Poirette sur les pas de son Pygmalion

Le Boudoir de Poirette

22 novembre 2007

Mannequinage, mode d'emploi

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Pour répondre à l’attente de Super Tomate qui travaille aussi dans le domaine de la muséologie, et qui m’a fait remarquer que je n’ai pas été assez explicite lors de mon dernier compte-rendu, je vais aujourd’hui m’attarder plus longuement sur un point qui suscite bien des questions : Le mannequinage.

Le mannequinage, qu’est-ce que c’est les amis ? Ou encore, qu’est-ce que le mannequinage ? Le mannequinage : qu’est-ce donc ? Que sais-je du mannequinage ?
Ouh la la, trop de questions, une à la fois s’il vous plaît.
De la manière la plus claire et pédagogue possible, des illustrations plein mon panier, je vais tenter d’éclairer vos lanternes...

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Précédemment, je vous avais donné la définition suivante : « Le mannequinage est l’action de « sculpter » un vêtement sur un mannequin de bois, en respectant la morphologie de l’époque et les courbes de sa détentrice. »
C’est un peu succint, remontons à la source avant tout...

Je ne sais pas si vous prêtez beaucoup d’importance « au support » du vêtement lorsque vous parcourez des expos mode, (d’ailleurs il serait intéressant de confronter nos points de vue : Sur quoi vous arretez-vous ? Quelle est pour vous la condition sine-qua-non d’une bonne expo mode ? ) ; moi si.

Nombre de fois n’ais-je été déçue de ces mannequins outrageusement « vulgaires » ou « désincarnés » — mon plus atroce souvenir restant celui de l’exposition « Robes de cocktail » au Musée de la Mode de Marseille (2006). Des mannequins chagasses à l’allure « panthère noires » ébouriffées de tignasses rousses crépées au fer à brûler (et en plus Loréal se vantait de leur avoir soigné leur coupe, bonjour le cadeau, je n’aurais pas voulu leur prêter ma tête !) Bref, pas étonnant qu’il ferme bientôt ses portes ce musée, depuis le départ d’Olivier Saillard, c’est un désastre.

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Cette question du support est à mon avis la plus épineuse… Car le mauvais goût flirte souvent avec la luxuosité d’une étoffe, ce qui est complètement antinomique. Inversement, lors de l’exposition Nan Kempner (septembre 2006-février 2007) au MET de NY, la scénographie était originale et le mannequin assez élégant mais cette fois, c’est le vêtement qui n’était pas à la hauteur (on aurait dit le placard de ma tante Yolande, années 80 épaulées, St Laurent clinquant, Total Look Dior embourgeoisé…) En somme, je ne suis jamais réellement satisfaite.

Mais c’est peut-être ça qui m’attire dans cette performance : le « peut toujours mieux faire ». Pour à chaque nouvelle expo se demander quels seront les subterfuges utilisés pour anoblir la cause. Car exposer des tableaux, sculptures ou photos me semble moins risqué. Il s’agit de transcrire une œuvre biographique, une thématique mais pas de redonner vie à un corps. Le vêtement c’est une autre paire de manches, il s’exprime difficilement sur un corps inanimé. Or, faire poser des mannequins vivants dans des vitrines ne seraient pas éthique, et puis il faudrait les hydrater toutes les heures, non ça ne serait vraiment pas pratique. Nous n’avons pas le choix, il nous faut pallier à ces contraintes : sympathiser avec les portes manteaux ou dépérir ! Sinon, c’est la mort de l’Art !

Et puis c’est mignon un ptit porte-manteau, avec sa tête crochette et ses épaules corolles. On peut le décliner sous toutes les formes et couleurs, il peut être pulpeux ou décharné (mais quand même le cintre boudin c’est mon préféré) et si vraiment il se la pète il peut même s’appeler Chanel, Rochas, Balenciaga… Oui, ils me touchent ces être hybrides, je leur fait du gringue lors des showrooms, je rêve de plonger dans un « parc à cintres » (quand ils auront compris à Mc Do que les parc à boules c’est old fashioned) et je suis devenue cleptomane depuis que je les collectionne…(hé oh à chacun ses lubies, y en a c’est les papillon séchés ou les bouchons de Vittel, moi c’est les cintres et ça ne veut pas dire que je sois cintrée !)

Oh la la on s’égard, je ne pense pas que dans le « Que Sais-je du mannequinage ? » ils soient très contents de ma méthode éducative. Reprenons du galon.
Sur un questionnaire de satisfaction, je situerai donc cette question en 3eme case, après le commissariat d’exposition et la scénographie; bien que le choix du support s’intègre dans la rubrique scénographie (mais ils ne sont jamais clairs dans leurs questionnaires de toutes façons). Certes le scénographe a son mot à dire sur la question, mais ici au Musée de la Mode Rue de Rivoli, c’est Olivier Saillard qui dessine et décide, en adhésion avec le couturier exposé bien sûr. Ah quel artiste complet, il a de l’or dans les mains cet homme. Ode à Saillard ! (ça y est je lance un lobby « Groupies de M. Saillard » sur Facebook, venez me rejoindre !).

Mais revenons à l’exposition Lacroix.
Pendant un an, chaque vendredi, M. Lacroix est venu se plonger dans les réserves du musée avec cette petite idée derrière la tête de présenter au grand public des pièces inédites. Car qui sait toutes les merveilles que dissimule le MMT (Musée de la Mode et du Textile)... Si vous partagez cette même émotion, je vous assure que vous retrouver nez-à-nez avec des kms de penderie et de placards à chaussures reste un plaisir sans nom.

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Dans un soucis de fidèlité, le support devait transcrire cette accumulation tout en se faisant le plus léger possible.
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Et quoi de plus approprié qu’un cintre ? Un cintre revêtu d’une housse de coton blanc au crochet poli pour donner un aspect vieilli. Mais le cintre est fourbe, s’il ne prend pas de place, il ne valorise pas forcément le vêtement. Alternative salvatrice : un buste de plâtre en guise de dessous avantageux.

DSCF6444(Afin que vous notiez la différence : la petite robe jaune de princesse tombe droite sur cintre tandis que la robe à tournure mannequinée sur buste est autrement en forme)

C’est là qu’intervient le mannequinage avec ses gros ciseaux !
Car le mannequin Stockmon standard, taille 36, c’est bien sympa mais ça flotte sous un tailleur 42. Et Dieu sait qu’il y en a des femmes boulottes, la logique des choses étant qu’une femme « aisée » peut plus facilement se payer de la haute-couture qu’une jeunette.
Et si ce n’était qu’un problème de taille... Le plus important, je vous le répète est de respecter la morphologie. Une robe 1930 n’aura pas le même profil qu’une robe 1950, un tailleur 1940 n’aura pas la même carrure qu’un tailleur 1950…

Pour pour de clarté, voici un petit lexique « morphologique » et chronologique (vraiment très sommaire) :

Ligne 1er empire : Taille haute marquée sous la poitrine, manches ballons, hanches étroites, traîne. Etoffes légères, grands châles en Cachemire.

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Ligne XIXe : Style romantique, robes à crinolines et tournures.

DSCF6399(Robe à tournure dite "à la Polonaise", 1870-75)
DSCF4563(Robe en deux parties, 1890)
DSCF6434(En cours de mannequinage, robe orange Charles-Frederic Worth,1893)

Ligne 1900 : Corsetée, buste en saillie, poitrine applatie et remontée sous la gorge, taille étranglée, arrière-train basculée vers l’arrière ; dite Ligne S.

DSCF6224(Deux visites, dont l'une portée par la célèbre Cocotte Cléo de Mérode, à gauche)

Ligne 1910 : Reprise de la ligne Empire, dite robe Directoire. Poiret jette le corset aux orties et révolutionne la mode avec une silhouette libérée de toute contrainte.

P1000086(Deux robes Poiret)
DSCF6344(Robe Jeanne Paquin)
DSCF6388(Robe non griffée)

Ligne 1920 : Taille basse, hanche et poitrine effacées, longueur genoux. Androgynie, emprunts au vestiaire masculin. Robes perlées pour le « Fox-Trot »

DSCF4520(Robe non griffée)
DSCF4558(Au premier plan, robe non griffée; au second plan gauche, robe perlée Jacques Doucet, 1927;)

Ligne 1930 : Longiligne et filiforme, hanches étroite, petite poitrine. Longueur au sol, réminiscence des manches gigot 1900. Robes longue du soir.

DSCF4590(Robe "Papillons" Schiaparelli, robe violette à motifs "chapeaux" rose Madeleine Vionnet)
DSCF4591(Robe en velour rose et noire Schiaparelli)

Ligne 1940 : Carrure épaulée, taille cintrée, basques prononcées, longueur genoux. Tailleur militaire.

P1000121(Tailleur Lucien Lelong à gauche, Jeanne Paquin à droite)

Ligne 1950 : Epaules corolles, poitrine pigeonnante, taille sanglée, hanches accentuées, longueur cheville. Robes de cocktail à double juponnage.

DSCF4508(Robe de cocktail Dior)
DSCF6393(Robe Chanel, 1955)
P1000030(Tailleur Dior)

Ligne 1960 : Ligne trapèze, effacement des signes de féminité, jambes interminables. Mini-robe de femmes-enfant. Futurisme, mouvements punks et beatniks.

DSCF6519(robe trapèze Pierre Cardin)DSCF4523(Ensemble robe et veste, Emmanuel Ungaro, 1967)

Ligne 1970 : Ligne svelte et élancée, matières « recyclées », jambes évasées. Pantalon patte d’eph. Mouvement Hippie.

Ligne 1980 : Carrure ultra-épaulé, taille marquée, hanches moulées, jambes dévoilées, matières Stretch. Séduction, femme au pouvoir.

Ligne 1990 : Longiligne, androgynie, effacement des signes ostentatoires, minimalisme, déconstruction. Apparition du streetwear.

DSCF4597(Robe Comme des Garçons - Rey Kawakubo

Si la règle est stricte — créer un moulage à l’identique avant de passer le vêtement — les techniques de mannequinage sont infinies pour donner vie au vêtement et illustrer au mieux une époque : jupons, fonds de robe, coups d’aiguille, tubes, mousse, tulle, collants, papier de soie, vapeur….

DSCF6220(la mousse, le matériau le plus précieux pour la mannequineuse)
DSCF6643(le jupon, primordial aussi pour donner de l'ampleur à jupe)
DSCF6647(le jupon à cerceaux spécifique à la crinoline-cage, = AVANT)
DSCF6667(Robe à crinoline-cage, 1865 = APRES)
DSCF4668(la miraculeuse machine à vapeur qui en un jet efface plis et défauts)

Il faut souvent ruser de malice, de perfectionnisme (car le moindre pli est visible à l’œil nu) et de patience pour arriver à bout de la « sculpture ».

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Ardeur, colère, persévérence, exaltation… Vous ne pouvez sous-estimer les multiples sentiments dissimulés sous une robe.
Mais tel n’est pas le but. Il faut laisser la magie agir, si je vous dévoile tous les dessous, elle s’envole…

Posté par marlyne à 21:04 - Poirette se prend la tête... - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je vois

En fait, vous ne fabriquez pas de mannequin pour chaque robe : vous prenez un mannequin de base et vous le sculptez pour qu'il s'approche la forme du vêtement.
C'est aussi ce qu'on a appris à faire, mais en sculptant le corps du mannequin en entier dans le l'éthafoam contre-collé, en le recouvrant de bandes de bourre à piquer et en l'habillant de jersey.
Merci pour le billet ! :)

Je te mets une photo de mon premier mannequin
(étape : bandes de bourre à piquer cousues en "corset")

http://www.flickr.com/photos/84713120@N00/309120493/in/set-72157594396876008/

Posté par SuperTomate, 24 novembre 2007 à 14:20

Pour une expo de cette envergure, nous n'aurions jamais eu le temps de créer un mannequin pour chaque modèle (550 vêtements !) donc, une fois le prototype lancé, oui tous les mannequins nous étaient fournis avt de commencer.
Ouah, il a de la gueule ton mannequin bandelette ! Bravo, c'est un art à part entière...

Posté par Poirette, 24 novembre 2007 à 16:40

J'aime tout particulièrement les lignes des années 30 à 50. Avec un faible pour les années 50...

Posté par pimousse, 25 novembre 2007 à 11:43

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