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17 mars 2009

Saga Calvin Klein

Pour le numéro Twist N°3, je me suis bien amusée sur une Saga Calvin Klein (ou disons plutôt une saga du slip kangourou...)

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"C.K, les initiales d’un homme. D’un style. D’un empire. L’an passé, la marque fêtait ses 40 années de création. Cette année, elle fête son retour au pays, après avoir rapatrié de Milan son atelier de production, lui permettant de défiler sous les tentes de Bryant Park en février. L’heure du bilan a donc sonné : un créateur de 66 ans qui a laissé les rênes de sa société à trois héritiers — Francisco Costa, Italo Zucchelli et Kevin Carrigan—, une floraison de boutiques en Eurasie et une déclinaison de lignes qui engendre chaque année des milliards de $ : une ligne Calvin Klein collection, une ligne CK plus accessible, une ligne CK jeans et CK Underwear, une ligne CK Home, bref un merchandising réussi… Alors on peut bien résumer son nom à un slip ! Calvin Klein ne saurait s’en plaindre, lui seul sait qu’il doit sa fortune à ce bougre de slip kangourou...

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     (Le sportif Tom Hintnaus shooté par Bruce Weber, 1982)

Et les hommes savent ce qu’ils doivent au gourou du slip. Sans lui, ils n’en seraient peut-être pas là aujourd’hui, êtres érotisés tombés sous le joug de la métrosexualité. Avant 1980, ils n’étaient que des machines de travail dissimulant leur outil de reproduction dans des slips abominables aux élastiques distendus ; produits de consommation basiques peu exaltants aux vues des designers qui réservaient leurs rêves et excentricités à leurs épouses, comme si elles seules pouvaient être sujettes de fantasmes. Puis est arrivé Calvin et son œil lubrique. Le seul à avoir su déceler dans ce pauvre chiffon une connotation « sexy ». En deux coups de ciseaux ajustés et deux coups de griffes, il renouvelle la gamme des sous-vêtements masculins pour les ériger en objets de désir. Ajouter à cela un marketing répondant aux rêves érotiques de tout un chacun— Apollons aux abdos et pectoraux luisants, alanguis contre un rocher blanc sous un ciel azuré, ou idole des jeunes, Mark Walhberg, en train de se tenir le paquet— et vous vendrez des slips moulants à gogo. De quoi se faire tatouer sur les hanches le logotype brandé de Calvin Klein, de quoi irriter les proviseurs, spectateurs impuissants face à cette horde de lycéens qui portent le pantalon sous les fesses avec pour seule visée ostentatoire : afficher son élastique griffé. Pourvu que l’on soit « cool »…

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                       (Mark Walhberg et Kate Moss, campagne 1992)

Puisque le style Calvin Klein n’est pas une question de mode mais d’attitude, ainsi que le suggèrent les campagnes publicitaires sulfureuses ; autre clé du succès de la marque qui valut à son instigateur le surnom de « génie du marketing ». C’est en 1978, dix ans après avoir monté sa société, soutenu financièrement par son ami d’enfance Barry Schwartz, que son intuition se matérialise. Quelques mois après avoir lancé sa première ligne de jeans révolutionnaire aux lignes très près du corps, surfant sur la vague de la libération sexuelle, quelques mois après avoir découvert la jeune nymphette Brooke Shields dans le film La Petite, de Louis Malle, il lui fait susurrer à la caméra, sous l’objectif audacieux de Richard Avedon : « Savez-vous ce qu’il y a entre mes Calvins et moi ? Rien.» Ô scandale, elle n’a alors que 15 ans, et ce ton coquin déclenche la polémique. La première d’une longue série. La première à engendrer de nombreux bénéfices aussi : en une semaine, 200 000 exemplaires de jeans sont vendus, rivalisant désormais avec les mastodontes du denim, Levi’s et Marlboro.

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La seconde vient en 1993 quand, après être tombé sous le charme ingénu de Kate Moss, il fait de sa maigreur et du style « Héroïne chic » — allure grunge, spectre de la drogue, cernes et sous-alimentation— une tendance de mode, pour la campagne de son parfum Obsession. Accusé de vanter les mérites de l’anorexie et de la toxicomanie, il n’en a cure, le chiffre d’affaire, passé dans le rouge en 1992, remonte en flèche. En 1995, il ravive l’odeur de soufre qui lui va si bien, lors de la campagne pour CK One, son parfum unisexe : évoquant les photos de Richard Avedon immortalisant les membres de la Factory, Steven Meisel met en scène des groupes d’adolescentes au visage d’enfants, dénudées et lascives, adoptant des poses sexuellement suggestives.

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Cette fois c’en est trop. Des pétitions circulent pour dénoncer le caractère pédophile de cette campagne, les groupes de pression appellent au boycottage des produits, et quand le Président Clinton s’y met — « Il n’est pas bon de manipuler ces enfants, de les utiliser pour un bénéfice commercial » (Los Angeles Times, 5 février 1995) — Calvin Klein se voit bien obligé de retirer ses spots publicitaires. De toutes façons, son parfum n’en a plus besoin, tant il explose le « fragrance box office ». Ce qui lui donne une bonne raison pour recommencer…

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En 1999, il choque de nouveau l’opinion par une campagne de panneaux publicitaires propulsés dans les airs de Times Square, pour sa première ligne de sous-vêtements enfants. Ces images d’enfants à moitié nus provoquent un tollé général orchestré par le maire de New York, Rudolph Guiliani. Le ton polémique est si efficace qu’aujourd’hui encore, la marque continue d’exploiter ce filon, ayant bien compris qu’elle a assis sa notoriété sur son image : dernièrement, le spot voyeuriste filmant une Eva Mendès toute échaudée dans ses draps, fut censuré. C’est bien connu, l’interdit fait toujours vendre… Et si « le vêtement doit parler de lui-même », comme l’assenait le pape du minimalisme, on peut bien lui donner un petit coup de pouce…

                     img_19 (publicité CK, 1993, Vanity Fair)

Ce que s’échinent à perpétuer les nouveaux élus du maître depuis 2003, après trois années passées à les espionner dans son atelier : Francisco Costa, catapulté aux commandes de la ligne Calvin Klein Femme, Italo Zucchelli aux commandes de la collection Calvin Klein Homme et Kevin Carrigan, supervisant à la fois la ligne CK et Calvin Klein collection. Si Francisco Costa tente de se défaire de l’emprise du roi du « casual chic » en donnant sa propre définition du mot minimalisme, Italo Zucchelli, lui, ne s’est pas remis du choc sismique qui lui parcourut l’épiderme le jour où, en feuilletant son Uomo Vogue, il entrevit le mannequin Tom Hintnaus érotisé en Adonis par Bruce Weber, avec en tout et pour tout un slip blanc saillant, miroir luminescent de sa peau mordorée. En ultime hommage au génie subversif de Calvin Klein, la dernière campagne publicitaire CK Homme, shootée par Alasdair MacLellan, transcrit avec contemporanéïté cette première campagne orgasmique de 1982.

 

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            (Campagne CK 2008 shootée par Alasdair McLellan)

Tandis que les collections de Zucchelli nettoient encore un peu plus tout décorum superflu. Rendant à Klein ce qui était à « Calvin Clean »— clin d’œil au minimalisme de son design, ou charge à rebours contre les excès très médiatisés du designer star qui finissait ses soirées dans les bars « destroy » de Manhattan, la tête penchée sur l’épaule de Mick Jagger, lui-même penché sur l‘épaule d’Andy Warhol… Il semble, qu’en comparaison, ses successeurs, aux casiers judiciaires vierges, soient des hommes bien sages… Si sages qu’il faut les inciter aux nuits blanches: « Quand vous travaillez dans le milieu de la mode, je crois que sortir est crucial. La nuit est très inspirante, et les gens qui sortent aussi. J’encourage mes jeunes assistants à le faire » confiait Calvin Klein à Vogue Hommes International (N° A-H 2007). Car c’est la rue qui a toujours inspiré la mode de Calvin Klein, ayant grandi dans les quartiers populaires du Bronx. Exaspéré par les robes meringues portées par les égéries de sitcom, c’est à la femme active et au cadre dynamique qu’il pense lorsqu’il conçoit ses modèles épurés, chics et confortables, aussi bien qu’interchangeables : « Une femme ou un homme doit pouvoir travailler et sortir le soir sans être absolument obligé de rentrer chez soi pour se changer » ; propos que relaie encore aujourd’hui Italo Zucchelli qui souhaite aussi étayer l’esprit du look américain : « le critère déterminant du style n’étant pas le quoi mais le comment, le vêtement le plus modeste peut entrer au panthéon du chic ». Ce qu’il compte bien faire en marchant sur les pas de Calvin King : une ligne unisexe aux tons neutres, apaisante et élégante, d’une sophistication extrême dans sa simplicité, parfaitement intemporelle… "

Twist N°3, magazine masculin trimestriel.

Posté par Poirette à 15:24 - Sagas Mode - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


06 mars 2009

Les coiffures: accessoire des modes

Suite à l'exposition "Hair du temps", comme je vous disais précédemment, j'ai eu la chance de participer à la rédaction d'un texte sur les coiffures pour le catalogue d'exposition. Voici donc un extrait de ce texte, qui j'espère vous donnera envie de lire la suite !

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Assujettis aux modes et aux normes esthétiques, les cheveux ont suscité les réactions les plus extrêmes. Sacrifiés, consacrés, censurés, ils reflètent au même titre que le vêtement l’esprit d’une époque. Rite de passage, objet de luxure, arme politique et économique,  expression de la condition féminine, les cheveux obéissent aux caprices des mœurs et des coiffeurs. Célébrés par les poètes, mutilés par la religion, envoûtés par les sorcières, ridiculisés par la mode, ils sont depuis l’aube du temps le voile du songe, la forêt luxuriante où les amants viennent se perdre...

L’imagerie populaire illustre souvent la Préhistoire sous les traits simplistes d’un homme de Cro-Magnon traînant par les cheveux sa rupestre compagne… Ainsi figurée, la chevelure féminine devient un trait d’union entre les sexes, un instrument de possession. Mais que l’on se rassure, les cosmogonies anciennes lui assigneront ensuite un rôle de trait d’union moins sexiste : mise en offrande, la chevelure sera le point d’attache entre le monde des hommes et des dieux. Dès lors, les cheveux seront l’objet de tous les soins puisque rien n’est jamais trop beau pour honorer son dieu... Trois mille ans avant notre ère déjà, pour conjurer les cataclysmes naturels et apaiser la colère des dieux, les Egyptiens sacrifiaient les cheveux des leurs femmes, ainsi passés maîtres dans l’art de les embellir. Les dames de la cour de Memphis rivalisaient d’imagination dans le choix de leurs coiffures, exploitant pour cela une nuée de petites esclaves.  Mais seule la reine avait le droit d’arborer « un profil de déesse », traduit par une coiffure de mèches roulées en spirales et disposées en rangs étagés de plus en plus élevés. Il fallait, selon les hiéroglyphes, plus de cinq heures pour donner sa pleine harmonie à cette chevelure d’essence divine... Aussi privilégiait-on les perruques quand la patience du rouleau gominé atteignait ses limites. Cléopâtre en possédait une véritable collection. Formées d’un étagement serré de tresses ou de boucles en rouleau, réalisées en crin, en fibre végétale, ou en cheveux véritables, teintes de couleurs vives, elles étaient portées en toutes occasions et par tous, à l’exception des prêtres et du bas peuple. Elles étaient même si précieuses qu’elles accompagnaient les morts comme gage de leur statut social.

Chez les Grecs, la chevelure, de préférence saupoudrée d’or — le culte de la blondeur symbolisait l’innocence et un statut social supérieur — revêt également une valeur sacrée. Jupiter fait trembler tout l’Olympe quand il secoue sa chevelure. À l’origine, pour célébrer le mythe de l’union d’Aphrodite et d’Adonis, chaque femme grecque devait se rendre une fois au temple et faire don de son corps à un inconnu, sans possibilité de refus... Ce n’est qu’au IVe siècle avant notre ère, que les règles s’assouplissent, estimant qu’un don de chevelure en guise de sacrifice serait amplement suffisant. Idéal de beauté virile, représenté par l’athlète à la tête bouclée pour l’homme, chignons ceints de bandeaux fleuris, enserrés dans un filet ou piquetés de longues épingles creuses contenant du parfum pour la femme, la chevelure s’illustre aussi bien dans la gloire que dans l’infamie. Dans la mythologie, Ariane abandonnée par son amant Thésée sur l’île de Naxos, court échevelée le long du rivage, en se lamentant et en laissant flotter au vent son opulente chevelure blonde. Afin de prendre sa revanche sur Thésée, elle se laissera ensuite enlever et consoler par Bacchus, tombant «déchevelée» — signe d’un affranchissement total — dans les bras du dieu fougueux. Infamies qui touchaient d’ailleurs plus les femmes dans cette civilisation patriarcale qui ne leur laissait guère de libertés. Tandis qu’à Athènes un mari jaloux, soupçonneux envers son épouse, n’hésitait pas à lui raser la tête pour la punir de son adultère,  à Sparte la fiancée se rasait entièrement le crâne le jour de son mariage, en signe d’humilité et de renoncement à toute coquetterie.

Les belles patriciennes romaines ne subissaient guère ce genre d’humiliation. Lettrées, affranchies, elles étaient d’autant plus libres que leur mariage-union libre, leur permettait de continuer à vivre leur vie, et de divorcer à leur gré. Une société libérale aux mœurs légères, qui n’est pas sans ressembler à celle de notre XVIIIe siècle, dans laquelle le travestissement jouait un rôle équivoque. Ici, la blondeur ingénue, qui sied à Vénus, se mue en luxure subversive... Messaline, épouse de l’empereur Claude, ou l’impératrice Faustine l’ancienne, également réputée pour sa luxure, s’en allaient ainsi fréquenter les lieux de débauche, affublées d’une perruque blonde, attribut préféré des prostituées. Tresses diadèmes hautes comme des tours, coiffures égyptiennes importées croulant sous une cataracte de bouclettes et de frisures compliquées, gravissent les étages au même pas cadencé que la liberté des mœurs... Si bien qu’il faut légiférer. L’empereur publie un édit, lois somptuaires avant l’heure, pour interdire l’importation des tresses nordiques dont le commerce atteint des proportions telles qu’il menace les finances publiques. Impossible pour autant de recenser tous les styles et coiffures, ils sont « aussi nombreux qu’il y a de glands sur un chêne et d’abeilles en Sicile » relate le poète Ovide dans son Art d’aimer. Et de constater : « La coiffure la plus seyante est souvent celle qui imite le désordre, on croirait qu’elle date de la veille, alors qu’un peigne habile vient tout juste de la terminer : le comble de l’art consiste souvent à imiter le hasard ». C’est d’ailleurs toujours un peigne à la main que se fait représenter Vénus dans la peinture, la sculpture et la littérature classique. Car « il n’est guère de postures féminines qui aient autant de grâce et expriment autant l’apaisement des passions... Le geste répété de la femme peignant ses longs cheveux semble avoir la vertu d’un exorcisme, comme si la subtile électricité dont ils étaient chargés, un peu plus tôt, se trouvait dissipée, conjurée ». Dans l’éclat de sa nudité, suggestion de la fécondité, Vénus et sa chevelure ornementale, élément de séduction, proclament le règne de la beauté, de l’amour et de la joie des sens...

Et si les hommes ont toujours été attirés par la luxuriance satinée des longs cheveux, c’est sans doute parce qu’il en émane des effluves de liberté et de sensualité, quand ils ne revendiquent pas fièrement des velléités d’indépendance et d’affranchissement. Version masculine, une chevelure longue et abondante est signe de puissance virile. Ce n’est pas par simple souci esthétique que les conquérants gaulois portaient les cheveux longs... Pour mieux impressionner leurs ennemis, à qui ils rasaient la tête en signe de soumission, ils paradent au pas de combat, cheveux au vent. La Gaule narbonnaise portait les cheveux ras, quand la «Gaule chevelue », insoumise, arborait encore fièrement sa toison. Lorsque l’empire romain s’effondre, au Ve siècle, les envahisseurs barbares poussent encore plus loin la susceptibilité : toucher la chevelure est ressenti aussi gravement qu’une tentative de castration. A la mort de Clovis, la reine Clotilde prise en otage par ses deux fils qui déchirent le royaume, préfère voir morts ses deux petits-fils que tondus. Les capitulaires de Charlemagne sont, eux aussi, inflexibles : « Quiconque osera porter la main sur les cheveux d’un homme libre se verra infliger une forte amende ». Et si celui- ci ne pouvait pas payer l’amende, c’est à son bien le plus précieux, sa chevelure, que l’on s’en prenait. Œil pour œil, cheveu pour cheveu. Bientôt, dans les royaumes francs, le droit de porter les cheveux longs devient le privilège exclusif du roi et de ses héritiers directs. Les «rois chevelus » de la dynastie mérovingienne ne plaisantent pas avec leur tignasse, il en va de leur honneur, au point que si un roi, pour une raison ou une autre, perdait sa chevelure, il y laissait sa couronne. La règle de bienséance pour saluer un personnage de haut rang, était de s’arracher un cheveu !

.............................. Sautons quelques pages

Au cours du XVIe siècle, on délaisse les coiffes et les voiles pour préférer l’ostentation après des siècles de discrétion… Il n’est plus question de dissimuler ses charmes mais de les surenchérir par le biais de somptueuses étoffes alourdies de joaillerie et de fraises carcan favorisant les hautes coiffures bouclées. Les coiffures montées et empesées sont si inconfortables que la plupart des femmes préfèrent se raser la tête, de leur plein gré, pour porter une perruque, qu’elles agrémentent de pierres précieuses et de colifichets selon leur rang de fortune. « Il est de loin plus aisé de gréer un navire que d’apprêter une dame. » constate laconiquement Thomas Tomkis, en 1607. Apprêts et postiches une fois de plus condamnés par l’Eglise, comme bien d’autres parures, dont l’usage rendait coupable du péché d’orgueil. Mais cette fois-ci les usages de la mode l’emportent sur les admonestations du curé. Et si le goût pour l’ostentation attise la convoitise des pirates du luxe qui se métamorphosent en voleurs de perruques pour dépouiller leurs victimes à l’arrière des attelages, ces agressions à répétitions n’en dissuadent pas moins cette prédilection de la Renaissance pour l’apparat, qui ouvre ainsi la voie aux extravagances baroques des XVIIe et XVIIIe siècles.

Deux siècles de grandiloquence capillaire — pour le plus grand bonheur des caricaturistes — instituent un savoir-faire artisanal en une véritable architecture de bigoudis. Edifices empesés, cerclés, poudrés, empanachés, rembourrés — monuments dédiés aux exigences de la mode — rivalisent dans l’allégorique, l’horticole et le bucolique pour atteindre des sommets vertigineux (un mètre ou plus s’ils étaient garnis de plumes) à la fin du XVIIIe siècle. Parmi ces coiffures hors normes, citons celle de la Princesse de Machin dont la chevelure enveloppait une cage où voletaient de véritables papillons, ou la coiffure « à l’hurluberlu » apparue en 1671 et décriée par Mme de Sévigné qui finira pourtant par y succomber, ou encore cette coiffure «  à la grand-mère » créée en 1770 par le perruquier Baulard qui, par un ingénieux système de ressorts, pouvait monter ou descendre, selon le degré d’excentricité souhaité. Sous Louis XIV, la vie de cour réduit la femme à une simple figurante, c’est à celle qui se fera remarquer non par son esprit mais, au premier abord, par son goût raffiné pour la coquetterie. Accessoires de mode, fanfreluches, perruques, tout est bon pour aguicher le regard du roi que l’on sait très porté sur la parure, qu’il considérait comme un instrument au service du rayonnement de Versailles. Tout est bon aussi pour lancer des modes. C’est ainsi que l’une de ses favorites, la Duchesse de Fontanges, ravit le roi lors d’une partie de chasse, en troquant sa perruque emportée par le vent contre sa jarretière, customisée en serre-tête. Cette mode, qui perdit le charme spontané de son improvisation, durera dix ans, avant d’être à son tour remaniée et rebaptisées dans les salons de coiffures, arbitre des élégances (et des potins), friands de noms polissons : « les confidentes » désignaient les petites boucles près des oreilles, les « crève-cœurs » des frisons sur la nuque, les « favorites » des torsades tombant sur les joues… Des modes (ou délits d’initiés) qui faisaient ensuite le tour d’Europe, œuvrant pour l’enrichissement des caisses de l’Etat ; le commerce du cheveu étant très lucratif. Aussi Louis XIV pouvait bien s’irriter parfois de ces « tours » qui surmontaient ses dames de cour, c’est lui qui, en succombant à la mode de gigantesques perruques, inaugura ce premier « round » de coiffures féminines démesurées, parfaitement inconfortables, peu adaptées aux voyages en carrosse, propices à la migraine et aux incendies de forêt de crin. Cimes somme toute relatives comparées aux coiffures démesurées des années 1770 — les usages nés de la mode l’emporteront une fois de plus sur les remontrances royales et les édits religieux.…

.............................. à lire encore 12 pages !

(si vous êtes intéressés par le sujet, contactez-moi sur mon adresse mail: mvdc@hotmail.fr ou contactez la galerie d'art du conseil général des Bouches-du-Rhône pour commander le catalogue.)

Posté par Poirette à 10:30 - Catalogue d'exposition - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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