26 janvier 2008
Interview Marc Audibet
Il y a quelque temps, je découvrais une interview très intéressante de Marc Audibet, dans Magazine (N°36, Octobre-Novembre 2006).
Si vous avez appris la nouvelle du départ de Marc Audibet de chez Vionnet, après seulement un an de persévérance, cette interview réalisée par le fameux Cédric Saint-André Perrin tombe à pic puisque toujours aussi actuelle.
"Créateur culte et vaguement maudit, Marc Audibet a marqué l’histoire de la mode des années 80 en développant une mode exigeante et visionnaire, ayant mis au point des tissus extensibles , il élargit la notion d’élasticité, habituellement réservé au jersey, à des tissages classiques comme le lin, la mousseline ou encore le satin. Ses recherches textiles lui permirent de décliner des vêtements sans fermetures, ni boutons, s’enfilant comme des t-shirts. L’aventure n’aura qu’un temps mais l’influence de Marc Audibet sera grande."
- Qu’est-ce qui vous a amené à créer votre griffe dans les années 80 ?
- Cela faisait plusieurs années déjà que j’exerçais ce métier, chez Cerruti notamment, et j’étais fatigué de la répétition des mêmes thématiques. On était toujours dans cette démarche du revival qu’avait lancée St Laurent dix ans plus tôt. Je voyais un décalage s’installer entre la rue, où les vêtements de sport commençaient à prendre de plus en plus d’importance, et les podiums. A l’époque, au début des années 80, les gens détournaient les anoraks de ski en ville, il n’y avait rien de cela dans les collections de mode. Les tenues de danse me semblaint plus modernes que bien des propositions de créateurs…
- L’idée, c’était d’échapper au système des tendances ?
- Oui, je souhaitais traiter le vêtement comme un objet de design et non plus dans une optique de renouvellement permanent destiné à soutenir la consommation. Le système me semble essouflé ; il y a toujours cette obligation de faire un semblant de révolution tous les six mois. Or, on ne révolutionne pas le vêtement non-stop. Les cycles sont plus longs. Une saison, c’est trop rapide pour mener de vraies recherches de fond. Aujourd’hui tout s’est encore accéléré, c’est la course au renouvellement permanent — Pré-collection, collection, croisière… Cette démultiplication des offres fait que les gens qui travaillent, des fabricants de tissus aux modélistes, n’ont plus le temps de rien. Tout est devenu plus rapide, mais on se demande pourquoi.
- Dans les années 80, vous misez des recherches textiles pour votre propre ligne…
- Tout a commencé dans les années 20-30 avec le tulle, qui est un jersey, pour les gaines, afin d’aplatir les seins et les hanches. C’est une matière peu élastique, alors utilisée pour la contention. Puis ce furent, après-guerre, les premiers maillots de bain en fibre Polyester. Quelques vêtement de ski aussi… Dans les années 70, il y a l’arrivée du Lycra, mais toujours associé à des jerseys, décliné dans des tenues de sport. Dans les années 80, j’ai fait glisser le Lycra vers des matières tissées pour des tenues de ville. Mais je ne voudrais pas passer pour un raseur hyper technique. Ma démarche était tout autant motivée par des fantasmes ; j’ai toujours été attiré par l’image, nourri de références hollywoodiennes. Pour remodeler sa ligne, Marlène Dietrich portait sous ses tenues de scène des sortes de justaucorps en tulle chair cousus par des fils de caoutchouc. Ces « secondes peau » réalisées dans les ateliers de Balmain ont trouvé écho dans mon imaginaire.
- Pourriez-vous aujourd’hui mener ces mêmes recherches de textiles ?
- Je ne pense pas. Le sytème permet de moins en moins d’expérimentations. Il y a moins de budgets pour la prospection chez les filateurs. Il y a aussi simplement de moins en moins de fabricants. Je vois bien pour les collections que je dessine à droite à gauche les difficultés énormes pour obtenir une couleur spéciale, des métrages en temps et en heure. Alors, étudier de nouveaux tissus, vous n’y pensez pas !
- En vingt ans, trouvez-vous que les systèmes de la mode aient beaucoup évolué ?
- La mode n’a pas changé dans ses fonctionnements. C’est même encore plus caricatural ! On est tombé dans ce que Baudrillard appelait l’hyper-réalité. Telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, la mode relève du virtuel. On construit des univers fantasmagoriques globaux déclinés en de très petits éléments – sacs, souliers, lunettes solaires – pour alimenter la consommation. Mais la mode n’est plus une réalité en soi. Il s’agit de projections subjectives au travers d’images, celles des défilés, celle de la presse. Les vêtements présentés sur les podiums n’ont pas pour finalité d’être portés ; ils accessoirisent les accessoires.
- Vous étiez dans une démarche de moderniste, en pleine période post-moderne…
- Oui, parce que d’après moi la modernité n’a jamais eu lieu en mode. Dans la littérature, la peinture, l’architecture, ça a été la révolution permanente entre 1890 et 1930. Je ne suis pas sûr que la mode soit vraiment compatible avec l’idée de modernité. Je ne sais pas…
- Etrangement, votre travail trouve écho, vingt ans plus tard dans les co-brandings entre Adidas et Yohji Yamamoto, ou encore Stella Mc Cartney. Voire même les collections Nike Women. Techniquement et stylistiquement parlant.
- Au fond, la démarche s’est faite à l’inverse de ce que je proposais : ce ne sont plus les gens de la mode qui s’emparent du sport, mais les industriels du sport qui intègrent la mode à leurs logiques. Aujourd’hui, le sport est avant tout une réalité esthétique.
- Vous restez une sorte de puriste du vêtement…
- J’ai appris ça à travers la couture et j’y reste très attaché. Il est de bon ton de parler de la mode comme d’un art, mais il y a avant tout un art de la mode, et il réside dans la technique. Mes héros, ce sont Madelaine Vionnet, Paul Poiret, Cristobal Balenciaga, Coco Chanel et Claire Mc Cardell – pionnière du sportswear américain. J’ai aussi un faible pour Mario Fortuny. Ce sont les plus importants du point de vue de la création parce qu’ils ont questionné le vêtement dans ses structures mêmes. Quand j’ai crée ma marque en 1984, ce qui m’intéressait – très prétentieusement au fond – c’était de faire un acte de création. Une de mes erreurs a été de ne pas comprendre que la mode repose sur des histoires de tendances. Ces tendances intéressent plus les médias qu’elles ne créent de nouvelles propositions vestimentaires. Lors’qu’un designer propose une recherche personnelle, elle n’est pas comprise. Mais si son idée est copiée, ou qu’ils sont deux à travailler dans la même direction, on appelle cela une tendance. La presse s’y intéresse alors…
- Pourquoi cet attachement à la technique ?
- Je suis passionné par la coupe, l’équilibre du vêtement. La structure même d’une pièce incite la personne qui la porte à une attitude différente. Prenez l’exemple des poches : si vous les placez basses, sur un pantalon, une veste ou une jupe, l’attitude sera nonchalante. Hautes, la femme va se tenir beaucoup plus droite – cela mettra ses seins en valeur – le look est plus hiératique. Cela détermine un représentation cool ou théâtrale du corps.
- Vous avez une haute idée de la création…
- Au fond j’ai cru à un espèce de rôle prophétique du designer. Vionnet, reine du biais, Dior super-ovni. Aujourd’hui, je suis plus nuancé sur cette mythologie des créateurs. La liberté du corps attribuée à Chanel ou Vionnet a certes été très intéressantes, mais elle s’est faite à l’intérieur d’une révolution sociale et politique. La guerre de 14-18 a sans aucun doute été plus importante pour la libération des femmes que les tenues en jersey de Chanel. Qui plus est, le jersey n’a pas été inventé par Mademoiselle Chanel. Il y avait déjà des tailleurs en jersey vers 1880, et pas uniquement le sport, pour des tenues de ville. S’il est vrai que la mode représente plus que tout autre domaine l’esprit d’une épque, elle demeure tout au plus un catalyseur.
- Votre regard a changé ?
- Tout est justement question de regard. Si on pense technique, Cristobal Balenciaga est le plus grand couturier des années 60, si on se place sous un angle social, c’est André Courrèges, parce qu’il a su traduire les revendications de la jeunesse – la jeunesse, c’est la grande affaire des années 60. Quand on regarde la structure d’un vêtement Courrèges, c’est un vêtement Balenciaga – il fut d’ailleurs son assistant. Courrèges a juste raccourci les jupes et fait sauter les mannequins en l’air. La mode se joue autant dans sa représentation que dans l’art du vêtement.
- C’est quoi pour vous un créateur de mode ?
- Cristobal Balenciag aimait dire : « Un bon couturier doit être : architecte pour les plans, sculpteur pour la forme, peintre pour la couleur, musicien pour l’harmonie et philosophe pour la mesure. » Aujourd’hui il faut être designer, couturier et styliste.
- Qu’est-ce qui a le plus évolué ces vingt dernières années ?
- Le rapport au corps. Le corps doit être jeune, rester jeune. C’est le principal sujet de la mode, ce n’est plus le vêtement qui compte mais le corps. Il faut donc toujours dévoiler un ventre nu, un décolleté… L’obsession, c’est de rendre ce corps désirable ou désirant – car après tout il s’agit surtout du désir de soi. Les femmes développent un rapport névrotique avec leur apparence, et comme on ne peut pas passer sur le billard au moindre nouveau pli…
- Et dans le métier ?
- La création des grands groupes de luxe, bien sûr ! Bernard Arnault a replacé le centre de la mode de l’Italie vers Paris. Il a fait revenir ce qu’on appelle la créativité à Paris. Etant un financier – un grand créateur financier d’ailleurs -, il a misé sur des créateurs jouant la carte de la performance. On est entouré d’as de la représentation médiatique ! Il est évident que la recherche de création vestimentaire n’est pas une priorité… Mais aujourd’hui, quand on parle de mode, tout est très confondu entre création médiatique, vestimentaire et financière. Ces données vivent ensemble. Mieux vaut donc ne pas être trop puriste… A lire la presse, ce sont d’ailleurs les grands groupes qui ont les plus grands stylistes. Le génie d’un directeur artistique se juge à la puissance du groupe pour lequel il travaille. Peu de gens passent à travers les mailles du filet. Il y a certes quelques Japonais – mais ils sont là depuis 25 ans, et on ne va pas déboulonner les dernières idoles rescapées des années 80. Reste aussi Martin Margiela, encore qu’il ait été racheté par un groupe très puissant.
- Prada, Trussardi, Hermès, Ferragamo…, vous avez travaillé pour une flopée de grandes maisons…
- Oui, je suis un nègre. J’ai besoin de vivre comme tout le monde. Quand on travaille pour des maisons, la démarche est ambiguë : on prend une distance – ce n’est pas vous qui êtes en première ligne, c’est une marque. Ce détachement vous permet d’élucubrer plus facilement sur des thèmes connus. On répond aux attentes, sans les tâtonnements de la création. Et parfois, le résultat est presque meilleur, enfin plus facile.
- Vous étiez le coach de Miuccia Prada à ses débuts dans le prêt-à-porter, vers 92-96.
- J’étais son prof, pour la mode. Ma connaissance du monde industriel italien et de la couture française m’a permis de créer des passerelles, d’élaborer le système Prada. J’ai toujours dessiné les collections comme des scripts de cinéma. Miuccia travaille toujours dans cette optique.
- C’était une bonne élève ?
- Miuccia est une femme de grand goût. J’ai toujours eu beaucoup de tendresse pour les Prada. Par une espèce de détachement presque aristocratique, Miuccia ne se posait jamais la question de savoir si ses collections allaient marcher ou pas. Elle pouvait se permettre ce luxe, car les petits sacs se vendaient très bien. Patrizio Bertelli avait su développer les lignes et les licences autorisant cette liberté. On ne peut pas parler de Prada sans parler de Bertelli.
- Quel regard portez-vous sur son évolution ?
- Prada reste le leader absolu de la mode italienne. Qui plus est, la marque est très différente des autres créateurs transalpins. Son pseudo intellectualisme détonne dans un pays où l’on ne voit défiler que des bimbos. De mon temps, il y avait une certaine sobriété. Quand on regarde les dernières collections Prada, l’image n’est plus la même. On est passé d’une mode très minimaliste, très basique – mais très élégante – à quelque chose de plus compliqué, de plus décoratif. Le renouvellement est très intelligent. Mais au niveau de la structure des vêtements, elle retravaille toujours sur mes bases.
- Vous pensez à relancer votre marque ?
- Oui et je n’ai pas tellement d’autres alternatives, car le monde de la mode est dirigé par des gens entre 50 et 60 ans qui ne jurent – officiellement – que par des stylistes de 25-30 ans. Et comme j’ai plus l’âge des PDG que celui des designers, je trouve difficilement ma place dans le système actuel.
- Reste à trouver un financier…
- Et cela a toujours été compliqué. Les producteurs italiens ne financent que des créateurs italiens – jusqu’à preuve du contraire, les dernières griffes lancées c’est Alessandro Del Aqua et Giambattista Valli. Vous ne trouverez pas un japonais, un anglais ou un français financé par des industriels italiens. Les financiers, de quelque nationalité qu’ils soient ne s’intéressent pas vraiment à la mode, sauf pour faire émerger leurs propres designers. Les russes s’y mettent, les chinois ne vont pas tarder, dans la mesure où ils envisagent tous la mode comme une vitrine nationale. C’est une logique de communication.`
- Et pourquoi pas des financiers français ?
- Faisant très naturellement de la mode depuis 300 ans, les français ont mis beaucoup de temps à comprendre son importance. Il a fallu les années 2000, l’arrivée d’un Bernard Arnault pour voir des investisseurs. Mais rarement sur des développements de nouvelles griffes, plus dans des relances de vieilles maisons.
- Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans la mode actuelle ?
- Le sport, les chaussures de sport.
- La nouvelle génération de talents comme Nicolas Ghesquière vous interpelle-t-elle ?
- Oui, bien sûr, ça m’intéresse toujours de regarder ce qu’ils font. Même si j’ai parfois un œil très critique, je suis toujours émerveillé, car je sais qu’ils font un métier très difficile. Des gens qui, comme Nicolas Ghesquière, ont le courage de défendre une ligne de conduite, c’est plus qu’intéressant : c’est glorieux ! Ses relectures des pièces de Cristobal Balenciaga tiennent de l’historicisme ; il donne à voir ce que les gens attendent, c’est très malin. Mais, le plus important, c’est que les vêtements redéfinissent la silhouette féminine. Elle est ronde, alors que les dernières années le corps était carré. D’un point de vue esthétique, c’est une bouffée d’air frais.
20 janvier 2008
Exposition Bernhard Willhelm au MOMU de Anvers

Né en 1972, à Ulm, en Allemagne, Bernhard Willhelm termine ses études au département mode de l’Académie anversoise en 1998. Depuis 1999, il présente avec Jutta Kraus ses collections femme à Paris et lance sa ligne pour homme en 2004. La transposition (photo)graphique d’images contemporaines sont des éléments clés de son art. Castings atypiques, courts métrages, performances et mises en scène offrent une approche humoristique, engagée, et sans prétention de la mode, de l’art, de la musique et de la politique. Depuis 2000, il travaille régulièrement avec le duo d’artistes d’Amsterdam Carmen Freudenthal (photographe) et Elle Verhagen (styliste). En 2006, ils offrent au MoMu l’ensemble de leurs archives de vêtements, le pourquoi du comment de cette rétrospective précoce.

La main gigantesque dessinée pour la campagne de communication rappelle les étiquettes de Bernhard Willhelm —une petite main noire — figurant dans chaque vêtement. La main renvoie aussi à l’origine du nom de la ville d’Anvers qui signifie littéralement « main jetée ». La référence à cette légende n’est pas anodine. Willhelm fut designé par une journaliste allemande comme le successeur post-moderne des frères Grimm. Un langage grotesque et inventif d’images déstabilisantes, une fantaisie infantile faussement innocente... Avec une pointe d’ironie, il brave les tabous et perturbe les codes de l’habillement communément exploités par le milieu de mode.

Pour assurer le graphisme et la scénographie de cette exposition, Bernhard et Jutta ont invité les artistes suisses Taiya Onorato et Nico Krebs (qui travaillent depuis quelques saisons déjà à la conception des « look books » et des défilés). La scénographie s’est convertie en cadre complet. Chaque collection est présentée dans un décor différent, qui vous expose aux sources d’inspirations les plus variées et vous plonge dans l’univers inventif d’un créateur fou-fou. Des montagnes russes d’images et d’impressions…

Leur travail personnel se compose, pour l’essentiel, de photographies et d’installations, qu’ils ont déjà exposées dans différentes galeries internationales. Pour cette exposition, les DA ont collaboré avec la créatrice Sara Kueng, les concepteurs audio et média Roman Bleichenbacher & Michael Gross et les créateurs du bureau graphique Hi, Megi Zumstein&Claudio Barandun.

Au fil de l’exposition, chaque collection est présentée séparément. Les points de départ sont le plus souvent le concept graphique du look-book transposé par Onorato et Krebs en décor 3D. Ils ont surtout cherché à s’affranchir des éléments statiques du mannequin poupée, créant des nouveaux modèles à partir de mannequins d’occasion et d’articles jetables. Ce qui donne du "grand n’importe quoi" : mannequins hybrides avec plusieurs jambes, bras et têtes désaxés.
Visite guidée de l'expo, en images...
1ere salle : « Ghosts », collection Femme P-E 2004
Les costumes de fantômes installés dans le hall d’entrée ont été créés pour le film de l’artiste suisse Olaf Breuning « Ghosts » (2003). Les fantômes guident les visiteurs, de l’escalier du hall d’entrée à l’expo où ils pénètrent dans l’horreur d’une maison hantée. Cette collection fut exhibée au Palais de Tokyo. Le film met en image les hallucinations d'un homme projeté dans différents décors, d’un classique de l’horreur japonais « The Ring », au western américain, au gangsta rap et à un village Amish. L’homme rencontre ensuite un groupe de françaises et les incite à prendre des pilules d’ecstasy. Après la prise de drogue, les filles sont kidnappées par les fantômes. Elles réapparaissent soudainement vêtues de la collection et se retrouvent dans une chambre noire où les fantômes jouent à les brutaliser. Bouhhhhh !!
2eme salle : « Protest room », collection Femme A-H 2002-2003
Source d’inspiration : la scène alternative de gauche, les voyageurs, la vie de tous les jours.
Cette collection fut présentée sur la bande-son du journal télévisé allemand ARD’s Tagesschau. Les mannequins défilent sur le fond d’une bande-son d’un bulletin d’informations : d’abord celui d’un attentat à la bombe d’une synagogue de Djerba qui coûta la vie à plusieurs touristes allemands, puis celui des dernières nouvelles du sport et de la météo. La dure réalité associée à des faits divers ordinaires tranche avec la collection bigarrée : motifs arlequin, dessins de zèbre, gants en tricot et châles en forme de tête de zèbre, imprimés dinosaures aux couleurs vives et incrustés de paillettes et d’applications. Les vêtements ornés de points de tiges blancs sous un fond noir montrent plutôt des dessins de mauvaise augure :l’œil divin, un arbre gigantesque, un bûcheron et derrière lui, une échelle de Jacob avec des anges, des squelettes…

3eme salle : « Flowers in construction work », collection femme PE 2003
L’idée générale sous-jacente de cette collection est la construction de maisons. Le look-book est un collage/une bande dessinée dans laquelle les mannequins bâtissent des constructions qui semblent envahir leur environnement naturel : les fondations d’une petite maison en bois, une maison à moitié finie, des baraques très colorées en bois ou l’immense squelette en métal d’un arbre. Une présentation vidéo accompagne la collection. Sur la bande-son d’une chanson à boire allemande « Bier her, Bier her », les mannequins suivent une corde interminable en un cortège bizarre mené par une jeune fille nue portant une petite jupe faite de branches et sur le cou et le haut du corps, le dessin peint d’un arbre. Dessins floraux sur broderie, silhouettes féminines nues aux ailes de papillons brodées sur soie ou satin. Et plusieurs silhouettes masculines : un costume gris en tricot orné d’imprimés floraux, des sweats avec la bannière étoilée américaine. Cette bannière et autres symboles nationaux traversent les collections de Willhelm. Ils décorent les éléments graphiques et suggèrent un jeu complexe d’identité, d’origine, de politique et d’exotisme.

4e salle : « Japanese workers », collection homme, PE 2005
Inspiration : Les travailleurs des rues japonais dansent le Sirtaki. « Les Japonais ont une authentique culture exotique (oubliez les noix de coco). Du plus loin que je me souvienne, j’ai été fasciné par l’exotique. » relate Bernhard Willhelm au sujet de sa fascination pour le Japon.
Les pantalons bouffants XXL, ornés de gros imprimés graphiques de kimono aux couleurs contrastées, sont inspirés de la tenue des travailleurs de rue japonais. Les mannequins « planches de bois » revêtent sur leurs visages des photos de jeunes japonais branchés et portent des chaussettes colorées dans des chaussures de golf blanches.

5e salle : « Girl with Mobile Phone », collection Femme AH 2006-2007
Cette collection fut accompagnée d’une performance/installation en carton dans le gymnase de Bercy à Paris. Nico Krebs et Taiyo Onorato sont les dépositaires de ce concept. Ils se sont inspirés des filles de Shibuya, le nom venant d’un quartier de boutiques tendances de Tokyo. Les jeunes filles qui y flanent adoptent des styles extrêmes : du gothique au style Victorien ou punk. Tendance surprenante : les jeunes filles ganguro, bronzage UV, rouge à lèvre pâle, eye shadow vif avec un portable dans la main. La colllection se compose de motifs tie-dye colorés mais aussi noir monochrome créés à l’aide d’un professionnel de Tokyo spécialisé ds la teinture de kimonos.

6e salle : « Tiger collection », collection Femme AH 2005-2006
Cette collection se marque par les imprimés léopard — également lors du défilé, fixés sur les visages des mannequins à l’aide d’aérographes — ainsi que par la coupe expérimentale et asymétrique des vêtements. Les silhouettes à 4 pattes sont chaussées de baskets, de pantoufles et de bottes ornées de fausses fourrures. Les textiles sont imprimés de photos et de portraits défomés de l’équipe de Bernhard. Ces tissus semblent être un vague clin d’œil aux textiles « Dutch Wax » qui habillent beaucoup d’africaines. Autre imprimé : celui d’une photo d’une horloge murale du XIXe avec comme figures décoratives, le créateur lui-même maquillé en noir et vêtu d’une petite jupe de feuilles de banane jaunes d’or, quel humour ce Bernhard !). Un humour grave puisqu’il utilise aussi des images de leaders politiques et religieux. Fait important à noter :1ere collection de lunettes de soleil.

Le tout dans un bric à brac que l'on sent totalement improvisé (c'est ça le meilleur). Si j'avais compté toutes les figurines et babioles en tous genre présents dans cette cabane au fond du jardin, j'y serais encore !

7eme salle : « I am the one and only dominator », collection Homme PE 2006
Sur une bande-son décibélique, le denim moonwash, les imprimés en
relief (mousse synthétique) couleur bonbon, les imprimés de patrons de
jean roses et bleu vifs, la bannière étoilée, et enfin l’interprétation
des bottes Buffalo affiche une impertinence détonnante (oui, vous ne
rêvez pas ces « Ken » sont bien défroqués !)
Et que trouvions-nous derrière les grossières enceintes ??

Des maisonnettes illuminées !


8eme salle : « Tirolean room », collection Homme/Femme PE 2007
Lors du show, les mannequins se promènent dans une pyramide tissée de cordons fluorescents, sous la musique de Far Away.
Inspirée du costume traditionnel tyrolien et bavarois, des vêtements des voyageurs et du tourisme de montagne, textiles lourds en coton, tricot et tissus à gros carreaux côtoient soie et imprimés de petites fleurs. Derrière certains pantalons se cache la coupe d’un pantalon homme XVIIIe, quelques petits détails du XIXe comme le rabat en forme de cœur ou les vestiges du corsage d’un dirndl (costume traditionnel des autrichiennes) cachés dans un petit manteau à carreaux blancs et bruns.

Accessoires : lunettes de soleil « smiley », des gros sacs à dos, des chaussures de randonnée aux lacets fluorescents et des baskets à franges en laine et des chauffe-mollets.

Salle 9 : Complilation de « Look book » et publicités.

Salle 11 : Projection ciné des défilés et courts métrages avec nos amis les lavabos, allez comprendre !

Salle 12 : « Trashed room », collection femme AH 2004-2005
Présentée dans le décor d’une chambre d’adolescent entièrement détruite par 3 jeunes filles en costume de flanelle (le tournage de la session de saccage est diffusé sur un écran de télé), la collection est portée par des jeunes filles punk et des femmes qui défilent sur un tas de bric à brac et de déchets.
La forme et les dessins sont inspirés des articles jetables et des figures du « Happy Meal » de notre cher Ronald (costume de Mickey Mouse avec des moufles gigantesques, une coiffe avec des grandes oreilles...)

Salle 13 : « Camouflage collection », collection Homme PE 2004
Inspiration : les images télévisées du raid du palais de Saddam Hussein
La collection est conçue entièrement autour des imprimés camouflage, avec des figures innocentes comme des chiots frétillant de la queue et des kangourous, dans diverses nuances de gris. Les mannequins du défilé étaient en fait des stripteaseurs recrutés via internet. Ils suivent un parcours du combattant dans un décor intérieur gris monochrome. Dans le style du commando, ils rampent sous et sur les tables, descendent en rappel d’un lit superposé, font exploser des pétards, font des nœuds aux baillons et boivent du schnaps. Elément surréels : lunettes de soleil aux verres peints ou panneaux de circulation inexistants.

Avant de parcourir la partie finale de l'exposition, nous passons sous un souterrain abritant les créations Haute-couture ou personnalisées créées par Bernhard Willhelm pour une demande originale.

En illustration, la collaboration avec la chanteuse islandaise Björk dont il a dessiné la garde robe de sa dernière tournée mondiale ainsi que le costume sculptural qui orne la pochette de son nouvel album « Volta ».

Salle 16 : « Framed ghetto boys », collection Homme AH 2006-2007
Présentée dans un espace « musée » classique, cette salle est une bouffée d’air apaisante pour quiconque aurait l’esprit surchargé du « trop plein » scénographique. On peut effectivement reprocher le manque « d’aération » le long de l’exposition. Nous ne doutons plus de l’humour et de la florissante imagination de Bernhard après telle démonstration mais tout de même il n’a pas rendu la lecture aisée. Cette salle aux murs encastrés de cabines trompe l’œil, serties de grands miroirs, est donc vitale pour finir l’exposition sur une note « Zen ».
Des « ghettos boys » posent derrière des gros cadres (créés en collaboration avec Helicon Opleiding aux Pays-Bas) passant d’une grille de ghetto en métal à un cadre baroque doré.
Sur les vêtements, des techniques de peinture japonaises sont appliquées : effets dip-dye (chinage par teinture) sur des chemises classiques rayées ou effets tie-dye (teinture au nœud) sur des sweats avec des chaînes accrochées et des manteaux boule à capuche. Sur les tricots très spéciaux, l’utilisation du tweed et du tissu jacquard est multiple. Les chapeaux sont quant à eux fabriqués selon une technique de composition florale.

Salle 17 : « Super — The 90’s cape collection », collection Femme PE 2006
Inspiration : La super héroïne « Superwoman ».
De gigantesques logos superman sont brodés en points de tige sur des T-shirts et des capes. Mais bientôt, le logo, aux contours baveux, orné de longs fils noirs, transforme Superman en Supergirl. Pantalons denim stonewashed, jupes boules en néoprène, robes déchirées en fines franges, vestes trouées au laser volent à notre secours !
Les imprimés sont conçus en collaboration avec l’artiste allemand Carsten Fock. En 2006, Willhelm et Fock avaient dejà travaillé ensemble pour une expo intitulée « Black is also available in White » (Berlin et Stockholm)
Admirez ce petit pont chinois irradié par la lumière d'un ciel enguirlandé.. Rien n'est jamais trop kitsch pour Bernhard !
Salle 18 : « Black », collection Femme AH 2005-2006
Inspiration : le rap, la cocaïne, les nichons, MTV, le bling bling.
Des mannequins noires, défilant sur le rap d’Eminem, revêtent des blousons aux volumes amples entre bomber et caftan, des survêtements et pulls oversized. Velours, imprimés jaune d’or, motifs géométriques « assouplis », ou empreintés à la céramique précolombienne ornent le tout.

Salle 19 : « Fire, Ice and Brickstones », collection Homme 2004-2005
Cette collection inspirée des supers héros sportifs de l’Amérique, fut présentée par les membres d’une équipe de football américain. Ils posent avec leur propre épaulières et casques de protections devant un mur de briques en motifs trompe-l’œil. Les 5 éléments (et Mickey Mouse, toujours, décidément c’est obsessionnel !) feu, glace, briques sont repris en imprimés. Dans le look book, les joueurs apparaissent comme les supers héros d’un jeu vidéo.

Salle 20 : « Sex », Homme PE 2008
Inutile d’en rajouter, pour finir en majesté, une photo de Lukas Wassmann dont vous saurez apprécier la poésie…
06 janvier 2008
Louis XIV
Allez prenez une feuille, interrogation écrite !
J’espère que jeudi soir à 21h tapante, vous étiez devant France 2?
Cette fois, je n’ai pas été trop déçue...
(Portrait exécuté par Charles Le Brun en 1665)
Les costumes étaient somptueux, Louis XIV bel homme et la voix Off une berceuse agréable. J’ai même appris des choses… Tenez par exemple, vous saviez vous que le célèbre compositeur Lulli est mort de son art ? Au moment d’offrir un Te Deum à son bon Roi, il lève sa canne de chef d’orchestre, la rabaisse pour battre la mesure et pof ; la laisse violemment retomber sur son pied. Gangrène. Dead. C’est vraiment bête comme mort, mais quand on sait qu’à l’époque, une dent pourrie pouvait vous conduire au cimetière on se dit que Louis XIV est un miraculé. Enfin, il a tout de même donné, entre ulcères, rages de dents, fièvres et fistules (et là, quand on voit débarquer le Chirurgien de La Mort armé de sa faucille, on se dit : « Quelle chance d’être au XXIe s »). Mais je ne vais pas vous refaire le film…
Parce qu’il y a toujours des vérités historiques contestables. Prenez l’exemple du dernier Marie-Antoinette, Sofia Coppola n'a pas été épargnée… A-t-elle été plus intéressée par la bande-son que par le fond historique ? Je dois tout de même avouer que j’avais passé un moment agréable devant ce film. Il a beau être creux —mais branché, est-à-dire que tous les branchés sont creux ??? — la fraîcheur des couleurs et des personnages m’ont séduite. On peut avoir bien des griefs, ce cru Coppola&daughter offre tout de même une interprétation modernisée du film historique. Un bon dépoussiérage, de temps en temps, ça ne fait jamais de mal.
Pour revenir à notre épisode Versaillais, je suis restée un peu sur ma fin, difficile aussi de résumer le règne le plus long de l’histoire de France en 1h30. Je ne veux pas prendre la défense de la romance, mais France 2 nous a habitué à des trilogies, alors j’attends la suite, ou le début... Pourquoi un seul volet ? Petit problème de budget ou simple choix stratégique ? Bref, là n’est pas la question. La question étant: le costume !
Sachez tout d’abord que le règne de Louis XIV se décompose en 3 phases assez distinctes : la jeunesse, la matûrité, le déclin. 3 phases, 3 maitresses : La la Vallière, la Montespan, La Maitenon (ça c’est notre feuilleton qui simplifie, pour donner des axes, parce qu’en télé, comme en commentaire composé, on aime les axes de lecture.. Pourtant, je conteste : et la Duchesse de Fontanges, qu'en ont-ils fait ? (Elle légua pourtant gracieusement son nom à une coiffure, en participant à une chasse royale : ayant perdu au cours d'une chevauchée royale les rubans qui retenaient sa coiffure, la jeune duchesse s'était recoiffée avec sa jarretière. Le roi, conquis, complimenta son sens du raffinement, et la coiffure devint très vite à la mode.)
Plus sérieusement, les livres d’histoire découpent ces 3 phases de façon plus politique : Une période de Régence durant laquelle le jeune roi, fils d’Anne d’Autriche, est placé sous la tutelle de Mazarin et subit La Fronde (1643-1661) ; une longue période d’apogée, quand le Roi Soleil devient Maître absolu (1661-1700) et la fin de règne, triste et nécrologique (1700-1715). 50 années de règne qui influenceront profondément l’histoire du costume.
Images de ces vicissitudes…
(Le beau Louis)
(La Reine Marie-Thérèse, qui lui donna 6 enfants)
Notre feuilleton commence en 1662, date charnière de l’excommunication de Fouquet et du début des grands travaux de Versailles. Il occulte donc les années de minorité du Roi pour se concentrer sur la période flamboyante du règne. Mais pour une meilleure compréhension, reprenons au début. Quand, à 18 ans, la stature de Louis XIV ne faisait pas encore preuve d’autorité.
Vêtu d’un pourpoint de velours uni (vêtement ajusté et rembourré en usage dès le XIIe siècle, qui couvrait le cou jusqu’à la ceinture), sans broderies ni rubans, le jeune roi veut enrayer cette chasse à l’or que les galants de la Fronde avaient institué (mais qu’il remettra en vigueur quand il sera Soleil). Il réussit. Le pourpoint est raccourci, le haut-de-chausses (culotte courte) laisse passer, tout à l‘entour de la ceinture, un flot de linge. Les manches fendues cessent bientôt de lui plaire, on commence par les raccourcir au bénéfice de la chemise, puis on les ferme définitivement. Modifications inutiles : les jours du pourpoint sont comptés : il comporte trop d’ornements futiles. L’habit militaire le remplace définitivement vers 1670 et fournit à l’habit civil ses deux pièces capitales, la veste et le justaucorps.
A cette date, Louis XIV entend bien tenir sous sa coupe la noblesse. L’Etiquette est son carcan. Versailles achève de la dompter. Eblouir pour la tenir. En l’emprisonnant dans cette cage dorée, il la contrôle à tous les niveaux et devient l’arbitre de la mode. Une mode qui ne se décide plus à Paris mais à Versailles, et qui ne doit être que « Plaisir des yeux et chatoiement des couleurs ». Vêtements négligés et de deuil sont interdits à la cour. Quiconque désire plaire à sa Majesté doit lui ressembler. « Et Versailles de donner le ton à l’Europe entière. Mais ce qui fait la difficulté de dessiner nettement le costume de ce temps, c’est d’abord ce fait que l’ornement l’emporte sur le principal ; c’est ensuite que l’initiative individuelle est de plus en plus prisée. Une personne hardie qui se montrait avec quelque nouveauté bizarre était aussitôt imitée par tout un petit cercle, comme s’il n’y eût pas eu d’autre moyen de tenir son rang que de changer quotidiennement de tenue… »
(A droite, Louis XIV)
L’habit classique des belles années de Louis XIV est ajusté jusqu’à la taille, tombant en une jupe arrêtée aux genoux, manches larges qui s’évasent sur l’avant-bras en un parement très orné. A cette époque, le terme d’habit change d’application, il sert à désigner le justaucorps (plus tard sous le nom anglais de redingote). Justaucorps et veste deviennent deux tuniques ajustées, sans ceinture, qui se boutonnent l’une sur l’autre, et se taillent dans les riches draps colorés des fabriques françaises restaurées par Colbert. La veste hérite en partie des décorations de dentelles, de rubans, de broderies du pourpoint (à noter, l’extrême prodigalité de rubans sur tous les vêtements et accessoires. Sans être un fin observateur, vous n’avez pu passer à côté dans le film).
Pour se préserver des intempéries, on porte des manteaux demi-longs à manches et boutonnés qu’on appelle "brandebourgs", du nom de leur garniture qui tire elle-même son nom de son origine allemande.
Pour se donner de la prestance, on portait la perruque. Le roi n’aimait pas le grand feutre que son père avait si bien porté, il se décide pourtant à la porter dès 1673, mais sans poudre. Elle lui chatouille le nez. C’est seulement après 1700 que la farine devient à la mode. Les chapeaux sont bas de forme et à bords plutôt étroits (développement encore bien suffisant pour qu’on y enroule de grandes plumes). A la fin du règne on retrousse ces bords sur 3 côtés et la plume ne tarde pas à être supprimée.
Falbalas, jusqu’aux petit collet qui encadre la tête. On s’en tient d’abord au collet rabattu ; puis on attache ce collet avec une cravate de dentelle. Les rabats dégoulinent ensuite sur la poitrine en larges flots. Enfin le rabat cède la place à la cravate, dès l’adoption du justaucorps et de la veste. Un flot de dentelles postiches, s’attache au cou par un ruban, devenu pièce importante. En 1693, sous le nom de c"haconne" apparait un ruban, qui distinct de la cravate, vient flotter sur l’habit déboutonné ou sur le jabot. Jabot, c’est ainsi qu’on baptise l’ouverture de la chemise sur l’estomac. Il passe d’usage quand on se boutonne et que la chemise se montre à la ceinture en gros bouillons.
(La promenade de Louis XIV dans la Vue du bassin d'Apollon et du Grand Canal de Versailles, Denis Martin Pierre, 1713.)
Les chausses n'auront bientôt plus la cotte. Au milieu du règne, on suit de préférence une mode étrangère, d’importation hollandaise, celle des "rhingraves" (une ample culotte tombant tout droit dont la doublure se noue aux genoux). Cette mode dure jusque vers 1680, la véritable culotte va prendre le dessus. Il s’ensuit que les bas deviennent un élément primordial dans un costume recherché, il est d’usage de les assortir à la couleur de l’habit. Les premiers bas de coton, qui remplacent les bas de soie venus de Milan, puis d’Angleterre, datent des dernières années du XVIIe ; on les attache par une jarretière au-dessus du genou. Les canons avaient justement pour but de rejoindre ces deux pièces l’une à l’autre, chausses et bas. De vrais manchettes adaptées aux jambes, des flots de rubans et de dentelle retombant sur les bottes. Pareils fanfreluches disparaissent lorsqu’on adopte la tenue plus martiale de 1670. L’adoption de la culotte leur porte un coup fatal, car avec les bas apparents et longs, ils n’ont plus de raison d’être.
Quant à la botte, elle est à la noce sous Louis XIV. Une botte composée de cuir et de dentelles, à bouts carrés, épanouie à mi-jambe, peu pratique pour marcher. Et concurrencée par ces fins souliers à talonnette, garnis de nœuds sur le cou-de-pied. C’est seulement à la fin du règne qu’on revient aux bottes militaires, fortes et pesantes.
(N'est-il pas élégant notre Roi Soleil en costume "d'empereur" avec ses petits bas de soie et sa pointe de ballerine... Notez le talon rouge. C'est lui qui mit cette mode en vigueur, pour se démarquer de ses sujets. Bientôt, tous les nobles auront les talons rouges)




