Evidemment ce n’est pas par goût pour le nazisme que j’ai choisi ce sujet, mais par hasard, en me promenant ce week-end sur les berges de l’Erdre. Celles-ci proposaient comme activité un « vide-grenier ». J’y furetais dans le but d’enrichir mon été de nouvelles lectures, et de vieux magazines dont je suis friande. Cette fois, j’ai découvert Historia, un cahier d’école de 150 pages qui, ainsi que son nom l’indique, s’attache à délivrer les secrets du passé. Un titre attira mon regard : « Les vacances de Hitler », août 1968, n° 261. 50 centimes d’€, je flambe et j’achète ! ) Effeuillage d’Historia suivi du visionnage du film en couleur sur la maîtresse d’Hitler, Eva Braun...

Dans le film, c’est Eva Braun en personne qui, de sa caméra américaine dernier cri et de son rêve d’actrice ratée, nous invite à approcher le Fuhrer. Invitation que l’on déclinerait presque tant l’idée d’humaniser le mal est insoutenable.
Et pourtant j’accepte. Galvanisée par les couleurs, hypnotisée par ces images inédites, séduite par la beauté d’Eva. Cette jeune assistante d’Heinrich Hoffmann - photographe particulier et théoricien du magnétisme Hitlerien sur fond de musique wagnérienne - qui à 17 ans rencontre « l’homme de sa vie » dans la boutique propagande du futur chancelier. Treize années à ses côtés, dans l’unique but de conquérir l’homme qui se disait « marié à l’Allemagne » et qui, pour cause ne l’épousera que le dernier jour de leur vie, quand l’Allemagne aura prononcé le divorce. Une soumission punitive jusqu’à accepter le refus de son conjoint pour la paternité : « Les enfants d’un génie ont d’énormes difficultés dans la vie, ce sont toujours des crétins. » lui assène-t-il en contre-argument.

Hôtesse souriante, candide, narcissique, elle se fait tour à tour réalisatrice et comédienne, se posant comme la principale témoin de moments tristement historiques (Juillet 40, elle filme le retour triomphal du guerrier à Berlin, de sa chambre de la Chancellerie). Insouciamment ? Pas sûr. Eva Braun connaissait l’existence des camps, a parfois plaidé pour la survie de quelques amis condamnés pour haute trahison et s’est appliquée jusqu’au bout à dissimuler ses films à l’abri de la destruction, laissant le soin aux alliés de les découvrir. Films amateurs tournés de 1929 à 1944 pour justifier sa présence autour du Fuhrer (la consigne étant de ne jamais parler d’Eva, simple secrétaire) et pour glorifier son « être exceptionnel ». Sans remords de sa part. De la nôtre, malaise immédiat à observer se pixelliser un visage que l’on ne lui prêtrait pas : souriant, détendu, affectueux avec son berger alsacien et les enfants de ses sbires.

Envoutée, Eva filme son maître en repos au Berghof (sa résidence secondaire nichée au creux des Alpes), passant du statut de « maîtresse suicidaire » (en 1932 et 1935, délaissée, elle fait deux tentatives de suicide ) à celui de «Maîtresse en titre» en 1937 ; dégommant ainsi toutes ses rivales potentielles : Winifred (belle-fille de Wagner qui, en 1923, fournira à Hitler le papier « vital » pour la rédaction, en prison, de son Mein Kampf), Geli (la nièce sequestrée et harcelée par son oncle qui finira par la suicider en 1931), Leni Riefenstahl (star de cinéma et réalisatrice du film de propagande enracinant le nazisme, Le Triomphe de la volonté). Des femmes occupant une place secondaire dont Hitler s’est servi pour asseoir son ambition politique.

C’est en cela que se démarque la relation Hitler-Braun. Car Eva, femme de l’ombre, n’est pas du genre à tirer les ficelles. Elle se désintéresse complètement de la politique, plus préoccupée de la tonicité de son corps que de la guerre. Lors de nombreuses prises, nous l’observons se pavaner en maillot de bain sur la terrasse, s’exercer sur des barres asymétriques, se baigner dans les eaux de montagnes. Coquette oisive qui se changeait 6 fois par jour (malgré les reproches de son amant, amateur de femmes naturelles), elle ne pensait qu’à s’amuser, entourée de sa famille et de ses ami(e)s.

Détestable par son indifférence au sort du monde, insaisissable par son amour pour l’incarnation de la barbarie, touchante par sa fraîcheur, nous ne saurions la jauger. Petite cervelle, pantin, pâte à modeler ? Le mystère reste entier. Une chose est sûre : elle ne serait pas restée auprès du monstre si elle avait représenté un quelconque danger. Quant à lui, c’est sans doute la femme-enfant qu’il apprécie le plus en elle : « Il n’y a rien de plus beau que de former une jeune fille. A 18-20 ans, elles sont maléables comme de la cire, il est possible à un homme de la marquer de son sceau, la femme ne souhaite rien d’autre. » Pédophile, sado-masochiste selon certains historiens, c’est d’abord sur les femmes que s’exerce son obsession de domination.

« Quand il me regardait, je sentais des gouttes de sueur descendre entre mes seins » témoigne Ilse Braun, la sœur d’Eva qui était bien la seule de la famille à s’en défier. Assistante et maîtresse d’un médecin juif en exil, elle assistait rarement aux fêtes du Berghof, seul lieu où "l’implacable seigneur de la guerre devenait le débonnaire hobereau de campagne" (Nerin E. GUN, Historia). Conviée au dernier Noël du Reich, elle décrit avec précision le comportement du couple : « Hitler était en frac. Il voulait ainsi marquer l’événement. Ma sœur Eva avait beaucoup fait pour le convaincre de s'habiller avec un minimum de goût. "Regarde Mussolini, disait-elle, il a un nouvel uniforme. Et toi, avec tes casquettes de facteur ! » Elle lui demandait de renoncer aussi à ses éternelles cravates sombres et à ses souliers noirs. Elle insistait auprès des valets pour que ses vêtements fussent repassés chaque jour. A l’Obersalzberg, jusqu’au début de la guerre, Hitler était presque toujours en civil. Eva lui faisait constamment des reproches, parce que ses cheveux étaient mal peignés (sa mèche ne lui plaisait pas) ou parce qu’il s’était coupé en se rasant. Hitler lui répondait : « Il y a plus de sang versé en s’égratignant quand on se rase que sur les champs de bataille de toutes les guerres.» »

« Les femmes disent toujours qu’elles veulent se faire belles pour l’homme qu’elles aiment, puis elles font tout le contraire de ce qui pourrait lui plaire. Elles mettent tout en œuvre pour le conquérir, ensuite elles ne sont plus que les esclaves de la mode et ne cherchent à rendre jalouses que leurs petites amies. »
Qui est l’auteur de cette citation ?…Hitler