20 février 2008
Le retour de Denise Poiret (épisode 3)
Non, non, je ne vais pas vous bassiner toute l'année avec Poiret, mais je me suis engagée (à la vie, à la mort) à finir la Saga, je ne peux défaillir à cette promesse... (puis, retour au présent, car il y a une vie après Poiret, j'en suis consciente.)

Aujourd'hui donc, j'avais envie de vous parler de Denise (je ne vais pas vous réécrire mon mémoire, rassurez-vous) mais simplement souligner — par des preuves irréfutables ! — son avant-gardisme et sa modernité.
(Poiret, Y. Deslandres)
C'est cette robe, présente dans la vente, qui m'a poussée à la confidence :

Bon, vue sous cet angle (Drouot= moquette pourrie+photo= mauvaise qualité car piètre photographe) c'est sûr, ce n'est pas très parlant.
Peut-être préférez-vous la voir à plat ?

ou portée ?
Oui, c'est toujours mieux porté... Vous remarquerez d'ailleurs que cette robe mise en vente la semaine dernière n'est pas la même que celle sur la photo, beaucoup plus échancrée, pour ne pas dire outrageusement décolletée... (j'aime jouer à Sherlock Holmes)
Hum hum, quelle sensualité !
Une autre photo, très posée... (Paul Poiret tenant l'objectif)

Avec en toile de fond, ce tableau de l'artiste Kees Van Dongen — peintre néerlandais installé à Paris en 1897, Fauviste, rattrapé au vol par la poigne de Poiret qui le crucifie au-dessus de son lit — et qui porte si bien son nom... Quiétude.
Ahhh ce tableau est magnifique et cette chambre... On pourrait écrire un roman dessus, tant de détails, tant d'objets d'art, tant d'indices qui nous mettent sur la piste...

Moi je me dis qu'ils ont dû bien s'éclater au lit !
Liberté, liberté, liberté !!!
Car remettons-nous dans le contexte :
1910, avant la première guerre mondiale, à l'époque où Cocottes corsetées et femmes de boudoir se pavanent à Longchamp le derrière en cul de poule (mode des cul-de-Paris) et le buste arnaché dans des sangles lacérées (je n'ose imaginer cette torture des corsets, impossible de bouger, de s'asseoir, de tousser; comment les femmes ont-elles pu s'imposer pareil souffrances ? Et vous messieurs, aussi Sado Maso pour aimer cette mode ??)
Une liberté donc qui n'est pas pour plaire, dans une société rigidifiée de conventions.
Et Paul de n'en faire qu'en sa tête, et de bannir ces objets de torture pour encenser la féminité (car il aime les femmes, oh oui il les aime ! Je crois qu'il est encore à ce jour impossible de déchiffrer le nombre de maîtresses qu'il a rendu accroc...)
Et Denise, de respirer le grand air dans son jardin du Pavillon d'Antin, les pieds dans l'herbe, la poitrine libérée sous des tissus légers; tout cela avec une ineffable spontanéïté, comme si jamais au grand jamais, il n'y eut de luttes acharnées pour atteindre à cette liberté bafouée (les suffragettes de l'époque ont dû être stupéfaites de tant d'effronterie, elles qui se battaient contre les lois, mais pas encore contre le carcan vestimentaire imposé par les hommes aux femmes de leur rang.)
(Denise dans sa robe Delphinium, qu'elle nomme "robe Bonheur")
(la fameuse... Exposition chez M. Alaïa,2005)
Et de se déguiser, bonne joueuse — lors des festoyades qu'organisaient chaque année son mari-couturier, amateur de rigolades — toujours avec cet esprit libertin...
Moderne donc par son esprit.
Mais aussi moderne par son physique intemporel (je la verrais très bien aujourd'hui arpenter les catwalks avec un perfecto et des bottes tarabiscotées par Pierre Hardy pour Nicolas Ghesquière; d'ailleurs elle était bien la première à porter de façon révolutionnaire des paires de bottes en cuir colorées à talons plats, et à faire scandale à son arrivée aux Etats-Unis, à peine débarquée du paquebot qui les amenaient, elle et son mari, en tournée outre-atlantique).
C'est pourquoi ça ne m'étonne pas que ces petites paires de bottines à lacets en suédine vert, datant du milieu du XIXe (de la dernière vente), aient appartenu à Denise...
Car so Denise !
Donc, tout simplement, une femme en avance sur son temps...
(Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai choisi ce sujet de mémoire... N'est-elle pas fascinante cette Denise ?)
Du coup, je ne sais si je dois clore la Saga... C'est selon vos attentes.
Je suis toute ouïe mes chers lecteurs, en avez-vous (jamais) assez de Poiret ?
15 février 2008
Le retour de Poiret... (épisode 2)
Le dernier coup de marteau ayant retenti, je peux désormais m’adonner au plaisir de vous conter la suite de l’histoire et surtout me délecter de son Happy end. Car cette vente fut un succès...
Avec un record de 80 000€ pour un manteau 1920 d’inspiration Maghreb (en lainage écru à bandes brunes tissées par Rodier) — et d’autres belles victoires — je pense que les petits-enfants de Paul et Denise n’auront pas été déçus.
(exposition publique Drouot-Montaigne)
Certes l’excitation n’était pas autant à son comble que précédemment vécu en 2005 (peut-être aussi parce que cette fois j’étais seulement spectatrice) mais il est toujours aussi plaisant de réaliser qu’une pièce de vêtement peut aujourd’hui être l’égal d’un tableau - en valeur j’entends (ce que j’avais déjà formulé dans l’avant-propos de mon mémoire). Ce n’était pas le cas, il y a dix ans, et c’est en cela que la vente Denise Poiret de 2005 fut exceptionnelle, car elle accomplit un pas de géant pour la valorisation du patrimoine mode. Jusque là, les sommes ne dépassaient pas les 4 zéros. Le 14 mai 2005, elle en rajoutait un 5e — je vous remémore le record mondial : 110 000€ pour un manteau d’automobile d’inspiration Maghreb, tissé Rodier, que voici:
(exposition publique chez M. Alaïa, avril 2005)
A l’observer de loin ou de près ce manteau, si moderne et intemporel, on comprend très bien pourquoi des collectionneurs se sont dignement battus pour rentrer en sa possession ; un vrai duel. Je me souviens de ces discrètes inclinaisons de tête— d’ailleurs cette discrétion est fascinante, ce sont toujours les personnes les plus mal peignées, les mieux loties— à peine perceptibles, et de cette cadence effrénée à laquelle les chiffres grimpaient. C’est ici le clou du spectacle, quand l’adrénaline monte, et que l’on se demande qui de l’acharné aura le dernier mot.
Le crieur joue alors un rôle primordial car il est celui qui donne du rythme à la vente en reprenant à haute voix les sommes claironnées par le commissaire-priseur (et c’est là encore que la personnalité du commissaire-priseur joue un rôle majeur, car s’il épice le tout d’une note d’humour, la décontraction de l’auditoire sera certainement plus bénéfique au succès commercial de la vente). C’est pourquoi j’assimile ce métier à une forme de jeux de rôle, une comédie sur fond de sériosité (Attention, quand on parle money, on ne déconne plus !) Tant de théâtralité, pour une scène qui finit souvent en queue de poisson…
Non, décidément, je n’aime vraiment pas le fait que la salle se vide au fur-et-à-mesure, sans attendre la fin du round (comme Anna Wintour qui se casse d’un défilé avant le final de la robe de mariée) ; totalement irrespectueux pour l’œuvre du créateur. Dans mon expansion, j’aimerais que les victorieux se pavanent avec leurs trophés, échangeant des mots d’esprit avec les vaincus, mais cela signifierait ne rien comprendre au milieu. Le collectionneur veut rester anonyme et c’est ce qui le rend valeureux, cette attitude de retrait se faisant oiseau rare dans une société qui ne cherche qu’à se montrer/s’afficher (merci la télé réalité).
Laissez-moi maintenant vous proposer une sélection de mes pièces coups de cœur, d’ailleurs reprise en cœur par les acheteurs. Je ne me suis pas trop trompée, les pièces que je pensais les plus intéressantes se sont envolées...
Je ne pourrais pas vous faire un classement par ordre de préférence car il y a des choses tellement différentes qu’elles ne rentrent pas dans l’ordre de la notation. Ce sont surtout des pièces qui attirent l’attention car elles attestent aussi bien de l’ouverture d’esprit et de la personnalité haute en couleur de Poiret, que de la modernité de Denise ou de la magnificence de cette Epoque (Belle ou Folle).
Je commencerais donc par vous parler de ce manteau qui a fait son record. Par son intemporalité, il fait parler de lui…
Tout d’abord, par la découpe brut du tissu, au décor inspiré des couvertures du Maghreb ou du tissu du burnous — du même coup de ciseau que ce manteau, présent dans la vente de 2005 :

J’imagine Paul Poiret au Maroc (car il a fait ce voyage en 1918 en compagnie de son fils Colin) a l’affût de sources d’inspiration. Je le vois fureter au marché du bled, couper un bout de couverture avec une paire de ciseaux qui traîne dans son cache-poussière, le rouler en boule dans son imper et le plier en quatre dans sa valise Vuitton pour la conserver dans sa tissuthèque avant de l’utiliser à bien pour sa prochaine collection (les photos attestent de mon imagination, je vous rassure je ne délire pas complètement..)
Ce manteau est donc l’avatar de l’ouverture d’esprit du couturier, lui qui le premier, parcourut les continents avec sa femme pour puiser son inspiration dans la chaleur des cultures, aussi diamétralement opposées soit-elles (l’Afrique du Nord, la Chine, la Russie…)
Parlons aussi de cette doublure en pongé de soie imprimée, à motif de losanges gris réhaussés de feuilles stylisées bleu canard (soyons précis, je vous en prie). Elle n’est pas posée là par hasard cette doublure... C’est aussi ce que j’aime avec Poiret, il ne se lasse jamais de nous faire suivre un jeu de piste. En posant des indices, des clés pour accéder à son intégrité ( avait-il tout prévu, même cette vente ? On serait presque tenté d’acquiescer...)
(photographie extraite du livre "Poiret", Yvonnes Deslandres, Ed du Regard)
Cette doublure, comme je vous disais, révèle une autre facette de sa personnalité : elle induit sa collaboration avec des artistes de l’époque, qu’il a lui-même découvert ; un grand mécène, ne l’oubliez pas — d’ailleurs je me demande ce qu’il en est à propos de Rodier ??
Ici, l’expertise ne mentionne pas Raoul Dufy, mais je ne peux m’empêcher de penser à lui et à sa collaboration avec la maison de soierie lyonnaise Bianchini-Férier.
Pour la petite histoire, Paul Poiret avait spécialement crée pour son ami proche la « Petite Usine », en 1911. Un petit atelier de gravure sur bois et d’impression textile, bricolé avec les moyens du bord, qui permettait à l’artiste-peintre-décorateur-coloriste de travailler en toute liberté.
Ah, cette liberté ! Elle innonde toutes les sphères d’activité dans lesquelles Poiret s’est jeté à corps perdu.. Finalement, le talent de Dufy étant très vite valorisé, il se fait débaucher par Bianchini-Férier et s’expatrie à Lyon. Poiret perd un proche collaborateur mais pas un ami, car il n’en voudra jamais à Dufy de l’avoir quitté pour augmenter son cachet ; ils continueront d’ailleurs à travailler ensemble, Poiret faisant appel à Bianchini-Férier pour ses impressions tissus.

Je pourrais aussi vous parler de la coupe et de la construction du manteau (le col montant, le boutonnage asymétrique, l’effet taille basse par une couture dans laquelle est dissimulée une poche…) mais je maîtrise très mal le sujet. J’ai pourtant beaucoup appris en écoutant les leçons de coupe formulées avec foi par Jean-Denis Franoux (prof au Studio Berçot et assisant de l’Expert sur la vente) mais je serais incapable de vous les transmettre, étant une piètre styliste/modéliste. Un jour, j’espère acquérir ce savoir, car je pense qu’il est essentiel pour comprendre au mieux l’histoire que sous-tend «une pièce montée».
Hélas, je suis encore une fois obligée de m’arrêter là, je reprendrai demain (oui, c’est une vraie Saga, je pense qu’il y aura au moins 6 épisodes, ne lâchez pas ! Suspens, action, ahh ce Poiret !)
14 février 2008
Le retour de Poiret... (épisode 1)

Le livre n’était donc pas fermé...
Poiret a encore des choses à nous dire. Et il ne s’est pas caché de nous le faire savoir cette semaine encore.
Le fait est avéré, relayé par la presse : le Grand Homme est de retour parmi nous, au travers de cette vente aux enchères tenue à l’hôtel Drouot aujourd’hui même, à 14h. Ce sont ses petites-filles (filles de Colin, décédé il y a 10 ans) qui décidèrent de léguer son art au patrimoine.
Je ne sais comment il réussit toujours à me faire vibrer (enfin si, je sais, mais cela vous prendrait la journée ! Je suis intarissable sur ce sujet… Hé non je ne m’en lasse toujours pas — C’est dingue cette attraction qu’il exerce sur moi… Mais, tu vas me lâcher Paulo !)
Hier, il déambulait de son air bedonnant dans les couloirs vieillots de Drouot. Se postant tantôt à la porte de la salle 9, où se tenait son exposition publique, pour accueillir les passionnés, ou recueillir leurs impressions au départ ; tantôt faisant montre de son éternel bonhomie, s’attachant à transmettre ses talents de couturier, le ciseau dans sa blouse boutonnée.
Comme vous voyez, j’aime à penser qu’il redevient chair. Aujourd’hui, j’ai gratté la lampe pour faire apparaître le bon génie. Et sentir sa présence rôder… Afin qu’il me chochote au creux de l’oreille « Viens voir comme mon Epoque était Belle, et tout ce que j’ai fait pour elle », comme s’il avait encore des choses à prouver, telle une revanche qu’il n’aurait toujours pas prise.

Son époque a eu la dent bien dure quand elle l’a vu déchoir. Sans doute de trop de jalousie de l’avoir vu Magnifique. La réussite fait des envieux, la chute des amis défectueux…Mais je ne m’attarderais pas plus sur cette facette de sa personnalité (qu’il a multiple), je l’ai déjà abordé dans mon mémoire sur « Denise Poiret, Femme libérée » (rubrique : Poirette planche sur sa tablette ». Oui, je me refais un petit coup de pub, allez hop ce n’est pas négligeable — on m’a fait la remarque de ne pas bien me « vendre » alors j’écoute les commentaires... )
Mais parlons plutôt de la vente, présidée par les commissaires priseurs Beaussant Lefèvre, expertisée par D. Chombert et F.Sternbach.
Certes, le catalogue n’était pas aussi réjouissant que celui de 2005 (il aurait du mal— sans vouloir faire ma pimbèche... Imaginez-vous, un catalogue de vente banal, avec tout ce que cela implique de graphisme maladroit/MOCHE; bon voilà vous avez tout compris. Et je ne vous parle pas de « la mise en lumière » des pièces (un fer à repasser ? Mais enfin, c’est interdit par la loi ! Restons dans les règles de l’art muséologique..), ni de la « scénographie » (terme inaproprié bien sûr… On est à Drouot, il ne faut pas l’oublier — Mais quand se décideront-ils à investir dans une nouvelle moquette (pas murale, je vous en supplie !!!)?? ça me dépasse. Quand je pense à tous ces aficionados qui piétinent quotidiennement les lieux de ce temple à la renommée internationale, je ne comprends pas pourquoi l’Etat ne daigne pas s’intéresser à sa modernisation. Bref, c’est un détail – enfin, quand même, ça me dépasse !)
Je disais donc — je me suis encore égarée dans les méandres de ma naïveté — que finalement peu importe tous ces à côtés, cela ne pâlit en rien le génie visionnaire de Paul et Denise Poiret (« Un visionnaire intemporel », pour vous citer le titre du catalogue…Oui vous avez noté le pléonasme.. Non, j’arrête de faire ma langue de vip. Enfin, quand même si vous me lisez, « Messieurs les commissaires priseurs » – ce dont je doute… Et quand bien même, nous sommes sur un blog, nous avons la liberté d’expression (et là je lève le poing du gaucho revolutionario) — il faudrait peut-être penser à vous faire aider de temps en temps…Je ne remets pas en question votre savoir intarissable— loin de moi cette prétention -— mais je m’adresse ici à votre fibre « artistique » — sans parler chiffres, ni records mondiaux, puisque vous semblez bien pervertis par l’or jaune — à cette question du graphisme/mise en page/scéno totalement désuètes à mon goût (à chacun ses goûts bien sûr, je le conçois) et puis surtout j’ai envie de remonter le moral de vos cravates…
Vous ne voyez pas qu’elles dépriment ! On pourrait d’ailleurs écrire une thèse sur « le rapport de l’homme de l’art de Drouot à la mode ». Cet être hybride coupé du monde, qui ne gravit que les pavés du village Richelieu, ne déjeune que chez les bouchons cavistes qui jouxtent l’hôtel des passations monétaires pour être sûr de ne se retrouver qu’entre gens de sa profession. Ah non, parce qu’on ne se mélange pas, oh la vous n’y pensez pas !
En gros (mais vraiment en GROS) il y a le village Disney Land, et le village Drouot. Le même concept, sauf que les peluches géantes qui transpirent sous leur moumoute et qui vous prennent sous leurs aisselles pour immortaliser la pose sont des classiques cravatés jusqu’à étranglement (ce petit cercle hermétique est vraiment fascinant, on se croirait sur une autre planète). Je ne dis pas qu’il faut que vous soyez hyper branchouilles (restons dans les limites du réalisable) mais un minimum requis (ça devrait être une condition sine qua non à l’obtention de votre diplôme. On y lirait : « Brulez vos costumes de pingouin endimanché, desserez le nœud de vos cravates, sans ça vous ne serez point admis." Mince, nous sommes au XXIe siècle, Messieurs alons reprenez-vous, tout n’est pas perdu !
Comme vous pouvez encore constater, je pratique beaucoup la sociologie du commissaire priseur/marchands d’art/commis (j’ai tout de même passé 6 mois recluse dans ce village, expérience richissime soit dit en passant — au sens figuré, car au sens propre je me suis plutôt ruinée dans les bouchons cavistes justement… MIAM on a beau dire, je me demande d’où ils exportent leur saucisson/cornichons, UNBELIEVABLE, so much taste ! Une gastronomie que le monde entier nous envie et je comprends pourquoi (sans parler des pavets de viande tendrissimes et surtout sans parler des crêpes suzettes à la fleur d’oranger, oh my God, orgasmique !). Bref, c’est juste à voir/vivre, « une expérience unique » pour reprendre une technique de communication publicitaire totalement éventée.
Mais…Je réalise que je suis complètement partie en sucette ma pauv’ Suzette (Mmm ces crêpes !!) Je me suis reconvertie en guide touristique ! Bon tant pis, ça changera pour une fois. Et puis finalement ce n’est pas si hors propos. Souvenez-vous que l’une des facettes de Poiret (et sans doute la base de ses forces/faiblesses), c’est cette réputation corroborée par tous, de BON VIVANT. Aussi je me devais de vous transcrire cette émotion sociologico gustative, afin que vous contourniez au mieux les sinuosités du personnage.
Evidemment, il me reste encore beaucoup de choses à aborder sur cette journée (et notamment l’essentiel : les pièces mises en vente, mes coups de cœur, des anecdotes — nombreuses… ) Mais je préférais attendre la fin de la vente avant de vous confier toutes les clés (enfin, pas toutes, c’est trop ambitieux, et sans doute trop mystérieux…) de cette aventure qui fait aujourd’hui appel à tous ces souvenirs/émotions auxquelles j’ai été confronté il y a presque 3 ans de cela.
Sans doute, parce que la vente de mai 2005 m’a révélée à l’amour de l’histoire de la mode, je garde de ces moments intenses une étincelle dans le regard — pour ne pas oser avouer une petite larme (car cela peut sembler exagéré d’un point de vue extérieur). Je vous assure que cette belle histoire humaine, je l’ai vécue et je ne cesserais jamais de me souvenir (sans finir empaillée, I promiss !) à toutes ces « leçons de vie » qu’elle m’a transmise. Parce que l’on a parfois tort de nier ses passions, en se disant que la société ne tolère pas ce genre d’élucubrations. Preuve que l’on peut s’y donner corps et âme, sans avoir peur de cette pression monétaire qui vous fait penser que jamais vous n’en vivrez.
Je ne voulais pas finir sur une mauvaise note moralisatrice, la sus-nommée « quand on veut, on peut »… Mais bien, sur une note positive.
Go on, if you like it !!! (ça passe mieux en anglais, bizarrement, moins cliché..)
PS : La suite demain, promi juré, pas craché (je suis bien éduquée)
11 février 2008
Edito Magazine, N° 43 (fév-mars 2008)

Parler des choses ou des gens
"La population des villes est en constante augmentation. C’est peut-être pour lutter contre la solitude urbaine – phénomène corollaire – que les médias présentent toujours des visages ; connus ou en passe de le devenir ; grave ou rieur à la pose ou en action.
Une interview sur un sujet ?
Non plutôt l’interview d’une personnalité, ou mieux son portrait. Et la lutte est inégale. Certes, les gens parlent des choses, mais l’empathie l’emporte toujours. Face à l’humain, la sympathie ou l’antipathie, la soif de s’identifier ou le besoin de cristalliser son ressentiment prennent toujours le pas, et ne restent que les gens. Il y a pourtant quelque noblesse à faire vivre des idées, à bousculer des concepts ou à penser demain, mais l’époque ne doit pas être à ça.
Une piste : si l’information devient un spectacle, c’est peut-être dans ce qui se présente comme spectacle qu’il faut chercher l’information."
Angelo Cirimele
La botte, ça vous botte ?
Ahhh ce texte, il me tient vraiment à coeur de vous le faire découvrir car il augure d'une longue suite de mots...
Encore une fois, c'est Angelo Cirimele (rédac chef de Magazine) qui m'a fait confiance sur ce coup et je ne cesserais jamais assez de le remercier... Car il me donne des ailes !
Poirette et son orchestre présente... (vous entendez les tambours ??) une nouvelle rubrique éloquemment/élogieusement nommée "Histoire"...
Car "La mode a une histoire et nous allons l'examiner par morceaux, en commençant par en bas et ce qui touche terre : la botte " (reprise du sommaire de Magazine)
J'espère que ce périple au fil des siècles vous laissera le sourire aux lèvres, car c'est ce que j'ai voulu démontrer en abordant la mode d'une point de vue "historiettes anecdotiques".
Rions de la mode car elle est drôle ! (sans oublier tout de même que tout ce que nous portons aujourd'hui est influencé par notre histoire, quand même un peu de sérieux...)
"Dans un monde construit par les hommes et pour les hommes, la botte naît comme l’emblème suprême de la virilité. Aux hommes, la gloire et la puissance que précisait le costume. Aux femmes la futilité de la mode, expression de leurs charmes. Et gare à celles qui osèrent défier les règles de bienséance : Jeanne d’Arc et ses cuissardes masculines furent brûlées vives. La botte est de tradition masculine. Point de discussion.
Encore n’est-elle qu’une parade pour impressionner l’adversaire sur les champs de bataille ou faire le paon dans les salons. Ah, les bottes de mousquetaires ! Celles qui moulent mollets et cuisses et s’épanouissent en entonnoir… Comme elles ont fait fantasmer les dames avant de ravager leurs robes de leurs éperons. Soulier de désir et de domination, les hommes la cajolent. Louis XIV la chérit de lingerie et lui consacre même un budget « recherche ». Une petite intention qui sera récompensée d’un blason, celui même épinglé sur le veston du cordonnier Nicolas Lestage, pour sa création « Haute-Couture » d’une paire de bottes sans couture. Sans concession, la botte martiale ultravirile s’assouplit progressivement à la fin du Premier Empire, tandis que les femmes de l’aristocratie marchent toujours sur des œufs. Trois pas de souris, pas plus que ne peuvent supporter leurs chaussons de brocart aussi minces et friables que du papier. Le reflet d’une intense activité… en comparaison des solides bottines de cuir noir que portent leurs servantes. 1830, une mini révolution passe inaperçue : la bottine se conjugue au féminin ; un compromis subtil vers l’émancipation féminine… Ils avaient déjà lâché du leste sur les bottes d’équitations, concédées aux amazones pour leurs randonnées équestres – bien qu’à une seule condition : la sobriété – ils acceptent désormais qu’elles fouinent dans leur vestiaire. Comment les hommes n’ont-ils pas vu le danger s’immiscer sur la pointe des pieds ?
(bottine Barette, 1880)
Sans doute par faiblesse des sens… Laçage latéral ou enfilade de petits boutons ronds, la bottine enivre la raison. D’une mode qui comprime le buste des femmes dans des corsets, elle enchâsse bientôt le pied et le mollet dans des exiguïtés de cuir ; pied menu pour de menus plaisirs… Il s’agit surtout de dissimuler le pied, objet de mille tentations. La morale victorienne, dans sa négation du corps, veut ravir au regard masculin les chevilles féminines. La reine Victoria somme son bottier de guérir cette déviance pernicieuse. J.Sparkes Hall imagine alors un modèle adapté aux promenades bucoliques dans les herbes écossaises du château de Balmoral. Pourvue de semelles résistantes, plus haute, bicolore et lacée sur le devant, la « botte de Balmoral » est adoptée à l’unanimité par ses sujets. Créée pour apaiser les ardeurs, elle ne fait pourtant que les raviver. Les interdits poussant au vice : un soupçon de jupon relevé et c’est l’émotion. En soulignant le galbe du mollet, le laçage étroit et compliqué de ces bottines montantes stimule les rêves érotiques de ces messieurs. Et le retour du talon n’est pas pour leur déplaire. Ainsi apparaît, dans cette Angleterre pudibonde baignée de tabous, le fétichisme. Bottes et talons hauts ne seront plus jamais dissociés du mot érotisme. L’amour est chaste quand la femme ôte ses bottes, pervers quand elle les garde. Nul doute, la femme a trouvé son arme de séduction massive…
(bottine de Balmoral)
Pas question de s’arrêter en si bon chemin. Après la démocratisation de la bottine due à la Révolution Industrielle, qui fait naître une once d’égalité entre les classes et les deux sexes, deuxième avancée pour l’émancipation féminine : les premières bottines imperméables. Il fallait y penser : imperméabilité = mobilité = liberté. Miracle, les femmes sautent dans les flaques, Vive les bottiers ! Les robes se relèvent et découvrent le pied, ce qui enhardit les fabricants à rehausser leurs créations d’excentricités. A la Belle Epoque, rien n’est jamais « Too much » pour se rendre à l’opéra, surtout pas les motifs floraux et ornithologiques. Une oisiveté qui a fait son temps et que la guerre des tranchées ne tolèrera pas. Les femmes deviennent actives. Les lacets sont de trop, le temps n’est plus à perdre. Aussi crie-t-on au génie quand le bottier Charles Goodyear décide de les bannir. En 1915, l’ourlet remonte pour cacher encore ce genou que Melle Chanel ne saurait voir. Ce faisant, il relaye la bottine au grenier qui se fait piquer la vedette par l’escarpin, nouveau faire-valoir des bottiers. Les hommes se réapproprient leurs biens.
(bottine from USA,1920)
Passé le traumatisme des deux guerres, on ne peut plus voir la botte en peinture. Assimilée à la botte du IIIe Reich, il faut laisser passer deux décennies pour l’effacer de sa douloureuse mémoire. Le New Look ne leur laisse d’ailleurs aucune chance car on verrait mal une paire de bottes s’accorder aux jupes amples, tailleurs et total look Dior… La femme revient à ses premiers amours, la coquetterie, celle qui lui a tant manqué pendant la guerre. Ne lui parlez pas de féminisme, elle n’en a cure. Elle veut être belle et désirable, tout simplement.
(rien à voir avec les années 50, mais je la trouvais vraiment très élégante/galante cette bottine 1880 en chevreau de Hayes, alors au diable la chronologie !)
Les années 60 ne l’entendent pas de cette oreille. Avec la contestation étudiante, le mouvement féministe reprend du galon. La révolution sexuelle est en marche. Il lui faut un symbole fort. Et de retourner fouiller dans la penderie de leurs hommes. Cette paire de botte sera parfaite. En 1962, la presse s’étonne de ces hautes bottes remises au goût de l’époque par Balenciaga. Trois années plus tard, Courrèges achève la métamorphose. La botte lorgne désormais sous les minijupes des filles, la bottine s’écrase sous les pantalons droits. Un effet boule-de-neige qui déguise la femme en « Power Woman » ou en femme de la galaxie. Bottes en cuir à talons aiguilles d’Emma Peel ou « Go-Go Boots » cosmiques en plastique blanches de Courrèges, à chacun son style. Les Beatles optent pour le bottillon à gousset élastique, Barbarella (alias Jane Fonda) pour les cuissardes, John Travolta pour la santiag, Janis Joplin pour la bottine « Flower Power » seventies, les Claudettes pour les « Disco boots» à paillettes… Les années 80 raffolent de la haute botte en cuir de la business woman. Et les années 90 des boots Doc Martens, qui avec un jean ou des collants dentelle, remporte tous les suffrages.
(Go-Go Boots Courrèges)
La suite n’est qu’une longue liste de noms qui font rêver : Kélian, Jourdan, Hardy, Cox, Clergerie… Bottine mutine ou botte impérieuse, selon, donnent aux femmes une allure désinvolte de femmes fatales, lascives et dompteuses. La demande est telle que les designers d’Ikea se mettent à concevoir des dressings adaptés à la hauteur des tiges de bottes. Légitimée par tous, la botte se fond aujourd’hui si naturellement dans le décor que l’on en oublierait presque son côté « réac » ou subversif. Quant à la bottine, devenue ringarde, il a suffi d’un anglicisme pour lui redonner de l’éclat: Low Boots, ou comment faire du jeune avec du vieux. La barrière des sexes est bel et bien franchie, banalisée au point que la tendance s’est inversée, la botte est désormais attribut féminin ; si bien que l’on serait choqué de voir un homme arborer des cuissardes en ville. Reste encore les catwalks où tout est permis, et ce n’est pas Galliano qui s’en prive…"
(là non plus pas de logique, mais pour finir en élégance, je trouvais que cette bottine 1880 - encore ! Décidément ce sont les plus chics - cristallisent toute l'image/l'idée que l'on se fait de la bottine mutine. Quand aux bottes impéreuses, pas besoin de venir sur ce blog, vous en trouverez à tous les coins de rue..)
I hope you have enjoyed it !
Bio Twiggy la Brindille
Toujours dans la continuité, ma dernière biographie pour Magazine — qui vient de sortir ! (pour ceux qui le ratent toujours, cette fois vous n'aurez pas d'excuse...)
Donc oui, une biographie sur Twiggy, notre icône à toutes !
Elle m'a vraiment plue cette bio à écrire, je ne sais ce que vous en penserez, mais moi j'y ai pris du plaisir...
Je vous laisse la découvrir par vous-même cette brindille..
1949 : Naissance à Neadsen dans la banlieue londonienne, d’un père menuisier, d’une mère ouvrière en imprimerie et caissière en supermarché.
1965 : A 16 ans, Lesley Hornby mène encore une vie paisible chez papa et maman. La semaine, elle bûche sur son bac, le samedi elle est shampouineuse pour gagner de l’argent de poche qu’elle dépense illico en petites robes hors de prix, le dimanche elle danse avec ses copines sur les tubes des Beatles. Passe un drôle de gars en Triumph Spitfire décapotable, Nigel Daves. «Que vous avez de beaux yeux, Mademoiselle». Il l’entraîne chez Léonard ; une coupe à la garçonne, un balayage et des rajouts de faux cils plus tard, son air lunaire placardé sur la vitrine du meilleur salon de coiffure londonien fait mouche. Passe la rédactrice du Daily Express pour une coupe-brushing. Le lendemain, elle fait la couv’. Lui manquait un pseudo : Twiggy, dit « la brindille » (on comprend pourquoi :1,69m pour 41kg). Nigel, son pygmalion-agent-amant, devient Justin de Villeneuve, se réservant la particule et le pactole.

1966 : Elle rêvait d’être styliste, elle est devenue icône. Paris l’acclame, New York la convie en super-star, Tokyo lui affrète un avion charter. A une presse déchaînée, elle répond de sa verve et de son accent cockney, que personne ne comprend. On lui lance une collection éponyme, elle en ajoute une autre de sous-vêtements et met toute la ville au régime. On lui augmente son cachet de 300 à 1000 francs l’heure de pose, elle claque tout en Rolls et Jaguar, avant même de passer son permis. On lui fait pousser la chansonnette, elle ne s’émeut pas de son flop. Pas le temps de se retourner. Mary Quant et sa minijupe la prennent en égérie, The Daily Express la couronne « Face of 66 », et l’Amérique « Woman of the year », mais elle ne peut assister à la remise du prix, en raison d'une poussée d’acné.
1969 : Après quatre années d’hyperactivité, Twiggy reprend son souffle et décide de quitter la fashion car «On ne peut pas servir de cintre toute sa vie ». A 20 ans, elle est multimillionnaire (avec un salaire dépassant celui du Premier ministre) et déjà retraitée. Il faut penser à la reconversion. Ce sera la chanson et la comédie, pas très original, mais elle ne peut prétendre au job de caissière.

1972 : Sur le conseil de son ami Paul Mc Cartney, elle va toquer à la porte du très controversé metteur en scène Ken Russel. Il lui fait miroiter un premier rôle dans sa comédie musicale The Boy Friend, sous réserve qu’elle apprenne les claquettes. Elle s’acharne, remporte le rôle et deux Golden Globe Awards. Puis elle tombe amoureuse… de l’acteur américain Michael Witney. Et plaque tout pour lui: l’Angleterre, la gloire, papa-maman. « Je ne rêve que d’une chose, me marier et avoir des enfants » déclare-t-elle à la presse avant de s’envoler en lune de miel aux Etats-Unis et de disparaître des kiosques.

1974 : A 25 ans, elle rédige son autobiographie. Tant de choses à dire, déjà, dont cet aveu qui fait rager plus d’une boulotte ; elle qui, la première, avait déclenché la polémique sur le modèle anorexique qu’elle imposait aux jeunes filles : « A 16 ans, j’étais une petite chose fluette et marrante a





