Pour achever de vous convaincre de la grande richesse de l'exposition Lacroix, j’aimerais vous présenter aujourd’hui les mises en parallèle les plus significatives de l’expo.

« Présentés sur des mannequins de bois, les vêtements du couturier dialoguent avec des pièces historiques. Robe à crinoline, fourreaux, capes et boléros disent la correspondance intime, tissée à travers les âges, des couleurs, imprimés, formes et matières. » soulignait Florence Evin dans son article daté du samedi 10 novembre, Le Monde.

Article rondement mené qui préféra s’attarder sur ces mises en parallèle plutôt que de rabâcher une énième fois le dossier de presse. En voici quelques extraits illustrés :

« Le manteau de satin rouge à pois noirs, d’Elsa Schiaparelli (1939), créatrice proche des surréalistes, donne la réplique au fourreau gitan de Lacroix (1999). Ces deux pièces, ajourées en trompe-l’œil, répondent à la robe en serge ivoire, percée d’œillets de Guy Laroche (1966-1969). « Il est des moments de recherche qui fusionnent au même point » souligne Olivier Saillard..."

DSCF4627P1000079(le fourreau gitan Lacroix)P1000080(A gauche, robe à oeillets Guy Laroche; au premier plan, le fameux manteau Schiaparelli)

"... Comme cette rencontre inédite autour d’une fine rayure rose vif et noir, qui met en écho un ensemble caraco et jupe ronde en taffetas (1780-1790) et une robe Polyester de Dorothée Bis (années 1970), électrisée par la soutane bayadère à effet faux-cul Lacroix (2002)."

P1000040(A l'extrême gauche, duel de rayures roses et noires, caché par la soutane bayadère Lacroix)DSCF6887
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"Les décennies ont leurs couleurs : 1935, c'est noir et blanc, constate le couturier... Les thèmes m'ont été dictés : les toiles d’araignée – robes en dentelles graphiques – de Vionnet, Schiaparelli, Sonia Delaunay sont comme une suggestion de la disparition du vêtement."

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"J'ai mélangé toutes les époques. Le manteau de velours brodé de jais 1900, de Cléo de Mérode, côtoie la soie métallique grand soir d’inspiration Sargent de la collection été 1996." commente cet expert en histoire de l'art..."

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"... qui s'émerveille devant la plus ancienne pièce présentée, un tricot de soie vert et or, datée autour de 1610 ,qui pourrait être du Missoni, griffe italienne."

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"La robe chemise en Rhodoïd de Courrèges, renvoie à une robe 1820 raidie. « Même chez celui qui a été l’icône de la modernité, il y a quelque chose de passéiste » remarque Lacroix, intarissable sur la question. Et le couturier de raconter que, jusqu’à la Révolution française, la mode ne regardait jamais en arrière. Depuis, elle ne serait qu’un éternel recommencement. Le XIX fait référence au gothique et à la Renaissance, l’impératrice Eugénie se prend pour la Pompadour. Poiret retrouve le Premier Empire. 1920 s’inspire des romantiques. 1940 du Second Empire. Les années 50 saluent le retour du charleston. Dans les années 60, le Moyen-Age pointe. Aujourd’hui on regarde la décennie 80."

P1000095(A l'extrême droite, la fameuse robe Courrège en Rhodoïd)

"Il y a aussi quelques pièces d’exception : la robe peinte par Jean Dubuffet (1973, du cycle de l’Hourloupe), jamais exposée, voisine avec la robe-manteau de Lacroix, en satin, également peinte à la main, de sa première collection (1987), évoquant la Lola de Valence de Manet."

P1000186(A l'extrême gauche, la robe-manteau lacroix; quant à la Dubuffet, on ne peut pas la louper !)
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Pour l'anecdote, cette robe témoin de l'intime relation entre l'art et la mode fut spécialement créée par Dubuffet pour une conservatrice du MET, à l'occasion du vernissage de son exposition monographique. Celle-dernière, vexée d’être considérée comme un « objet d’art », n’a jamais voulu la porter. On croit rêver !

"Le final est en noir, "avec des choses à perdre la tête" confie le couturier : une robe en satin ciré de Maggy Rouff (1935), des tuniques transparentes 1920, une robe Baby Doll Balenciaga (1958) et le précieux pourpoint à basques brodé de jais porté sur une jupe en taffetas bouillonné de sa collection hiver 2007."

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Enfin, dans une interview pour TGV Magazine, il répondait à la question : "Quels sont, selon vous, les modèles incontournables de l'exposition, ceux qui ont marqué l'histoire de la mode de façon significative ?" par cette humble réponse :

"Nous n'avons pas cherché les modèles clés qui ont été vus beaucoup, mais les pépites moins connues, comme les robes brodées de Mainbocher (1937-1938), jamais vues, si contemporaines ou telle robes de merveilleuses fin XVIIIe, tout en transparence, et Poiret, bien sûr, puis Vionnet... Plutôt que ces charnières archiconnues, j'ai plutôt souhaité remonté le fil des modes vraiment portées, toutes "toilettes" comme on disait, commandées, portées puis léguées, témoins d’élégance dont nous rêvions de retrouver l’allure, par la silhouette, l’artisanat, les matières disparues ainsi que les accessoires importants comme les chapeaux qui confirmaient l’air du temps et la pertinence des silhouettes. Enfin ce ne sont que mes histoires et non l'histoire de la mode, je n'aurais pas eu la prétention de graver ma version dans le marbre. Juste celle de mettre en valeur les collections du musée, leur personnalité. Tous ces dons qui n'avaient pas vu le jour depuis longtemps malgré leur qualité et leur intérêt. "