le scandale avec une collection grunge. Licenciement immédiat sous feux de presse à scandale, qui ne sera pas pour nuire à sa réputation. Les grandes prêtresses de la mode ne jurent plus que par lui. Le CFDA lui décerne le Prix du Womenswear Designer of the Year. Le partenariat « Jacobs Duffy Designs Inc » se labélise.
1994 : Come-back spectaculaire du « Gourou du Grunge ». Du rétro 70, du cuir sequin, du tweed et de la fourrure. « Du Funk, du Trash, du Chic... » Succès garanti, le style Marc Jacobs devient identitaire. « Je continue à penser que je crée des collections grunge car je n’ai pas de meilleur moyen de les nommer. » S’ensuit une ligne de souliers hommes-femmes, une deuxième ligne éponyme : « Marc By Marc Jacobs » et une floraison de boutiques en Eurasie.
1997 : Nommé Directeur artistique de Louis Vuitton. Sa mission : Redonner un coup de jeune à la griffe séculaire, créer ses propres lignes accessoires : sacs à main, lunettes, chaussures et montres. Premier défilé (Mars 98) : Minimaliste, atone, limpide, version du luxe sans efforts : « J’adore transformer des objets quotidiens et confortables en les choses les plus luxueuses du monde. » Deuxième défilé (Octobre 98): Rafraîchissant ; sacs mania, vestes militaires, broderies papillons sur jeans, espadrilles compensées, ballerines plates à bouts ronds. Mission accomplie. Tonnerres d’applaudissements, auréolés du prix « Womenswear Designer of the Year » Bis.
2000 : Première campagne publicitaire sous l’objectif du photographe-ami Juergen Teller. Sofia Coppola prend la pose, suivie d’une file d’attente d’artistes, mannequins, acteurs. 2000+1, feu d’artifice sur Hudson River, Pier 54, pour le lancement de son premier parfum féminin « Marc Jacobs Perfume ». Il voit grand mais n’oublie jamais les petits ; les bénéfices sont destinés à une douzaine d’œuvres de charité.
2002 : Couturier de toutes les distinctions pour une année masculine. Cinq ans après la première collection homme, il reçoit le prix du meilleur Designer Homme et lance son premier parfum « Marc Jacobs for Men », fragrance figue.
2003 : Après « Stinky rat » pour les bébés et « Little Marc » pour les enfants, création d’une nouvelle gamme de cosmétiques, accessoires et chaussures. Blush, essence jasmin, second parfum féminin. Lancement de la ligne « Marc Jacobs Home » : luxe, qualité, tradition. Bilan : 6eme récompense du Concil of Fashion Designer.
2005 : Invasion Marc Jacobs. Melrose Place se doit de libérer ses quartiers, Boston assiste au raz-de-marrée Multi-brand Store, la Floride et Paris s’engouffrent dans les Collection Store. Objectif ultime : lancement d’une ligne de lunettes et de montres, en partenariat avec Safilo et Fossil. Pour fêter son succès et la fin d’année, il se déguise en cochon géant (thème Western), paparazzi à l’appui : « J’aimais l’idée de créer une sorte de bruit visuel à travers l’habillement.»
2007 : Revers de la médaille « Succes Story » : il retourne en cure de désintoxication. Son compère, Robert Duffy, fait un communiqué de presse : "Nos prières sont avec lui ».




