15 avril 2008
La cravate
Une fois n'est pas coutume.
La dernière fois, je vous avais parlé de la botte. Aujourd'hui, nous traiterons de la cravate (oui, le dernier Numéro de Magazine est sorti). Et je dois avouer que je me suis encore bien éclatée sur le sujet. Tant d'anecdotes à éluder !
C'est toujours très difficile de condenser des siècles et des siècles en 3 pages, mais là est le challenge. Ne pas se laisser submerger par l'information (car on voudrait tout raconter) pour synthétiser de la façon la plus claire et rythmée possible, tel est mon propos. Je sais, je radote peut-être mais pour moi, l'histoire est une matière vivante, vibrante, je voudrais la dépoussiérer toute entière pour vous la faire aimer..
Vous verrez, avec la cravate, que la mode n'est pas qu'une simple lubie esthétique, elle signifie beaucoup plus qu'elle ne veut bien le dire. La mode ainsi décryptée comme acteur de de l’évolution des mentalités, de la libération des mœurs, de l’émancipation féminine. La mode comme révélateur d’un subconscient qui, au-delà d’un bout de tissu, souligne le rapport de l’homme à la société.
Je vous laisse vous faire votre propre idée sur le sujet...
C'est parti !

Cravate à pois, cravate de soie ; régate de jour, papillon de nuit ; nœud simple, nœud gordien ; un champ lexical d’investigation fertile en points d’interrogation, qu’elle suspend aux cous de nos hommes. Flèche phallique pointant du doigt le centre de gravité du mâle, elle codifie son époque en soignant son apparence. Discrète, arrogante ou avilissante, raconte-moi ton imprimé et je te dirais qui tu es.
Du degré zéro de la cravate : son étymologie.
En préambule, réfuter une idée reçue, entérinée par notre dictionnaire: si les Croates sont à l’origine de sa diffusion, ils n’en ont pas la paternité. Une étude philologique s’est imposée, pour découvrir quelques occurrences du mot et couper l’herbe sous le pied à cette thèse erronée. D’une bande de parchemin qui usurpe son identité (France, XIVe siècle), au terme de « cravata » (Italie, 1590) qui traduit du latin son ancêtre antique – le focale –, la cravate n’est pas sans histoires et possède même sa préhistoire : le dit focale est une écharpe nouée aux cous des légionnaires romains, comme compagne contre le froid.
(soldats romains portant le focal, détail de la colonne Trajane, à Rome)
Il faut ensuite patienter quinze siècles pour la retrouver enfin. Car, de l’Antiquité au XVIe siècle, le cou s’offre aux courants d’air ; avant qu’une Renaissance ne l’humanise d’un col rond (puisque, c’est confirmé, la terre est ronde), qu’une Contre-Réforme catholique ne le paralyse d’une fraise (puisque l’hégémonie espagnole répand son austérité) et qu’un Roi Soleil ne lui préfère une collerette (puisque Louis XIV est Le Dieu Tout Puissant des modes XVIIe).
De la popularisation du foulard croate : retour sur une falsification de l’histoire.
1635, à mi-chemin de Trente ans de guerre (1618-1648), la garnison royale française se fait moucher par des mercenaires croates «tendance» recrutés hors frontières pour ravitailler de chair barbare les canons rouillés. Distingués d’un foulard savamment lesté autour du cou – accessoire jusque-là inconnu au bataillon – les fantassins alliés séduisent l’œil et la frilosité de nos coquets officiers français qui, de retour de campagne en 1650, s’affichent en fanfarons « branchés », la mousseline de soie courant vaporeusement sur l’habit de Cour.
(le foulard croate, so trendy!)
Une noblesse conquise – puisque toujours friande d’ornements militaires – et une mode qui se répand comme une traînée de poudre, favorisée par celle des perruques tombantes qui, dissimulant les collerettes empesées, les rendaient inutiles. Apportant ensuite leur petite touche de raffinement, les aristocrates modelèrent la simple étoffe en un large nœud de mousseline ou de dentelle, ressemblant bientôt à un grand papillon. Lépidoptère qui ne prête pas encore son nom à ce nœud dérivé que nous marginalisons tant, mais qui débouche sur un nouvel événement militaire : la Bataille de Steinkerque (1692). Ce bouleversement des pratiques cravatières que Voltaire a vulgarisé dans un épisode-feuilleton du Siècle de Louis XIV, scénarise une fois de plus le flair de ces hommes de terrain qui, dans la précipitation d’un appel au combat, coincèrent négligemment les extrémités des pans de leurs cravates dans l’une des boutonnières de leur veste - la sixième, précise la légende - en faisant un « It ». Désinvolture, fonctionnalité, stabilité au vent ; succès commercial attendu. Il ne manquait plus que leurs épouses ne les imitent… Ce qu’elles firent, se piquant de quelques boutonnières sur leurs robes.
(Uniformes de la Marine royale, 1688)
De la succession des styles et des Régimes : lexique politisé.
Feu Louis XIV (1715). Fin de la déconnade. Le stock remet de l’ordre dans les rangs. Ce simple rectangle de tissu blanc – cette fois dépourvu de pans dégoulinants – enroulé autour du col relevé de la chemise puis épinglé à l’arrière (le manuel d’installation était fourni à l’achat), martyrisera durant plus d’un siècle le cou de nos bons bourgeois.
(un bon bourgeois bien dans son stock et sur ses patins, 1798)
D’antan, il fallait souffrir pour être viril. Par son aspect austère, sa rigidité empesée, le stock répond symptomatiquement à la raideur de cette ère gangrenée de nouveaux riches. Et traduit de sa sobriété vestimentaire - contrastant avec le goût français froufroutant - une anglomanie déferlant sur une France alors portée par les Lumières. Les « petits marquis » libertins surent néanmoins l’agrémenter d’un soyeux ruban noir, le solitaire (ruban noué sous les maxillaires qui, originellement, maintenait les cheveux du catogan – la perruque ayant déchu).
(le voilà le ruban noir)
Et finir par se faire jeter aux orties de la Révolution. Abolition des privilèges, fin de la « Stock torture », débuts de la Terreur. Eclats et provocation. Rejet du bon ton. D’« Incroyables » effrontés, de jeunes écervelés du Directoire, désireux de goûter jusqu’à l’absurde aux plaisirs de la liberté magnifiée s’ingénièrent à se déguiser sous de difformes habits aux tailles épinglées, aux épaules caricaturées, aux cheveux de chiens mouillés et aux cravates-châles criardes, très envahissantes... Elles grimpaient jusqu’aux oreilles. Un véritable manifeste d’anarchie que cette jeunesse dorée parisienne, ancêtres des zazous, voulut relayer en transgressant les codes vestimentaires de son époque carcan.
(Les fameux "Incroyables")
De l’âge d’or de la cravate : Traité de cravatologie.
À cet instant de l’histoire, débarque Brummel (1778-1840) sur son cheval blanc. Incarnation sérénissime du dandysme, le favori du Prince de Galles consacrait six heures par jour à se vêtir, donnant raison à sa définition: « Le dandy est un homme dont l’état, le travail et l’existence consiste à porter des vêtements… Alors que les autres s’habillent pour vivre, il vit pour s’habiller ». Maniaque du linge immaculé, perfectionniste du pli, il vit fleurir entre ses doigts quantités de cravates aux formes les plus bouffonnes, aux nœuds les plus scandaleux.
(Très saillant ce caleçon moulant.. Ah Brummel le sens inné de la séduction !)
Tandis qu’Alphonse Daudet planchait sur la rectangularité de son nœud, Baudelaire rimait sur son asymétrie et Mallarmé se sentait pousser des ailes géantes. De nombreux traités de cravatologie parurent alors pour remettre de l’ordre dans l’art. Le plus courtisé, celui du pseudo-baron Emile de L’Empesé : L’Art de mettre sa cravate de toutes les manières connues et usitées, enseigné et démontré en seize leçons.
(Traité d'Emile)
14 cravates différentes et 18 variantes — compter « content » le nœud papillon ; fin XIXe on faisait encore l’amalgame. Parmi elles, figurait l’ascot (du nom de sa course hippique) ou cravate à nœud gordien (par référence au Grand Alexandre qui, de la pointe de son épée - Zorro n’a rien inventé - dénouait le mic mac). Une dénomination paradoxale, puisqu’en réalité le nœud à pans croisé est l’un des plus sommaires qui soit. Il n’en marqua pas moins sa génération d’aristos fin XIXe (mariages, promenades du dimanche ; l’y croisait-on qu’en de mondaines occasions) mais surtout, il offrit à l’épingle son essor. Qu’elle en profite, elle sera bientôt proscrite.
(Charles Haas photographié par Nadar, 1895)
De la standardisation de la cravate : l’industrie du p-a-p.
Il suffisait d’une Révolution Industrielle, source d’émergence d’une classe moyenne, et de nouveaux modes de vie, pour que notre cravate des « Temps modernes » s’affûte.
(Sur ce tableau d'Edouard Manet, Le Balcon, 1868-1869, vous ne pouvez la louper la régate.)
D’abord en 1860 sous la forme de la régate – car on la voyait souvent pendue au cou de riches plaisanciers - puis vers 1925, telle que nous l’apprivoisons : infroissable et indémodelable. Triomphe du col mou sur le col dur. À tous les « taylorisés », il fallait une cravate stable, solide et facile à nouer, répondant à un besoin de simplicité et de confort allié à une vie plus active. Triomphe des canons pratiques sur la poésie des noeuds savants.
(Marcel Proust à 15 ans, photographié par Nadar)
Marquant la fin de la diversité des formes, mais compensant par une effervescence stylistique de matières, couleurs et motifs (fin de la monochromie Noir/Blanc), elle s’accomplit - non sans peine - cravate en état de sobriété.
De la question des femmes : la Belle Epoque androgyne.
Si la présence constante des femmes dans l’univers masculin de la cravate s’est illustrée au XVIIe siècle par la lavallière – grand papillon noué cérémonieusement autour d’un col mou, accolé au nom de l’une des duchesses favorites de Louis XIV, ayant malicieusement copié son aimé souverain dans l’intention d’obtenir ses grâces – ce nœud coulant ne demeura pas longtemps au rang de simple coquetterie.
(la lavallière ici portée par un homme, Reynaldo Hahn, photographié par Nadar.)
Lorsque jaillirent, du bas-fond des conventions, les premières idées féministes, la cravate (la vraie) devint pour les femmes un moyen d’expression efficient dans leur lutte pour l’émancipation : Georges Sand n’emprunta pas qu’un prénom virile, un costume trois-pièces aussi. La « garçonne », personnage emblématique des «Années Folles», corollaire de l’évolution du statut de la femme aux lendemains de la Première Guerre mondiale, ne fera qu’accentuer la masculinisation de l’accoutrement féminin (cheveux courts/pantalon/col/cravate) et leur indifférence envers le sexe opposé désormais décrété comme égal – même si de telles provocations ne purent s’exercer que sous l’aura de scandaleuses créatures lesbiennes telles Colette, Nathalie Barney… Malgré tout, au fil des décennies, le penchant « homo-sexuel » de la cravate s’affirma (on ne gagne pas à tous les coups).
(Colette armée de sa plume et de sa cravate)
Du coup de gueule de la cravate : action, réactions.
1968 : La cravate se porte sur l’épaule gauche. Déconsidérée, serpent à sonnette mascotte de la convention bourgeoise qu’on voudrait guillotiner, la jeunesse enragée prophétise sa mort. Mort aux règles hiérarchiques. Mort au patriarcat, par étranglement -— resserrer le nœud d’un cran. Mort aux cravates ruban bien pensantes. Flèches empoisonnées.
(Vous ne saviez pas qu'Adamo était non seulement engagé, mais very funny !)
Au sortir de cette crise salutaire, celle qui souffrait de n’être plus qu’un accessoire-contrainte imposé dans toutes les sphères de la sociabilité (lycée, bureau, famille), réapparaît libérée (large, au nœud épanoui et bout aiguisé pour contrecarrer le bout carré), telle qu’elle était née trois siècles plus tôt : comme un pur exercice de style.
Du dénouement de la cravate. Fin de l’histoire.
C’est alors que, passé la barre des 80, déteignirent sur l’armure nattée les tonitruantes déflagrations de l’humour grivois BD, Made in America (Bugs Bunny loquaces, têtes de mort = MDR) ; « Humour et parodie des motifs classiques » précisent-ils sur le passe-pan.
(Hum... Un petit bijou que cette cravate !)
Et s’affichèrent en lettres désinhibées des phrases rédhibitoires («Voulez-vous coucher avec moi ce soir ?») ; cravates speed dating à caractère « conversationnelles », lancées par des pros du marketing. Grossière et empâtée, la cravate crève de retrouver une crédibilité. Raser les murs pour se faire plus discrète, à l’aune du troisième millénaire. Au jean slim, elle répond au diapason de la saison. Au jeunisme du dandy ébouriffé, elle met l’accent sur la chemise débraillée, et brise les chaînes du col boutonné. En réaction malveillante contre le pingouin ringardisé sorti des girons formatés d’HEC, l’homme de son temps sait que la « branchitude» n’est plus qu’une question d’attitude. La « cravate touch » se passera donc d’excentricités : Less is more.
("Less is more" on a dit ! Ensemble Paul Smith - Non, vous ne pouvez plus l'acheter.)
14 avril 2008
Bio Steven Meisel

1954 : Naissance à New York. Les fées de la mode se penchent sur son berceau. « J’ai toujours su que je travaillerais dans le monde de la mode ».
1966 : Dès son plus jeune âge, il feuillette les magazines de mode. "C'était un échappatoire", confesse-t-il, mais on ne sait pas très bien de quoi. Avec la permission d’une mère conciliante, il sèche les cours afin de pouvoir les lire le jour même de leur parution. "J'étais obsédé par les magazines, ça me rendait dingue !".
1975 : Etudie l'illustration de mode au collège d'Art et de Design puis pénètre dans le Saint des Saints : la Parsons School of Design, mais ne juge pas nécessaire de terminer ses études. "Je m'ennuyais". Préfère suivre son chemin, tout tracé. Après avoir fait ses classes pour Halston (petits jobs de dessinateur) et pour le New York Rocker (quelques articles de mode), il s’illustre pour le Women's Wear Daily.
1978 : Sent le vent tourner. La mode ne se fera pas sans lui. Une mode qu’il veut critique, bien que sophistiquée. Il décide de retourner à l’école, non pas pour enrichir ses références artistiques – la coupe est pleine — mais pour prendre des cours de photographie. Ses parents, toujours aussi conciliants, lui achètent un appareil. Il commence en faisant des tests-shots de jeunes mannequins pour Seventeen, tout en travaillant pour le Soho Weekly News.

1982 : La rédactrice de mode Annie Flanders (Buzz, Details) lui commande sa première couverture de mode ainsi qu'un rédactionnel sur les vêtements en plastique. Conquise, elle le recommande auprès de son amie Frances Grill, un agent de photographes à la recherche de nouveaux talents, auprès de laquelle il fait forte impression: "Il connaissait en détail chaque photographe et chaque mannequin". Conquise, elle le recommande à Kezia Keeble, des éditions Conde Nast, qui lui propose de faire la cover du petit dernier, le magazine Self. Il en fait une demi-douzaine, contribuant au succès de ce nouveau magazine qui se vendit à plus d'un million d'exemplaires. S’ajoutent ensuite des commandes régulières pour Mademoiselle et son équivalent italien, Lei, puis de temps en temps pour le Vogue US.
1985 : Débute sa collaboration avec Fabien Baron sur les campagnes publicitaires de Barney’s puis se popularise en tirant le portrait de son amie Madonna. « Shoote » aussi la jaquette de son album « Like a Virgin ».

1990 : Monopole éditorial. Devient le photographe prolifique attitré de Vogue US et Vogue Italie pour lesquels il réalise bon nombre de couvertures ainsi qu’une partie du rédactionnel mode. Ses campagnes publicitaires pour Lancôme, Valentino, Gianfranco Ferré, Dolce & Gabbana, Gap.. ainsi que des reportages de mode pour toutes les éditions de Vogue (Vanity Fair, Allure) lui assurent un salaire contractuel de 2 Millions de $, le couronnant photographe de mode le mieux payé au monde. Le magazine américain Photo le classe 6e parmi les 100 VIP people de la photo. Poser pour lui devient gage de réussite : Christy Turlington, Naomi Campbell ou Linda Evangelista lui doivent tout. Climat de confiance, ambiance sonore électrique, énergie stimulante, telle est sa recette du glamour. « He has a real sense of fashion direction » s’extasie sa Boss, Anna Wintour.

1992 : Année érotique. S’engage dans la lutte contre le Sida et publie un « close-up » anatomique dans le N° « Erotica » de Visionaire, album de mode multi-formats, précurseur du livre Sex pour lequel il sera aussi le photographe attitré. Année grunge. Légendaire collection sulfureuse signée Marc Jacobs pour Perry Ellis, légendaire éditorial licencieux signé Steven Meisel pour le Vogue US.

1995 : Déclenche la polémique avec une campagne décriée comme «pédophilie pornographique» pour Calvin Klein Jeans, deux ans après avoir répondu à la première contreverse Kate Moss, portée aux nues de la tendance misérabiliste «Héroïne chic», (campagne CK Underwear) en publiant laconiquement dans le Vogue Italie une série titrée « the Good life » représentant le non moins misérabilisme d’une famille monoparentale d’après-guerre.
(os saillants, teint blafard, yeux cernés, la tendance "Héroïne chic" fait polémique au milieu des années 90)
1997 : Collaboration avec Gianni Versace. La villa de Miami South Beach se transforme sous le crépitement de ses flashs en une dramaturgie éclairée ; dénonciation d’un monde où le pouvoir et la richesse n’ont rien à voir avec la spontanéité. Son cheval de bataille : l’éphémère de la mode contre la mode elle-même. Docu-fiction sur un L.A friqué, paradis baroque, qui annoncera la tragédie… Juillet : Assassinat du couturier sur son pallier. Où finit la fantaisie et où commence la réalité ?

2000 : Exposition-hommage à Versace, à la White Cube Gallery de Londres. Confondant photographie de magazine et portrait d’Ingres, cette parodie du luxe haute-couture est un pied-de-nez à toux ceux qui pensent qu’un photographe de mode n’a pas sa place dans une galerie d’art. 40 000 à 100 000$ de gain journalier (selon le magazine List), de quoi faire saliver le plus commun des mortels galeristes.

2007 : Utilise les pages de Vogue Italie comme un forum de discussion « Aware ».
Campagne « Hollywood Style » pour ridiculiser la fascination du grand public envers les starlettes.
Campagne « State of Emergency » pour dépeindre le climat d’insécurité croissant aux Etats-Unis.

Campagne « Super Mods enter Rehab » pour militer contre la tendance auto-destructrice de trashification.

« Steven sent l’évolution de la mode, ses changements, ses humeurs, ses nouveaux visages...» souligne encore Anna Wintour.
(ici, vous reconnaîtrez l'influence Ballets russes : Bakst, Arts Déco, Poiret...)
S’expose à la critique au Musée d’Art contemporain de Toronto. «Future Species : Steven Meisel / Makeover Madness» relaie une de ses campagnes dénonçant les déviances de notre culture basée sur l’apparence et le culte du corps.

Mais lui ne se sent pas concerné, botox et liftings pourtant non dissimulés.
Faites ce que je dis, pas ce que je fais…
* Bonus :

Il ne pouvait passer à côté: la guerre en Irak. Motif de propagande ou dénonciation ? Nous sommes toujours dans le doute avec Meisel...
04 avril 2008
Petit précis d'histoire de mode 4
Hey ! Poirette is back !!!
(Enfin, pas d’emballement, de Olé Ola, de cris, de pleurs - restons humbles et dignes - ma panne technique est loin d’être résolue. Je squatte la connexion d’une amie, et c’est déjà pas mal, je m’estime heureuse... (Après un drame de cette ampleur, je peux vous dire que l’on redécouvre les plaisirs simples...)
Allez, pour se remettre en jambes, je vous propose aujourd’hui un petit cours d’histoire du costume. François Boucher, Page 154, ouvrez vos cahiers !

Décidément, je n’en démords pas, les films historiques ont la côte en ce moment.. Vous vous souvenez certainement d’Elizabeth the First (dont je vous avais parlé), voici arrivé le père, Henry VIII = la terreur de ces dames.
Il ne manquait plus qu’ils nous fassent des Sagas Ciné eux aussi !
Hé bien Paf, tenez, je vous le donne en mille, nos émissaires britanniques ont sauté le pas. Enfin un petit pas timide car non-dit : «Deux sœurs et un Roi».
Oui, vous voyez bien, pas de I ou II ou « Le retour » - ils n’ont pas voulu faire dans le lourd, encore que le titre, tout comme le film, ne font pas dans la finesse. C’est sûr, ce film ne mérite peut-être pas qu’on lui fasse de la pub, mais vous savez que tel n’est pas mon propos, d’encenser ou de démonter le film, Non Non rien n’a changé — je suis toujours la même après ce Drame de déconnexion – mon Dada moi c’est le costume..
Et Dieu sait qu’il y a moult points capitaux à aborder...
Mais un petit teasing d’abord, vraiment très bref (ça vous coupera sûrement l’envie d’aller le voir mais bon, j’ai ratifié un pact de transparence à l’ouverture de ce blog…)
Il était une fois un Roi hyper sexy dans le film (Eric Bana) — alors que bof bof sur ses portraits officiels, mais ce ne sont plus les mêmes canons de sexy-attitude me direz-vous; tenez le voilà le gaillard, bien sur ses jambes...

Henry VIII de Tudors (roi d’Angleterre (1509-1547) et d’Irlande (1541-1547)) en a un peu marre d’attendre que sa première femme, Catherine d'Aragon, devenue un peu vieille et ménopausée, se décide à lui donner un héritier mâle — surtout qu’elle est ménopausée, alors il peut toujours attendre…
(Catherine d'Aragon)
Alors il se trame autour de ce roi très courtisé des choses vraiment pas très catholiques, du genre : un clan familial très intéressé par l'aubaine décide de donner ses bombasses de filles (Anna, l’aînée = Nathalie Portman et Mary, la cadette =Scarlett Johannson) en pâture..

Le roi en manque, n’en peut plus, il se jette sur la cadette, l’engrosse puis succombe à l’aînée et renie la cadette sous la pression de l’aînée qui ne veut se donner. Alors là, le roi chaud bouillant n’en peut vraiment plus (c’est là que l’on voit que le Roi n’est qu’un homme et que l’homme est vraiment trop faible, quand il ne pense qu’avec sa … bip ! Ahh les hommes, l’histoire politique n’est donc qu’une histoire de sexe ? Permettez-moi de m'interroger avec ce film…)
(Anne Boleyn; belle à la vie comme à l'écran tandis que la réalité historique la rattrape disant qu'elle aurait une verrue dans
le cou, un sein plus gros que l’autre et un sixième doigt à la main
gauche...)
Il se laisse donc manipuler par Anne, l’aînée très maligne, puis en profite pour se brouiller avec l’Eglise catholique, provoquant le Schisme avec Rome quand le Pape lui refuse l’annulation de son mariage avec la vieille Reine Catherine d’Aragon (Non Non ce n’est pas tant de la fiction, les sources corroborent ce conte merveilleux ! Enfin tout de même ne vous attendez pas à tous ces « détails » politiques dans le film, le réalisateur n’en a eu cure, se concentrant sur la tragédie du cœur, c’est plus vendeur).
Notre Roi n’en fait finalement qu’à sa tête (ou pense trop à sa.. Bip !) en reniant sa reine pour les beaux yeux de sa future nouvelle épouse, qu’il violera au passage, de l’avoir vraiment fait tourner en bourrique — comment ruiner une réputation, désolée Henry je te fais passer pour un gros salaud mais quand même tu l’as bien cherché ; une fois de plus les sources corroborent mes A priori..
Tu as tout de même eu 6 femmes, tu en as répudié 3 et fait exécuter 2. Chapeau bas ! Hé oui ces sources disent aussi que ton « règne centralisateur contribua à l’affermissement du pouvoir royal », bel euphémisme: manipulations politiques, cruautés machiavelliques, têtes tranchées (et cette fois, le film ne se cache pas de le montrer, le sang c’est vendeur aussi) alors je ne vous raconte pas tout, vous irez le voir si jamais vous êtes friands de grosses hâches et de têtes qui roulent..
Ah si ! Une précision tout de même qui a son importance : Avant de trancher la tête de sa seconde épouse, Anne Boleyn, le méchant Roi (mais vraiment hyper sexy dans le film, alors on lui pardonne..) n’avait pas oublié de l’engrosser elle aussi... Allez hop les deux soeurettes mères porteuses de la royauté ! Sauf, que l’officielle lui donne une fille, et que la non-officielle lui a donné un fils, mais qu’il a renié, pour pouvoir se taper sa soeur. Un bien mauvais calcul…
Bref, vous voyez le tableau, c’est pas du joli, joli tout ça. Je vous le dis, il ne fallait mieux pas être dans les petits draps du Roi… Mais la morale est sauve, puisque la seule héritère qui a failli mourir de ne pas être un héritier, sera la grande Elizabeth the First.. Ouf, tout est bien qui finit presque bien. Une vraie Saga je vous disais.
Donc si un jour vous voulez vous faire une soirée « costumée 1500-1600 », vous aurez toujours ces chefs d’œuvres de l’histoire de cinéma, pour vous inspirer..
Avec Elizabeth I, nous en étions restés aux fraises et costumes collet montés très austères, dus à l’hégémonie espagnole qui sévit sur tout l’Occident. Avec Henry VIII, les robes sont un peu plus affriolantes et les tissus non moins somptueux. Le film est bidon, mais je dois reconnaître encore une fois que mes petits yeux en ont pris plein la tête..
Revenons sur ces préoccupations costumières et revenons aussi à un langage moins chartier, oh la la je vais me faire lyncher par les historiens !
Allez un petit peu de François Boucher (la bible de référence en matière d’histoire du costume), pour plus de sériosité :
« Au début du XVIe siècle, continue de s’affirmer un renouveau artistique et littéraire. L’art achève en effet sa lente transformation, qui aboutit à l’idéalisation du corps humain ; pour ajouter à celui-ci la puissance et la dignité dont rêve l’homme de la Renaissance. Le costume se préoccupe des combinaisons de lignes, de couleurs, de volumes, qui en feront l’élégance et l’harmonie.
Cet orgueil de la beauté physique, ce raffinement de plaire, magnifiés par le costume, le XVIe siècle leur a donné le soutien de matériaux luxueux, étoffes riches et lourdes, broderies épaisses, bijoux somptueux, dentelles aériennes. Nulle époque, même le Grand Siècle, n’aura jeté sur l’homme décor plus précieux pour atteindre la perfection de la beauté humaine. »
Ah, ça en jette tout de même plus !!
Plantons le décor, nous sommes en Angleterre. C’est, dès le commencement du XVIe s qu’en Angleterre, comme dans toute l’Europe occidentale se dessine l’évolution du costume médiéval vers le costume moderne.
Sous les deux premiers Tudors (Henry VI, Henry VII) subsistaient des formes du Moyen-Age, assez simples mais déjà pénétrées de certaines caractéristiques étrangères : pour les femmes, la coiffure à ligne surbaissée, la robe à taille basse et décolleté carré, les manches longues et étroites.
Pour les hommes, le pourpoint très court - justaucorps descendant sous la ceinture - la chemise dégageant le cou, les culottes étroites et souvent de deux couleurs, puis bouffantes et à crevés. Tout cela marqué par des influences germaniques, françaises ou italiennes.
Sous Henry VIII, la transformation se précise. Au début de son règne, la prospérité et la paix introduisent un luxe égal à celui de la cour de son rival François Ier. Dans l’étalage de magnificence, ils ont recours l’un et l’autre à la splendeur des tissus italiens. Et si la forme diffère encore peu de celle de la période précédente , les détails nouveaux abondent : séparations des chausses en bas de chausses collants et en hauts de chausse dits boulevarts avec braguette apparente = très saillant ; plumes d’autruches couchées sur des bonnets à bords rebrassés et découpés dits cramignolles= extra pour la crédibilité. À côté de certaines extravagances de houppelandes fourrées de toutes longueurs à manches bouffantes et détachables, de souliers larges en pieds d’ours avec crevés, de coiffures à l’écuelle - en forme d'assiette creuse et large comme son nom l'indique - ; en marge de la somptuosité des plastrons brodés et des longs pourpoints à crevés et à basques longues, apparaissent des indices nouveaux.
(Un petit aperçu de ces pattes d'ours, car c'est quand même quelque chose... Pour l'anecdote, leur forme à bouts "patte de canard" ou "gueule de boeuf" viendrait de Charles VIII qui aurait été muni de 6 orteilles...)
(XVe siècle, V&A Museum, Londres)
Pour la femme, la réduction de la coiffe féminine (coiffures à cornes) annonce le petit bonnet. Les robes coupées à la taille sont soutenues par des vertugadins, la robe de dessus étant ouverte devant sur une jupe de dessous de couleur différente; les deux robes superposées moulant le corps. Le large décolleté carré découvre une chemise ou une gorgerette de lingerie avec des parements de couleur que l’on retrouve au bas des manches larges, qui peuvent avoir des revers de fourrure de plus en plus volumineux.
Le chaperon de velours (que vous voyez bien sur ce portrait de Jane Seymour, la troisième femme d’Henry VIII) ou de lingerie, bordé d’une bande orfévrée, est posé sur un touret (dévidoir originellement à l'usage des cordiers). La ligne générale est encore assez souple (enfin, c'est relatif..). Comme les hommes, elles portent de vastes houppelandes avec ou sans ceintures, à grandes manches pendantes ouvertes ou closes.
Les couleurs sont plus sobres, les bouffants et crevés diminuent, les femmes adoptent alors un large col ouvert et rigide, comme nous l’avons vu dans l’épisode Elizabethain, une mode se laissant bientôt pénétrer par les modes espagnoles... Cours que je vous invite à relire si jamais vous avez des pertes de mémoire...
Ah ah comme je me la joue petite prof pédante !!
"Bientôt l'interro, ça va vous tomber sur le bout du nez", hé hé !!!!!
J'espère que ce cours n'aura pas été trop confus... "Vous avez des questions ?", ah ah hi hi j'adôôre !!!






