Steven Meisel, le plus respecté des photographes de mode a une biographie bien lisse, en apparence...                     

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1954 : Naissance à New York. Les fées de la mode se penchent sur son berceau. « J’ai toujours su que je travaillerais dans le monde de la mode ».

1966 : Dès son plus jeune âge, il feuillette les magazines de mode. "C'était un échappatoire", confesse-t-il, mais on ne sait pas très bien de quoi. Avec la permission d’une mère conciliante, il sèche les cours afin de pouvoir les lire le jour même de leur parution. "J'étais obsédé par les magazines, ça me rendait dingue !".

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1975 : Etudie l'illustration de mode au collège d'Art et de Design puis pénètre dans le Saint des Saints : la Parsons School of Design, mais ne juge pas nécessaire de terminer ses études. "Je m'ennuyais". Préfère suivre son chemin, tout tracé. Après avoir fait ses classes pour Halston (petits jobs de dessinateur) et pour le New York Rocker (quelques articles de mode), il s’illustre pour le Women's Wear Daily.

1978 : Sent le vent tourner. La mode ne se fera pas sans lui. Une mode qu’il veut critique, bien que sophistiquée. Il décide de retourner à l’école, non pas pour enrichir ses références artistiques – la coupe est pleine — mais pour prendre des cours de photographie. Ses parents, toujours aussi conciliants, lui achètent un appareil. Il commence en faisant des tests-shots de jeunes mannequins pour Seventeen, tout en travaillant pour le Soho Weekly News.

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1982 : La rédactrice de mode Annie Flanders (Buzz, Details) lui commande sa première couverture de mode ainsi qu'un rédactionnel sur les vêtements en plastique. Conquise, elle le recommande auprès de son amie Frances Grill, un agent de photographes à la recherche de nouveaux talents, auprès de laquelle il fait forte impression: "Il connaissait en détail chaque photographe et chaque mannequin". Conquise, elle le recommande à Kezia Keeble, des éditions Conde Nast, qui lui propose de faire la cover du petit dernier, le magazine Self. Il en fait une demi-douzaine, contribuant au succès de ce nouveau magazine qui se vendit à plus d'un million d'exemplaires. S’ajoutent ensuite des commandes régulières pour Mademoiselle et son équivalent italien, Lei, puis de temps en temps pour le Vogue US.

1985 : Débute sa collaboration avec Fabien Baron sur les campagnes publicitaires de Barney’s puis se popularise en tirant le portrait de son amie Madonna. « Shoote » aussi la jaquette de son album « Like a Virgin ».

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1990 : Monopole éditorial. Devient le photographe prolifique attitré de Vogue US et Vogue Italie pour lesquels il réalise bon nombre de couvertures ainsi qu’une partie du rédactionnel mode. Ses campagnes publicitaires pour Lancôme, Valentino, Gianfranco Ferré, Dolce & Gabbana, Gap.. ainsi que des reportages de mode pour toutes les éditions de Vogue (Vanity Fair, Allure) lui assurent un salaire contractuel de 2 Millions de $, le couronnant photographe de mode le mieux payé au monde. Le magazine américain Photo le classe 6e parmi les 100 VIP people de la photo. Poser pour lui devient gage de réussite : Christy Turlington, Naomi Campbell ou Linda Evangelista lui doivent tout. Climat de confiance, ambiance sonore électrique, énergie stimulante, telle est sa recette du glamour. « He has a real sense of fashion direction » s’extasie sa Boss, Anna Wintour.

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1992 : Année érotique. S’engage dans la lutte contre le Sida et publie un « close-up » anatomique dans le N° « Erotica » de Visionaire, album de mode multi-formats, précurseur du livre Sex pour lequel il sera aussi le photographe attitré. Année grunge. Légendaire collection sulfureuse signée Marc Jacobs pour Perry Ellis, légendaire éditorial licencieux signé Steven Meisel pour le Vogue US.

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1995 : Déclenche la polémique avec une campagne décriée comme «pédophilie pornographique» pour Calvin Klein Jeans, deux ans après avoir répondu à la première contreverse Kate Moss, portée aux nues de la tendance misérabiliste «Héroïne chic», (campagne CK Underwear) en publiant laconiquement dans le Vogue Italie une série titrée « the Good life » représentant le non moins misérabilisme d’une famille monoparentale d’après-guerre.

                          200px_Kate_Moss_Calvin_Klein(os saillants, teint blafard, yeux cernés, la tendance "Héroïne chic" fait polémique au milieu des années 90)
 

1997 : Collaboration avec Gianni Versace. La villa de Miami South Beach se transforme sous le crépitement de ses flashs en une dramaturgie éclairée ; dénonciation d’un monde où le pouvoir et la richesse n’ont rien à voir avec la spontanéité. Son cheval de bataille : l’éphémère de la mode contre la mode elle-même. Docu-fiction sur un L.A friqué, paradis baroque, qui annoncera la tragédie… Juillet : Assassinat du couturier sur son pallier. Où finit la fantaisie et où commence la réalité ?

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2000 : Exposition-hommage à Versace, à la White Cube Gallery de Londres. Confondant photographie de magazine et portrait d’Ingres, cette parodie du luxe haute-couture est un pied-de-nez à toux ceux qui pensent qu’un photographe de mode n’a pas sa place dans une galerie d’art. 40 000 à 100 000$ de gain journalier (selon le magazine List), de quoi faire saliver le plus commun des mortels galeristes.

                         

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2007 : Utilise les pages de Vogue Italie comme un forum de discussion « Aware ».
Campagne « Hollywood Style » pour ridiculiser la fascination du grand public envers les starlettes.

Campagne « State of Emergency » pour dépeindre le climat d’insécurité croissant aux Etats-Unis.

                        

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Campagne « Super Mods enter Rehab » pour militer contre la tendance auto-destructrice de trashification.

                        

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« Steven sent l’évolution de la mode, ses changements, ses humeurs, ses nouveaux visages...» souligne encore Anna Wintour.

                     

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             AAC187856 AAC187862 (ici, vous reconnaîtrez l'influence Ballets russes : Bakst, Arts Déco, Poiret...)

S’expose à la critique au Musée d’Art contemporain de Toronto. «Future Species : Steven Meisel / Makeover Madness» relaie une de ses campagnes dénonçant les déviances de notre culture basée sur l’apparence et le culte du corps.

                   

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Mais lui ne se sent pas concerné, botox et liftings pourtant non dissimulés.
Faites ce que je dis, pas ce que je fais…

* Bonus :

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Il ne pouvait passer à côté: la guerre en Irak. Motif de propagande ou dénonciation ? Nous sommes toujours dans le doute avec Meisel...