Cristobal Balenciaga, une élégance prédestinée.

Maître incontesté de la Haute-Couture, surnommé par ses disciples « Le Couturier des Couturiers », il régna en dictateur pendant trente années (1937-1968) sur la mode parisienne et internationale. Trente années passionnées, entièrement dévouées à son Art, à cette lutte acharnée pour la perfection. Perfection, élégance, modernité ; trois maîtres-mots martelés dans la rigueur et l’ascétisme.

Né en 1895 en Pays Basque espagnol, initié très tôt à la couture, il ouvre sa première maison de couture à 19 ans. En 1937, il a déjà trois maisons de couture lorsque, chassé par la guerre civile espagnole, il s’exile à Paris. Sitôt installé dans sa maison mère, au Dix Avenue Georges V, les chuchotements sur sa maîtrise et sa technique se muent en secret, telle une recette miracle que l’on ne veut divulguer à aucune autre… Cette coupe intelligente qui épouse vos mouvements et leurs libertés, tout en cachant vos imperfections. Cette coque rigidement souple qui vous protège et vous statufie. Cette originalité de forme et de couleurs qui vous rend unique, parce qu’on ne voit que vous…

« Austère », « Moine de la couture », « Homme invisible », la presse se passionne et se déchaîne sur le mystère Balenciaga. Si mystérieux qu’elle doutera même de son existence. Les provocations glissent sur l’homme humble et discret, détestant photographes et mondanités. Jusqu’à cette année 1956 : les portes de sa Maison se ferment définitivement à une presse exaspérée de ne découvrir la collection qu’un mois après la première. Elle reviendra pour lui. « As Balenciaga goes, so goes Paris » — titre le Sunday Times, en 1959..

Sans concession, inflexible, intouchable, il est l’incarnation sublime du couturier dans sa tour d’argent. Ayant fait de sa perfection artistique, le symbole de son indépendance autarcique, il aura les mains libres pour porter toujours plus haut sa conception architecturale d’un vêtement-monument.

Sans concession. Il n’en fera pas non plus pour le prêt-à-porter. Refusant de soumettre son art à l’industrie, il ferme sa maison de couture en 1968 pour s’en retourner dans son pays natal et décéder quatre ans plus tard.

Cristobal Balenciaga n’est donc pas le support de petites histoires, mais exclusivement une œuvre. Une œuvre moderne et intemporelle qui aura marqué de son sceau aristocratique l’histoire de la Haute-Couture du XXème siècle. Encourageant diverses carrières artistiques aussi différentes que Givenchy, Courrèges ou Ungaro.

Savant de la coupe et de l’expérimentation technique, virtuose de la couleur, sculpteur du corps féminin, peut-on faire rimer historicisme et modernité avec autant de brio ? Conjuguant pureté, simplicité et originalité — non sans une touche japonisante —, il entre, une fois de plus, en Maître, dans le XXI ème siècle, sans avoir perdu de sa Superbe. Ne restait plus qu’à lui trouver un héritier à la hauteur de ses exigences. Ce sera Nicolas Ghesquière.

Nommé directeur artistique de la Maison Balenciaga en 1997, il réalise à 27 ans la double prouesse de ressusciter un nom, devenu obsolète, et une intelligence technique. Alliant respect de la tradition et futurisme.

Silhouette aiguisée, carrure « Eighties » très épaulée, plantée sur de longues jambes fines, la ligne « I » de ce travailleur acharné, se veut inscrite dans la durée.

Styliste de la structure, vénéré par la presse, jouant la sélectivité, extrait du star-système. C’est cette parfaite filiation avec son fondateur qui le rend si au fait de son époque et concède à son succès.